Créé le: 31.10.2026
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La Voix
Ateliers Sabine Dormond et Olivier Chapuis, Fantastique, Nouvelle
En ces temps étranges où errent les âmes en peine, je vous l’avoue
"J’habite une maison hantée…
Il y a des meubles renversés
Et des tentures arrachées…
J’entends pleurer dans les couloirs…
Mais je n’aimerais en changer
Pour rien au monde"
(Extraits de: "La maison hantée" Ch. Aznavour)
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Le noir. Total, angoissant. Ce qu’on appelle au théâtre un blanc et qui relate exactement la même chose: la sensation d’un vide, abyssal, d’une situation incontrôlable qui nous met en danger. Impression bien sûr absurde.
Ce matin, premier jour de l’atelier d’écriture, j’ai mal à la tête et la consigne donnée m’a plongée dans un univers de brouillard, de malaise d’où j’ai du mal à sortir. Après un antimigraineux, un recentrage par la respiration et quelques pas dans le village, j’essaie de me plier à la consigne: Lors d’un déménagement, une personne tombe sur un objet qui a été très présent dans tous les moments de sa vie ; décrire l’objet et le rapport qu’entretient la personne avec lui. Tout un programme!
« Camo », mon chien, est le premier objet qui m’apparait. Chaque fois que je me sens redevenir vulnérable, c’est lui qui vient me réconforter. Mais Camo, de son nom complet Camomille, est un chien en peluche qui a déjà été le héros d’une nouvelle et qui depuis longtemps n’existe plus que dans ma mémoire. Galant, mon doudou fétiche s’efface, laissant la place à sa copine Marie-Tulipe.
Non ! Non, ce n’est pas d’elle que je veux parler aujourd’hui. Je l’écarte et cherche autre chose. Il doit bien exister dans ma vie un objet particulier capable de remplir le rôle demandé afin que je puisse commencer mon texte. Peine perdue. À l’évidence ce n’est pas moi qui décide ce matin, c’est la poupée. Elle est là. Elle s’impose, que ça me plaise ou non. Elle n’a pas l’intention de céder la place à un quelconque bibelot à qui rien de très intéressant ne serait arrivé alors qu’elle, elle a une histoire captivante à raconter.
Yeux fermés je réitère une petite séance de respiration en conscience. J’attends l’effet du médicament. Dans la non action où je suis, quelque chose d’inspirant va bien finir par se détacher pour venir alimenter ma nouvelle en devenir.
– Oui, moi, me souffle Marie-Tulipe.
Très présente à mon esprit, c’est toujours elle qui est là, dans sa robe de velours bleu roi. Elle a décrété, coûte que coûte, être l’objet en question. Epuisée, je n’ai pas l’énergie pour combattre cette idée et trouver un autre sujet qui m’inspirerait. Ma créativité est en berne. La seule chose raisonnable à faire pour le moment est de me reposer. Abandonnant les participants studieux je m’éloigne discrètement et profite du calme de l’endroit pour m’étendre sur un divan à l’écart. Je rattraperai les consignes plus tard.
* * *
– Décidemment, elle n’a pas l’air de vouloir me présenter, alors je vais le faire moi-même.
« Bonjour, je m’appelle Marie-Tulipe, je suis un baigneur, une sorte de poupée des année 30-40, fait de bakélite. J’ai appartenu à la maman de celle qui, ce matin, peine à aligner deux mots. J’ai encore beaucoup d’allure, assise, les deux jambes légèrement repliées et les bras tendus. Mes jambes, heureusement cachées par la robe en velours bleu, ne sont plus reliées à mon tronc (les élastiques, fusés, qui les maintenaient ont cassé). Mes bras, eux, ont tenu bon et sont à leur place. Ma tête aussi! C’est déjà ça.
