16.09.2020 38 0 La Berryer

Voyage

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© 2020 Tamara Jarden

Tamara doit travailler mais c'est sans compter sur la Berryer.
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A quelques jours d’un délai, Tamara Jarden avait souvent besoin de s’enfermer pour trouver la solution du casse-tête juridique qui lui était soumis. Elle devait cette fois déterminer qui était propriétaire d’une marque évaluée à plusieurs centaines de millions de dollars. Assise à son bureau, dans un pyjama Air France, elle fixait un écran d’ordinateur qui le lui rendait bien. Cela faisait trois jours qu’elle ne sortait plus et dormait quelques heures par-ci par-là à même le sol. Elle perdait la notion du temps, essayait d’oublier l’ennui abyssal que lui inspirait ce dossier.

Elle était devenue avocate dans l’espoir, un jour, de plaider pour défendre des gens. En lieu et place, elle rédigeait des décisions signées par d’autres. A 29 ans, Tamara était la collaboratrice d’arbitres internationaux. C’est-à-dire, des personnes très importantes, plus âgées, mieux payées et qui dorment dans un lit.

Ses patrons le lui avaient promis, bientôt, elle pourrait jouer à l’avocat : interroger des témoins, défendre un client. Bientôt mais pas tout de suite. Il fallait être patiente, encore un peu, rédiger quelques décisions. Son dévouement serait récompensé. Motivée par cette promesse d’un futur meilleur, Tamara rassemblait ses dernières forces. Son cerveau enchainait les combinaisons pour trouver le raisonnement juridique et la solution juste.

Il lui semblait qu’elle touchait au but lorsque le nom de Myrtille apparu sur son téléphone portable. Elle hésita à décrocher. Elle ne voulait pas perdre le fil de ses réflexions. Mais sa psy lui avait conseillé de garder contact avec ses amis, même à l’approche d’un délai. Elle accepta donc l’appel et activa la fonction hautparleur afin de continuer à pianoter sur son clavier en même temps qu’elle parlerait avec son amie.

–    Salut Myrtille ! dit-elle du ton le plus réveillé possible.

–    Hello mon Chou ! Comment ça va cette deadline? Tu as fini ?

–    Non, malheureusement.

–   Mince mon Chou je suis désolée. Mais tu n’oublies pas que tu viens avec moi ce soir à la Beyrrier? J’ai ton billet.

Tamara avait complètement oublié.

–   Non je n’ai pas oublié mais je voulais justement t’appeler pour te dire que je n’allais pas y arriver. Mon délai est au 1er mars et je n’ai pas du tout fini.

–   Chou, tu ne peux pas faire une pause ce soir? Le 1er mars c’est demain. Au pire tu pourras reprendre demain matin, non ?

Cette affirmation étonnante réveilla Tamara.

– Attends, quel jour sommes-nous? On est vendredi 1er mars non?

Tout en parlant, Tamara cliquait sur sa souris pour fermer les nombreuses fenêtres ouvertes sur son écran et accéder à l’agenda de son ordinateur. La date indiquée la laissa stupéfaite.

–          On est vendredi 29 février… Il y a un vendredi 29. C’est une année bissextile. Ça veut dire…

–    Que tu viens avec moi à la Berryer !

–    Non, que j’ai un jour de plus pour finir !

–    Oui, et donc que tu vas à la Berryer!

Le ton de Myrtille s’était durcit. Tamara pesa le pour et le contre. D’un côté elle pouvait passer quelques heures de plus avec son ami l’ordinateur. De l’autre, elle perdait quelques heures de travail et gardait son amie Myrtille. Tamara rendit son verdict d’un ton solennel.

–    Je vais avec toi à la Berryer.

–    Me réjouis Chou ! On se retrouve à 18h30 devant le théâtre Pitoëff.

–    18h30 ? Mais c’est dans une heure et je…

–    A tout à l’heure Chou, ne sois pas en retard !

Myrtille avait raccroché, ne laissant aucune chance à Tamara de maudire les horaires suisses. Elle avait beau avoir quitté Paris pour Genève depuis plus de 5 ans, elle ne s’était pas habituée au décalage horaire entre les deux villes. Il y a entre Paris et Genève un décalage non officiel d’une heure, Paris étant, bien entendu, en retard. Autre différence d’importance : les évènements en Suisse commencent à l’heure dite et les retardataires sont jugés en silence. Enfin, certaines situations comiques à Paris ne le sont plus du tout à Genève. Par exemple, si un retardataire arrive en pyjamas, ce n’est pas hautement comique, c’est la honte et à n’en pas douter la mort sociale du contrevenant à l’ordre vestimentaire.

