Créé le: 10.03.2023
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La rose et le serpent

Amour, Fables, Fantastique

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© 2023-2024 Nour Yasmina

Imaginez pouvoir donner une suite au livre "Le Petit Prince"?
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Nous sommes le 15 août 2022, je dessine rapidement l’astéroïde B 612 sur l’avant dernière page du livre du petit prince, celle qui est restée vierge, à l’exception d’un parterre de sable et d’un ciel où brille une étoile.

Nous pouvons enfin assister au huis clos entre la rose et le serpent. Les années ont passé, la rose a mûri alors que le serpent semble fatigué, ses mouvements sont lents. Le petit prince est absent, il n’est jamais revenu.

Le serpent s’approche de la rose dans un doux frémissement. Elle le voit venir, déterminé, il ne fait pas son âge, il est plein de force. Elle baisse la tête. L’étoile l’aveugle. Ses pétales sont légèrement fanés mais toujours attirants et ses épines sont là, affûtées par le temps, comme autant de soldats tenant de longs pics acérés, près à la défendre.

Le serpent, tout proche d’elle maintenant, lui demande :
As-tu as quelque chose pour ton petit prince ? Une phrase, un mot, un message, un dessin? Je suis bon prince, je te laisse une dernière volonté.

La rose attendait ce moment depuis si longtemps. Mais son temps n’est pas celui de l’étoile qui brille pour l’éternité, le temps de la rose n’est qu’un instant. L’étoile si jeune encore, éclaire sa corolle et comme soulagée de pouvoir enfin parler, les pétales s’animent et bruissent dans le vent stellaire en chantant cette mélodie :

Mon petit prince,
« Je ne suis qu’une rose, armée d’épines pour rester intacte,
Vous m’avez jugée sur mes mots et non sur mes actes.
Un jour vous avez décidé de partir,
ma tendresse et mon amour n’ont pas pu vous retenir.
Vers le ciel, vous vous êtes envolé,
et d’une migration d’oiseaux sauvages vous avez profité,
Et toute seule, vous m’avez laissée,
accrochée au sol de cette planète et agacée,
de lutter sans cesse contre les vents arides,
qui sans relâche ajoutent à mes pétales des rides,
Ma tige a beau être forte et mes racines bien ancrées,
Le temps passe sans pitié,
Et si l’étoile peut briller à jamais,
Mon amour va mourir désormais,
Le serpent ne doit-il pas enfin se nourrir,
et de la fin de mon âme et de mon corps se réjouir ?
Je ne vous ai malheureusement jamais revu,
Même si aucun pacte entre nous n’était convenu.
L’étoile que je regarde sans faillir m’a éblouie ».
La rose s’interrompt, comme prise subitement par une forte émotion,
« Mais vous n’êtes peut-être jamais parti,
après tout, on ne voit bien qu’avec le cœur,
l’essentiel est invisible pour les yeux,
oui, vos cheveux radieux,
c’est dans l’étoile que je les aperçois,
Ils forment ses milles rayons qui flamboient,
Ils sont comme une couronne de roi».

Le serpent siffle et l’interrompt:
–      Ça suffit, tu as assez parlé à ton petit prince. Et à moi, qu’est-ce que tu as à dire ?
–      Rien, réponds la rose avec lassitude.
–      Alors ton temps de parole est écoulé et ta dernière volonté exhaussée. Pour rejoindre ton petit prince, il faut me donner ton corps. N’aie crainte, ce sera sans douleurs, je vais te manger avec douceur.

Le serpent déroule son corps pour tenter d’engloutir la rose mais les épines l’empêchent de parvenir à ses fins. Ses tentatives restent vaines. Meurtri et blessé, il finit par renoncer. Il s’en va, dépité car la belle rose, toute fragile, a réussi à lui résister.

Seule sur l’astéroïde, éclairée par l’étoile et entourée de sable, la rose attend le petit prince. Si jamais vous le croisez un jour, racontez lui cette histoire et dites-lui que sa rose, dessinée sur l’avant dernière page du livre, l’attend toujours.

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