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Après le décès de sa mère, une jeune femme revient vivre dans la maison de son enfance. Entre souvenirs et passion pour les fleurs naît un amour troublant. La Dame de Cœur, qu’elle contemple chaque jour depuis la fenêtre, devient peu à peu son unique obsession.
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Le jour commençait à se lever.  Je regardais encore une fois par la fenêtre fermée. Je te voyais là, chaque jour, belle, si jeune. Pourtant, j’avais peur. Peur de te froisser, de t’abîmer, toi qui semblais si éternelle et si fragile à la fois.

Je suis tombée amoureuse de toi dès que mon regard s’est posé sur toi, la Dame de Cœur. C’est ainsi que je t’appelais. Effectivement, tu avais pris mon cœur en otage.

Après t’avoir observée discrètement pendant un long moment, je décidai enfin de prendre mon petit déjeuner en solitaire…Qu’est-ce que j’aurais désiré que tu sois à mes côtés.

Mon téléphone sonna :

– Coucou, ma belle ! Je suis dans les parages. Est-ce que ça te dirait d’aller boire un café au tea-room près du lac de Champex ?

– Bonjour, Aurélie ! Oui, bien sûr. Cela me donnera une excuse pour sortir un peu de chez moi.

– Super, alors on se voit directement là-bas, d’ici quinze minutes.

– D’accord, à toute.

Encore une fois, mon regard se dirigea vers la fenêtre. J’espérais te voir une dernière fois avant de sortir de chez moi. Heureusement, tu étais encore là, dans ce magnifique jardin botanique alpin. Tu semblais être à ta place, comme chez toi.

Je connaissais très bien cet endroit, moi aussi. Je l’avais fréquenté tellement de fois étant petite que je parcourais pendant des heures et des heures les petites allées fleuries, à la recherche de nouvelles plantes à signaler à ma maman, qui était botaniste à temps plein pour la commune d’Orsières.

Je pense que c’est elle qui m’a légué cette passion pour les fleurs et les plantes. Depuis sa mort, j’avais décidé de venir m’installer dans la maison familiale, histoire de garder ma mère auprès de moi, d’une certaine manière. Elle me manquait terriblement et pourtant, ce jardin…son jardin…était rempli de tout l’amour qu’elle y avait mis. C’était comme si une partie d’elle continuait à vivre à travers cette flore alpine. Ce jardin, c’était tout son monde, toute sa vie.

Voilà bientôt deux ans, depuis le décès de ma mère, que l’évidence de venir m’installer ici s’était imposée à moi. Cela ne chamboulait pas énormément ma vie, puisque j’habitais déjà à Martigny. D’ailleurs, dès que je le pouvais, je venais lui donner un coup de main pour l’entretien du jardin. C’est fou ce que les mauvaises herbes poussent vite !

Je me souviens d’un jour où  je n’avais qu’une dizaine d’années. Je voulais à tout prix aider ma mère. J’avais pris un seau et arraché plusieurs plantes avant de courir vers elle en disant :

– Maman ! Regarde ! J’ai enlevé plein de mauvaises herbes ! Le jardin est tout propre.

– Oui, ma chérie, merci ! Sauf que tu viens d’arracher la nouvelle espèce de thym sauvage que je venais de planter.

– Oh… excuse-moi, maman…Je ne le savais pas.

– J’en suis sûre. Tu voulais simplement me faire plaisir. Ne t’en fais pas, nous allons les replanter ensemble.

Maman était faite ainsi, jamais elle ne haussait le ton de sa voix. Elle était toujours compréhensive.

Elle m’a tout appris. Sa patience était infinie.

Après ce petit moment de souvenirs, je me préparai et fus enfin prête à rejoindre Aurélie.

Dès qu’elle me vit, elle comprit immédiatement que quelque chose avait changé chez moi.

– Toi, tu as l’air dans les nuages ! Raconte-moi ce qui se passe.

– Rien ne t’échappe.

– C’est fait aussi à ça que servent les amies.

J’avais tellement envie de partager mon amour pour toi avec le reste du monde… Mais est-ce qu’ils l’auraient accepté ? Alors, je préférais garder notre amour caché.

Pourtant, avec Aurélie, ce n’était pas facile de garder un secret…

– Allez, tu peux tout me dire.

– Non, je préfère garder mon jardin secret…

C’était vraiment le cas de le dire.

– Mais pourquoi ne veux-tu pas me le dire ?

– Je te le dirai… mais pas maintenant…quand je me sentirai prête.

– Eh bien…tu m’inquiètes et je suis curieuse.

– Tu n’as pas de quoi t’inquiéter. Quant à ta curiosité, il va falloir la dompter.