Il fallait donc se changer et vite. Tamara soupira, s’extirpa héroïquement de sa chaise et expérimenta la position debout. Elle tituba quelque peu, cru tomber avant de retrouver l’équilibre. Elle enfila ses bottes en cuire par-dessus son pantalon de pyjamas, enfila son manteau d’hiver et appuya sur la poignée de porte de son bureau.

Un courant d’air frais s’engouffra dans la pièce qui transportait les conversations de ses collègues. Ils allaient et venaient dans les couloirs, prononçant des mots sans saveur. N’ayant ni le temps ni le courage d’échanger des platitudes, Tamara rasa prudemment les murs jusqu’à la réception. Une fois la porte de sortie en vue, elle fila sans se retourner et souhaita depuis le pallier un « très bon weekend » à personne en particulier.

Dans l’ascenseur, elle s’observa dans le miroir : deux yeux marron-verts agrémentés de cernes violettes, le teint blafard, des cheveux bruns-roux en bataille. Il y avait du travail avant d’être présentable.

Dehors, il faisait nuit et froid. Tamar rangea ses mains dans ses poches, mit sa capuche et se dirigea d’un pas volontaire vers son appartement, de l’autre côté de la plaine de Plainpalais. Arrivée chez elle, au quatrième étage d’un vieil immeuble du quartier des Bains, elle se jeta sur son lit. Il lui avait tant manqué. Allongée, elle fut prise de panique : il fallait qu’elle se lève immédiatement avant de confondre rêve et réalité et de se réveiller un autre jour dans les vêtements de la veille ! Motivée par la juste colère de Myrtille, elle roula sur le côté et, trompant la vigilance de son matelas, s’extirpa in extrémis de la situation périlleuse.

Une douche et un coup de peigne plus tard, Tamara, enroulée dans une serviette, se demandait quelle était la tenue appropriée pour un évènement comme la Berryer. Elle opta pour un ensemble qu’elle estimait passe-partout : un jean noir, un pull rose poudre et deux perles de culture montées en boucles d’oreilles. Elle remit ses bottes, enfila un mentaux bleu marine à col en fausse fourrure, attrapa un sac cartable bordeaux à bandoulière et partit juste à temps pour arriver légèrement en retard au théâtre Pitoëff.

Devant les marches, Tamara cherchait Myrtille du regard tout en fouillant dans les méandres de son sac, à la recherche de son téléphone portable. Myrtille lui avait envoyé un message : « Mon Chou, je suis rentrée m’installer. J’ai laissé ton billet à l’entrée. A tout’ ! ».

Timide, Tamara aurait aimé entrer avec Myrtille qui connaissait tout le monde à Genève. Pour se donner du courage, Tamara prit une grande bouffée d’air froid avant de passer la porte  du théatre. Se laissant guider par les panneaux à flèches directionnelles, elle emprunta un couloir sombre recouvert de moquette. Elle s’arrêta à un point de lumière abrité par une guérite. A l’intérieur, une jeune femme attendait que les passants s’annoncent.

–          Bonsoir Madame, mon amie Myrtille Van Birchen a laissé un billet pour moi, au nom de Tamara Jarden ?

–          Jarden, Jarden… Oui, le voici, répondit l’ouvreuse. Dépêchez-vous, nous allons commencer !

Tamara souleva un lourd rideau de velours et pénétra dans une salle bourdonnante. Eblouie par la lumière dorée des lustres, elle accepta l’assistance d’un jeune homme muni d’un talkie walkie qui se proposa immédiatement de l’aider à trouver sa place. Sur le ton du secret, il indiqua qu’elle avait une place balcon mais qu’il était trop tard pour s’y rendre : « il reste une place au premier rang, je vais vous y conduire. »

Se contorsionnant sur un strapontin en bout de rang, Tamara cherchait anxieusement Myrtille dans la salle. Elle était là, dans une robe noire à bretelles, lui faisant de grands signes de la main depuis un balcon. Tamara sourit. Ragaillardie à la vue de ce visage familier, elle se sentait prête à saluer son voisin de siège. Mais elle se ravisa. A sa gauche, se trouvait l’ancien Garde des sceaux français, Monsieur Bourger de Lille. Tamara fixa un point imaginaire devant elle et maudit en silence le jeune homme au talkie-walkie.

Soudain, la salle fut plongée dans le noir. Des ténèbres, une voix magique s’éleva : « Peuple de Berryer, Bonsoir ! ». La lumière revint sous les applaudissements, offrant à la vue des spectateurs la pire mise en scène jamais conçue : des hommes et des femmes assis sur des chaises derrière des tables nues. Seul à l’avant de la scène, un grand échalas binoclard se tenait debout, les bras légèrement ouverts.

Cet homme, Tamara le reconnu immédiatement. Il s’agissait de Jules Vermer, un ancien camarade de l’Université. Ils avaient participé à un concours oratoire ensemble. Leur équipe avait gagné. Depuis, ils s’étaient perdus de vue, sans vraiment y penser. Tamara n’en revenait pas de le retrouver dans ces conditions. Sa surprise était telle qu’elle était à deux doigts de s’en confier au Garde des sceaux quand Jules, couvrant sans effort les hourras, reprit son introduction.

