Créé le: 27.09.2021
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Lausanne

Auto(biographie)

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© 2021 Omar  BONANY

Du Cercle littéraire aux ors du palais de Rumine, une triomphale tournée des grands ducs
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L A U S A N N E

 

Omar  Bonany

 

 

Au bord de l’abîme, il se cramponne à des crayons.

Élias  Canetti,  Le cœur  secret  de  l’horloge  (1987)

 

À Mme B., auditrice à l’Unil

 

C’était la figure vivante de l’Ordre, le maître du château aux ouvertures condamnées, où nous étions relégués à demeure. Mais il y avait de loin en loin des enclaves franches ; des terres inaliénables et libres, étrangères à sa juridiction.

Il en allait ainsi de la Bibliothèque municipale.

Déjouant sa surveillance, je m’éclipse dès que je le peux pour gagner cet ermitage. Imperméable aux rigueurs d’un père habité de noires obsessions, c’est la serre chaude où je peux enfin trouver asile en toute quiétude.

De Chauderon à Montriond, impropre à concevoir qu’il puisse se trouver endroits plus hospitaliers, j’y aménage mes quartiers. J’y prends racine, sous la conduite des Anciens tout autant que des Modernes.

Par la suite, d’autres lieux d’ancrage s’offrant à ma curiosité, j’y pousse une reconnaissance. Tombant successivement dans leur attraction, ce fut ainsi, du Cercle littéraire aux ors du palais de Rumine, ma triomphale tournée des grands ducs.

Puis vint la citadelle, dont je ne songe plus à déserter l’enceinte. C’est sous les murs de Dorigny, où j’emprunte la casquette d’auditeur, faute d’y occuper de plein droit une place attitrée sur ses bancs.

Payant ce providentiel sauf-conduit d’une assiduité redoublée, je m’emploie de cette manière à rattraper mes classes. Elles furent, il y a beau temps, ruinées par le fait du prince, en la personne de mon père ; mais ce dernier a beau avoir disparu, et ses lois d’airain tombées en désuétude, ses injonctions déchirent toujours mes nuits.

Désormais, c’est au sein de ce vivier où la pluralité des disciplines, à l’égal de la Maison de Salomon*, ne sont jamais en peine d’officiants, que je m’emploie à me rétablir dans mon estime.

C’est là que je prends à tâche de grandir et de réduire mes plaies et bosses, en travaillant à restaurer, vaille que vaille, le livre dévasté de mon passé.

*Nouvelle Atlantide, Francis Bacon (1627)

————

Cf. Caroline Rieder, 24 Heures, 22 septembre 2021 :

« Deux cents habitants racontent leur Lausanne. La capitale vaudoise se donne à lire dans de courts textes de 1200 signes rassemblés dans l’ouvrage collectif D’Écrire ma ville Lausanne »

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