J’ai un peu hésité avant de prendre les rênes de la situation, ne voulant pas lui voler la vedette, mais il semble que ma propriétaire soit totalement hors service aujourd’hui. Si je ne prends pas le relai, rien ne va se passer. Alors j’enchaîne, on verra bien si elle revient…
* * *
La raison pour laquelle je suis enfin sortie de l’armoire où je patiente depuis des années, assise bien calée contre la paroi du fond, est celle d’un déménagement. C’est ce que j’ai pu saisir, par bribes, chaque fois que Diane ouvrait la porte et, malheureusement, la refermait. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille est ce va-et-vient incessant le jour où la porte de ladite armoire est restée ouverte toute la journée. Ce fait, exceptionnel, m’a rendu plus attentive et j’ai pu comprendre, selon si Diane était ou non dans la chambre, qu’elle ne supportait plus la cohabitation avec des fantômes. C’est à ce moment-là que j’ai compris, après toutes ces années passées sous les vêtements suspendus au-dessus de moi, l’origine des coups frappés par rafales tous les soirs à 21 h 21. Oui, je sais l’heure précise parce que j’ai souvent entendu ma maîtresse souligner Tu vois, je n’suis pas folle! Tu as entendu? Et c’est toujours à la même heure! Je pense qu’elle parlait avec son mari ou son amant, comment savoir? Je n’ai jamais vu ni l’un ni l’autre. »
Diane entre dans la chambre, aère, s’étire, aspire le plus d’air possible et l’expulse bruyamment pour chasser définitivement les bribes récalcitrantes de la céphalée du matin. Ah! Ça va mieux! La forme n’est pas encore olympique mais les cartons ne vont pas se faire tout seuls! Il faut s’y remettre.
Ni une ni deux elle retourne, directement sur le lit, le contenu des trois tiroirs de la partie droite du placard et, dans le même élan, décroche les vêtements suspendus, à gauche, à la barre de la penderie. L’armoire est vide. Pas tout à fait. Marie-Tulipe est là, désormais très visible.
Diane se penche, ramasse le baigneur avec délicatesse, les jambes ne suivent pas, ce détail ouvre la porte aux souvenirs…
La fillette avait six ans, sept peut-être, c’était pendant les vacances d’été, dans un chalet familial. Les enfants du quartier, accompagnés des mamans, passaient quelques semaines au grand air. Les papas, eux, ne rejoignaient femmes et enfants que le week-end. Le chalet était immense, avec plusieurs étages réservés aux chambres. Au rez-de-chaussée, jouxtant la cuisine, le réfectoire et la salle de jeux pouvaient accueillir trente personnes au moins. Dehors, la montagne offrait de nombreuses balades et l’espace devant la maison s’étendait en éventail jusqu’à un pâturage, départ d’une grande et belle randonnée. A l’arrière, il ne fallait pas s’aventurer. Un énorme buisson d’ortie limitait l’accès, mais surtout masquait un petit ravin traitre. C’était interdit: personne n’y allait.
Diane, petite fille modèle, passait ses journées à s’occuper de Marie-Tulipe. Elle ne sortait jamais sans elle. La gamine baignait, pomponnait, habillait et, bien sûr, ne quittait jamais des yeux son poupon. Il avait fallu l’arrivée de son père, qu’elle guettait, pour qu’elle pose Marie-Tulipe contre le mur du chalet avant de courir vers son papa. Quelques secondes seulement et sa poupée avait disparu.
Branlebas de combat! Tous les vacanciers, parents et enfants réunis, avaient cherché le baigneur pendant le reste de l’après-midi. Hélas la battue n’avait rien donné. Le drame. Qui avait kidnappé ou volé Marie-Tulipe?
Diane sourit à ce souvenir. Le chenapan de la communauté, une fois de plus, avait fait des siennes et jeté la poupée dans les orties! Il s’était bien gardé de s’en vanter jusqu’à la promesse d’une récompense à celle ou celui qui la retrouverait. Dans les minutes qui avaient suivies Marie-Tulipe étaient réapparue dans les bras du sale gamin qui criait « Je l’ai retrouvée! »
Une répétition de coups frappés tout proche de Diane la sort de sa rêverie. Elle sursaute. Son premier réflexe, regarder l’heure: 12 h 12. L’esprit frappeur ne se manifeste jamais à cette heure, d’ordinaire. Le cœur battant elle se lève brusquement. Elle perçoit quelque chose, à la fois une odeur et un ressenti qui la mettent mal à l’aise. Elle claque la porte de la penderie, sort de la chambre et se précipite dans la salle de bains pour s’asperger le visage d’eau et reprendre son souffle.
Les deux mains en appui sur le lavabo, la tête penchée en avant, les yeux fermés, elle tente de se recentrer. Sa respiration peu à peu se régularise. Ça va mieux. L’odeur se dissipe, la sensation de malaise s’estompe. Elle se redresse, aspire une longue goulée d’air, ouvre les yeux et… ne se voit pas dans le miroir! Au secours! Elle devient folle. Schizophrène, comme Van Gogh! Elle veut appeler mais n’y parvient pas. Et ce miroir qui ne reflète que le décor de la salle de bains, faisant abstraction totale d’elle! Elle tente de se reprendre, de se raisonner, mais une pensée fulgurante la traverse: Marie-Tulipe! Où est-elle?