Heureusement, Aurélie n’avait pas insisté et m’avait parlé de son projet professionnel, entraînant notre conversation dans une toute autre direction. Alors que je l’écoutais d’une oreille distraite, je pensais à toi. Je désirais te retrouver, te déclarer enfin mon amour. Et plus que tout, je voulais passer du temps avec toi. Aurais-je le courage de m’approcher de toi ?

La balade terminée, je saluai Aurélie et me dépêchai de rentrer chez moi, avec l’espoir d’avoir peut-être la chance de te voir…Toujours de loin, pour le moment…toujours depuis la fenêtre de ma cuisine.

J’aurais pu trouver un moyen de te faire venir chez moi. Cela aurait simplifié les choses…mais je ne savais pas si tu l’aurais apprécié. Alors, je m’armai de patience et attendis le bon moment…

C’est en m’approchant du portail de ma maison que je vis un homme près de toi. Il te regardait. Il t’avait effleurée, et toi, tu t’étais laissée faire.

Je sentis mon cœur se serrer, puis lentement se briser.

Pourtant, je refusais dd croire que tout était déjà terminé entre nous, alors que rien n’avait encore réellement commencé. Je le savais depuis le début : tu aimais être regardée Autrement, tu n’aurais pas été aussi belle.

Mais c’était difficile d’accepter que tu ne sois pas réellement à moi, et que n’importe qui puisse te regarder…parfois même te caresser.

Je ne voulais pas te considérer comme une Dame facile. Je savais bien que tu aurais voulu réagir. Je le sentais à travers tes mouvements imperceptibles. Moi, je les voyais.

Je décidai alors de rentrer rapidement chez moi et de me poster devant la fenêtre pour vous observer.

Après un long moment qui me parut infini, l’homme s’éloigna et se dirigea vers une camionnette. Une inscription y était écrite, mais je ne parvins pas à la lire.

Ce soir-là, par peur de t’avoir perdue, j’allumai une chandelle près de la fenêtre et y installai une chaise longue. Malgré l’obscurité, ta présence semblait encore flotter derrière la vitre. Je me souvenais du moindre détail de toi.

Le lendemain matin, ma première pensée fut pour toi, ma Dame de Cœur. Je m’approchai de la fenêtre et tu étais déjà là, fidèle à ton lieu de rendez-vous.

Aujourd’hui, tu semblais fatiguée, moins éclatante. J’hésitais un instant. Je ne savais pas si ma visite te ferait du bien, surtout que je souhaitais enfin te déclarer ma flamme…

Ma sonnette retentit.

Ma déclaration allait devoir attendre un peu.

J’ouvris la porte et Aurélie me sauta au cou en pleurant.

– J’en ai marre ! Les hommes sont tous pareils !

– Aurélie…calme-toi.

– Me calmer ?! Comment veux-tu que je me calme ? Léo a eu le culot de me tromper avec sa collègue !

– En es-tu sûre ?

– Bien sûr ! Tu crois que je serais ici dans cet état ?

Je ne savais pas vraiment quoi dire pour la réconforter…

– Ne t’en fais pas, il y en aura d’autres.

A y réfléchir, peut-être ne s’attendait-elle pas à ce genre de réponse comme soutien.

– Alors là, merci l’amie ! Vraiment réconfortante.

– Euh…de rien.

– Est-ce que je peux t’étrangler tout de suite ?

– Non, pas ça pitié !Je suis encore jeune !

– Haha, quelle petite peste tu es !

– En tout cas, il y a une chose pour laquelle tu pourras me remercier… c’est de t’avoir redonné le sourire.

– Oui, c’est vrai. Je te pardonne alors…attends…seulement si tu me racontes ce qu’il t’arrive.

Oh non…nous y revoilà.

Je n’étais pas prête. Je ne savais même pas si cet amour était partagé.

– Allez, cela ne doit pas être si terrible comme secret…

– Non…c’est juste que je ne suis pas certaine de mes sentiments…

–  Ah je le savais ! Tu es amoureuse !

– Oui…je le crois…

– Mais c’est merveilleux ! Pourquoi ne voulais-tu pas me le dire ?

– Parce que je ne savais pas comment tu aurais réagi…

– Pourquoi ça ? Il est vieux ? Il est moche ? Il est marié ?

– Non…je ne crois pas…

– Eh alors ? Quel est le problème ?

– Je ne me suis pas encore approchée…

– Quoi ??? Comment ça ? Mais où est-il ?

– Dans le jardin alpin…

– Attends-moi ici !

Je n’eus pas le temps de dire quoi que ce soit qu’Aurélie avait déjà ouvert la porte de la maison et se dirigeait vers le jardin. Je me précipitai devant la fenêtre, le nez presque collé contre la vitre.