La poupée, sagement posée sur le rebord de la baignoire, lui répond:
– Je suis là. Pourquoi tu t’affoles? Tu sais bien que je reste toujours avec toi où que tu ailles. Même enfermée dans une armoire, au fond d’un carton ou dans une cave. Je ne te quitte jamais.
Rassurée par ces paroles, Diane s’assoit sur le tabouret de la salle de bains, referme les yeux pour mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’elle-même et, à nouveau, une sensation bizarre l’envahit. Une sorte de roulis, qu’elle ne maîtrise pas, la bringuebale. Et cette odeur prenante, toujours la même, l’écœure. Il faut qu’elle se ressaisisse, qu’elle se lève et finisse ses cartons. Joignant le geste à la pensée elle va pour sortir de la salle de bains mais la porte résiste. Paniquée elle secoue la poignée au même rythme que les battements affolés de son cœur. Ce n’est pas possible, elle est enfermée! Et ces coups qui recommencent! Quelle heure est-il? 21 h 21. C’est lui! C’est le poltergeist qui revient à la charge! A l’aide! A l’aide!
– Calme. Calme. On respire… Un… Deux… Un… Deux…
C’est la voix de Marie-Tulipe. Diane la reconnait. Rassurée elle suit ce que lui dicte cette voix aimée. Ça va mieux, oui, beaucoup mieux. La porte, qu’elle croyait condamnée, s’ouvre sans qu’elle intervienne. Elle sort. La jeune femme va enfin pouvoir continuer ses cartons. Elle se dirige vers sa chambre et s’arrête sur le seuil, stupéfaite: des dizaines de caisses, de paquets, de sacs, de valises encombrent totalement la pièce. Il y en a partout, sur et sous le lit, posés en équilibre sur la commode, dans le placard. Il lui semblait pourtant avoir déjà tout débarrassé… Pourquoi a-t-elle entassé autant de choses inutiles depuis des années? Tant d’habits, de souvenirs, de paperasse, de babioles qui l’encombrent et l’étouffent de plus en plus. Et ces coups horribles qui se remettent à cogner contre le mur! Elle n’en peut plus. S’il vous plaît, arrêtez! Arrêtez! Je vous en prie, arrêtez!
Le bruit stoppe net. Diane s’apaise. Le silence n’a pas le temps de s’installer qu’une voix s’élève tout près d’elle, une voix qu’elle ne connaît pas et qui semble venir d’outre-tombe. Une voix qui dit des choses qu’elle n’assimile pas. Où est l’émetteur de cette voix? Elle n’arrive pas à le savoir et pourtant elle l’entend! Elle a peur. Elle aimerait parler, crier, appeler mais aucun son ne sort de sa gorge. Son angoisse prend une telle ampleur qu’elle perd pied. Il faut qu’on l’aide! Elle essaie d’appeler, en vain. C’est Marie-Tulipe qui lui répond. Incroyable comme cette poupée est reliée à elle! Ces intonations douces qu’elle connait la rassure, la calme.
– Ma Diane… Ma Diane, ne vous agitez pas, je suis là, vous ne risquez rien.
Diane s’étonne, pourquoi Marie-Tulipe la vouvoie?… Sa poupée serait-elle, elle aussi… possédée? Il faut qu’elle sorte de la chambre, qu’elle finisse au plus vite son déménagement et qu’elle quitte cet appartement où les fantômes veulent la retenir par tous les moyens, depuis qu’elle a décidé de fuir cet endroit.
– Madame, s’il vous plaît, écoutez-moi.
C’est la voix d’outre-tombe! Diane s’agite de plus en plus, s’affole, veut se lever.
– Restez tranquille! Vous êtes à l’hôpital, plus rien ne peut vous arriver, reprend la voix grave. Je suis infirmier et voici Anita, ma collègue. Nous avons fait votre toilette et elle va vous expliquer…
La jeune femme n’entend pas la suite, l’inquiétude prend le dessus et la migraine revient piétiner ses neurones déjà en bien mauvais état. Par vagues, elle reprend pied dans la réalité et sombre à nouveau. Des mots, au compte-gouttes, lui parviennent. Elle en saisit quelques-uns, éparpillés: carton… chute… hibou… folie… talons hauts… marches… Elle ne comprend pas pourquoi Marie-Tulipe lui raconte ça. En quoi ça la concerne? Et qu’est-ce qu’elle fait là tandis qu’un marteau lui assène des coups violents avec une régularité monstrueuse. Elle aimerait ouvrir les yeux, se lever, partir d’ici! C’est trop d’efforts. Elle sombre à nouveau. Au bord de l’inconscience il lui semble entendre ricaner Marie-Tulipe. Diane, un fois de plus, perd la notion du temps. Quelques secondes ou des heures après, elle se réveille pour de bon et voit sa poupée s’agiter au-dessus d’elle. Horrifiée, la panique l’emporte, l’empêchant de voir la main de l’infirmière qui tient le baigneur en robe bleu roi. Diane pousse un cri et reprend complètement conscience. L’infirmière pose le poupon sur le lit et regarde sa patiente.
– Bonjour ! Contente de vous voir réveillée. Moi c’est Anita
– Mais… Pourquoi je suis là?
– Vous ne vous souvenez de rien?
– Si… Je préparais mon déménagement. J’avais presque fini les cartons… Après je ne sais plus…
– Vous êtes tombée dans l’escalier.
– Ah bon ?
– Oui ! Vous avez voulu faire l’élégante! Seulement les talons hauts, les escaliers et les gros cartons ça ne fait pas bon ménage! plaisante à demi Anita
Diane pâlit
– Je suis là depuis combien de temps?
– Vous êtes arrivée en ambulance avant-hier, en fin d’après-midi.
– Quel jour on est?
– Jeudi.
La malade s’agite à nouveau et tente de se lever.
– Jeudi !? Ce n’est pas possible! On m’attend! Aidez-moi, je dois partir, tout de suite, il faut que je rende les clés avant midi. Donnez-moi mes habits, s’il vous plait.
Ce disant, elle se découvre et pose les pieds en bas du lit.
– Tss ! Tss ! Vous ne bougez pas!
– Mais…
– Il n’y a pas de mais, vous attendez la visite du médecin et on verra s’il vous signe le bon de sortie. Pour l’instant vous n’êtes pas très vaillante, vous avez déjà perdu connaissance deux fois ce matin, ça suffit, vous ne croyez pas? Recouchez-vous et lisez ceci en attendant.
– Qu’est-ce que c’est?
L’infirmière lui tend une enveloppe cachetée où est inscrit son seul prénom. Intriguée, elle palpe l’enveloppe, très fine, tandis qu’Anita lui allonge les jambes, remonte le drap et tape les coussins avant de sortir de la chambre.
Diane décachète la missive, la déchiffre. Le message est bref, percutant. Incompréhensible pour la jeune femme. La fatigue l’empêche de structurer ses idées. Sa main s’abandonne sur le drap sans lâcher la lettre. Dans son semi-éveil quelque chose l’interpelle pourtant. Elle relit les quelques phrases du billet, sans davantage en saisir le sens. Les mots apparaissent tous séparés les uns des autres, sans lien entre eux. Il faut du temps pour que le contenu du message se fraie un chemin jusqu’à son cerveau. C’est à la troisième lecture que les connexions se font et que Diane réalise ce qu’elle est en train de lire. Tout son visage s’éclaire. D’un coup elle se sent beaucoup mieux, se redresse, gratifie sa poupée d’un clin d’œil rieur et, bien que totalement consciente de l’incongruité de la chose, s’adresse à elle « Tu te rends compte? Ce poste auquel j’aspirais tant, il est pour moi! Tu entends, ils m’ont choisie, moi! » La poupée, impassible, lui offre en réponse son sourire figé. Diane enchaîne « Je voudrais tellement accepter mais pour cela il faudrait que j’habite encore où je logeais jusqu’à hier… »
Maintenant bien réveillée, elle se lève, continue son monologue à voix haute « De toute façon c’est trop tard, je dois rendre les clés tout à l’heure ». Elle soupire, un peu déçue tout de même, en repensant à ce désir, nourrit depuis l’adolescence qui, aujourd’hui, pourrait se concrétiser: obtenir un job de chasseur de fantômes. Bien sûr la « profession » en tant que telle n’est pas reconnue mais là, l’association dont elle fait partie lui offre un poste, rémunéré, à temps plein. Un poste qui intègre la chasse aux fantômes. Incroyable! Inespéré… Le mot reste en suspens. La proposition arrive trop tard. Quel dommage. La « Maison des Hiboux », dans laquelle elle a vécu trois années, aurait été le lieu idéal pour mener à bien de telles expériences.