Aurélie arriva devant l’entrée et j’entendis qu’elle interpellait quelqu’un :

– Eh oh ! Vous !

– Oui ? Bonjour, madame ! En quoi puis-je vous aider ?

– Vous savez, dans la maison juste en face, il y a une femme qui vit seule. Elle vous a vu plusieurs fois, mais elle n’ose pas venir vous parler. Alors disons que je lui donne un coup de main.

– Ah vraiment ? Votre amie doit être drôlement timide.

– Oh oui…disons qu’elle n’a pas beaucoup d’expérience avec les hommes…

Je regardais la scène depuis la fenêtre et j’étais alarmée par la présence du même homme que la veille. Pourquoi était-il revenu ? Était-il, lui aussi, tombé amoureux de la Dame de Cœur ?

Ce soir-là, il fallait absolument que je me déclare à elle…avant qu’il ne soit trop tard.

Aurélie revint après un moment, seule, heureusement.

– Voilà, ma poulette ! Je t’ai arrangé un rendez-vous pour ce soir. Je lui ai dit que tu étais du genre romantique. On verra bien ce qu’il te prépare !

– Non, Aurélie ! Tu n’as rien compris ! Ce n’est pas de cet homme que je suis tombée amoureuse ! Et d’ailleurs, qui est-il ?

– Ah bon ?! Il faudra que tu m’expliques alors ! D’ailleurs, il est très sympa et charmant. Il s’appelle Antoine et il est jardinier.

– Je me fiche complètement de son prénom ! Je suis tombée amoureuse d’elle !

Nous nous approchâmes de la fenêtre fermée et lui indiquai ta place.

– Elle ? Mais qui ça ? Une femme ?

– Regarde bien !

Au même moment, je dirigeai mon regard vers l’endroit que mon doigt pointait…mais…tu n’étais plus là.

La panique m’envahit.

– Mais où est-elle ?

Je descendis les escaliers quatre à quatre jusqu’au portail du jardin. J’ouvris à toute vitesse et me dirigeai vers le banc, près de l’endroit où je t’avais aperçue pour la première fois…mais tu n’y étais plus.

Aurélie me rejoignit et me vit en pleurs.

– Je ne comprends pas ce qui te met dans cet état…explique-moi s’il te plaît.

– J’avais peur de te dévoiler mes sentiments, car j’étais tombée amoureuse d’une fleur…de la Dame de Cœur.

– Une fleur ?

– Oui…si tu l’avais vue…elle était tout pour moi. Je ne me lassais pas de la regarder depuis ma fenêtre. Je pensais constamment à elle.

– Mais c’est quand même particulier comme amour…

– Je le sais bien, et pourtant, c’était ainsi. Mais maintenant…où est-elle ? Je suis perdue sans elle…

– Je suis désolée de ne pas avoir compris ce que tu essayais de me dire.

Je regardais partout, cherchant le moindre indice. Et c’est là que je vis tes pétales rouges. Il y en avait trois…J’espérais tellement que tu n’aies pas souffert.

Je laissai mon amie derrière moi, sans dire un mot, et décidai de rentrer chez moi. Mon cocon…m’enfermer avec le souvenir de toi. De temps en temps, je m’approchais de la fenêtre dans l’espoir de te revoir.

Puis vers, vingt heures, quelqu’un sonna. Je pensais qu’il s’agissait d’Aurélie venue prendre de mes nouvelles.

– Va-t’en, Aurélie ! Je veux rester toute seule !

Je n’eus aucune réponse. J’attendis un instant…puis je décidai finalement d’ouvrir la porte. Sur le paillasson, jetée presque comme un déchet…tu étais là devant moi. Je te reconnus immédiatement.

Tu étais revenue.

Même si tu avais l’air abîmée.

Je te recueillis délicatement dans mes mains et te transportai jusqu’à la fenêtre. Je le savais. C’était une évidence, tu n’étais pas revenue seule.

C’est alors que je vis Antoine s’éloigner de mon chemin, rejoignant lentement sa camionnette.

C’était donc lui qui, d’un simple geste, m’avait arrachée à toi tout en permettant finalement notre rencontre.

Je te déposai délicatement sur le rebord de la fenêtre. Tu semblais si faible, mais tellement combative à la fois. Je ne te laisserais jamais tomber. Je resterais toujours auprès de toi…et toi, tu resterais pour toujours auprès de moi.

Je ne sais pas si, un jour, je serai capable d’aimer à nouveau avec une telle intensité. Pourtant, à l’heure actuelle, je ne me vois aimer personne d’autre.

Tu es mon univers.

Tu es ma Dame de Cœur.

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