Diane sourit en repensant à l’opportunité incroyable qui s’était présentée un jour qu’elle passait devant cette splendide demeure Art Nouveau. Un homme, sur le pas de porte, téléphone à l’oreille, soliloquait. Inopinément elle avait saisi quelques mots « …oui, celui du deuxième est libre de suite ». Elle qui cherchait depuis des mois un logement y avait vu une synchronicité parfaite, d’autant plus que la légende, attachée à cette demeure, laissait entendre qu’elle était hantée. Cet argument avait pesé dans la balance et balayé l’hésitation due au loyer exorbitant qu’elle devrait débourser en réalisant son rêve: vivre à l’intérieur d’une maison Art Nouveau. La beauté de ce bâtiment la fascinait depuis… depuis toujours! Ses ferronneries tout en courbes, ses vitraux splendides, ses fenêtres arrondies asymétriques et sa rampe d’escalier en fer forgé, sculptée d’arabesques florales où se juchaient, ici ou là, des hiboux de toute taille, l’enchantaient.
Entre les propos saisis au vol et la remise des clés, tout s’était passé très vite. A peine trois semaines plus tard, Diane emménageait. En montant l’escalier aux hiboux, pour accéder à son appartement, elle avait eu la sensation d’entrer en possession de cette splendide maison. Elle se trompait, c’est la maison qui allait prendre possession d’elle.
En effet, elle avait largement sous-estimé les désagréments que pouvaient causer les esprits logeant depuis bien plus longtemps qu’elle dans le lieu. La cohabitation s’était avérée difficile. Pour elle! Les revenants, eux, n’avaient rien changé à leurs habitudes et lui avaient mener la vie dure pendant des mois. Elle avait tenu bon et un jour les phénomènes paranormaux s’étaient arrêtés. Enfin elle avait pu profiter de son logement sans craindre à tout moment une manifestation surnaturelle. Jusqu’à six semaines en arrière où les apparitions, les coups frappés dans les murs, les objets volants, les gémissements plaintifs et les hurlements à glacer le sang avaient recommencés de plus belle. Aux différents phénomènes déjà connus s’étaient ajoutées des sensations olfactives. Tantôt d’agréables parfums de rose flottaient autour d’elle, tantôt des relents nauséabonds l’obligeaient à fuir.
A bout de nerfs, épuisée et pas armée pour contrer les esprits maléfiques, elle avait décidé de quitter définitivement l’appartement.
Diane sursaute, des petits coups frappés à la porte de sa chambre d’hôpital la ramène dans le présent. Avant qu’elle puisse répondre la porte s’ouvre en grand laissant le passage au médecin. Les yeux pétillants, le sourire éclatant, il dégage une énergie communicative qui met instantanément des couleurs aux joues de sa patiente.
– Alors, madame, on se sent mieux à ce que je vois.
– Oui, beaucoup…
– Je ne vais pas vous retenir, vous m’avez l’air en pleine forme et vous serez bien mieux chez vous. N’est-ce pas ?
– Oui… Je voulais…
Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que le médecin déjà s’éloigne suivi d’Anita et de l’homme à la voix d’outre-tombe qui lui souhaite une bonne rentrée et ajoute « Laissez la porte ouverte ». Ces derniers mots déconcertent la jeune femme. Elle a l’étrange impression que l’infirmier lui adresse un message. Mais oui ! Bien sûr ! En une fraction de seconde elle réalise qu’elle fait une grosse erreur en quittant la « Maison des Hiboux ». Elle doit y retourner, s’y réinstaller. Elle sera aux premières loges pour analyser ces phénomènes paranormaux. Avec le matériel dont elle disposera elle pourra le faire et prouver que ces manifestations, qui semblent échapper à la réalité, ont toutes une explication rationnelle. Elle en est sûre et va le prouver.
Sa décision est prise, elle accepte le poste.
Fébrile, Diane réunit ses maigres affaires, prend sa poupée posée sur le lit, ramasse son sac, jette un dernier coup d’œil à la chambre et sort.
Arrivée dans la rue, elle se dirige vers la station de taxi. Il n’y a pas âme qui vive dans la rue lorsqu’une voix très proche d’elle lui fait dresser les cheveux sur la tête.
– Alors, tu le prends ce job ?
Marie-Tulipe !
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