– Peuple de Berryer, merci, d’avoir fait le choix étrange et courageux de passer votre vendredi soir en notre compagnie ! Comme vous le savez, la Berryer est un jeu de massacre qui a environ soixante-dix ans. Les règles sont simples : de jeunes avocats prometteurs font des discours sur des thèmes absurdes, rarement drôles, souvent mauvais. Ils sont ensuite critiqués par leurs paires. Pour notre plus grand plaisir, les critiques seront eux-mêmes la cible de très estimés contre-critiques !

Jules avait le don de s’adresser à une foule comme on parlerait à un vieil ami. Il la regardait dans les yeux, lui adressait des sourires complices, riait avec elle de lui-même, créant ainsi l’illusion d’une précieuse intimité. La salle du Pitoëff était sous le charme. Elle s’éclairait un peu plus à chacun de ses traits d’esprit qui semblaient des créations dessinées spécialement pour cette soirée. Chacun se sentait muse et débiteur de l’attention accordée par ce professionnel de la séduction. Sans quitter son audience du regard, Jules tourna légèrement le buste pour présenter les humbles mortels qui partageaient la scène avec lui.

– Ce soir, pour la Berryer internationale, nos valeureux candidats viennent de toute la francophonie ! Pour le Barreau de Bruxelles, Maître Simon Beck se demandera s’il a « tort d’avoir raison ». Pour Genève, Maître Hélène Schmidt nous parlera de son expérience et nous dira s’« il faut fumer les blondes ». Enfin mon frère de la Conférence du Barreau de Paris, Maître Tey, nous donnera sa position concernant le proverbe bien connu selon lequel « la meilleure défonce c’est l’attaque ».

Jules laissa la salle applaudir à tout rompre les trois sacrifiés volontaires avant de reprendre.

– Pour faire le portrait approximatif, du premier candidat : Maître Martin Laval !

-Merci Jules, dit le dénommé Laval en ajustant inutilement sa veste. Bien que ce ne soit pas ton portrait qu’il m’incombe de dresser, je dois souligner que c’est un honneur d’être introduit par le fils caché d’Harry Potter et de Dominique de Villepin !

L’image folle était si impossiblement juste qu’elle provoqua l’hilarité du peuple de Berryer. Bon public, Jules applaudit généreusement et gratifia son confrère belge d’un hochement de tête approbateur.

Ce soir-là, les candidats déroulèrent des farandole d’élucubrations poétiques et firent moult tentatives courageuses pour donner un sens à leur sujet. Tamara trouva qu’un candidat se démarquait : Auguste Tey. Du haut de ses 1m60, il occupait tout l’espace. Arpentant la scène comme pour se donner de l’élan, il osait tout. Il affirma notamment avoir commencé à préparer son discours quelques heures plus tôt, dans le train Paris-Genève. Il poussa l’insolence jusqu’à s’en prendre au Garde des sceaux :

– Bien entendu que la meilleure défonce c’est l’attaque et je vais vous le démontrer tout de suite ! Si je dis au sujet de Monsieur Bourger de Lille, qui est là parmi nous ce soir, qu’il est la preuve vivante que si la particule est séduisante la partie tête est indispensable, nous passons tous une très bonne soirée, sans une goutte d’alcool!

La salle était prise de rires spasmodiques. Bourger de Lille lui-même se tapait les cuisses. Tamara ne put retenir un rire étouffé.

Comme le veut la tradition, les critiques firent ensuite preuve d’une cruauté sans borne.  L’un deux eut le mauvais goût de s’en prendre au physique des jeunes talents.

–  La médiocrité de Monsieur Tey n’a d’égale que son arrogance. Il pense à tort qu’il n’a pas besoin de préparer son discours ! Celui que certains appellent le Petit Prince est Petit, c’est tout!

Tamara ne gouttait pas cet humour et manifesta son mécontentement en huant le critique. A son grand étonnement, le Garde des sceaux qui avait commencé par s’esclaffer, retourna sa veste pour huer de concert. Les contre-critiques chlorent le bal en rhabillant les critiques pour l’hiver, apportant ainsi un certain apaisement aux candidats et à leurs nombreux supporters.

Les deux heures trente de la Berryer passèrent en un éclair. Déjà, le rideau tombait, la lumière se tamisait, le peuple se dispersait. Sur son siège, Tamara essayait de se décider à retourner au bureau. Myrtille vint l’arracher à sa torpeur.

–   Tamara ! Il y a un verre avec les participants de la Berryer. Tu dois venir !

–   J’aimerais beaucoup mais je ne peux pas. Je dois retourner travailler, répondit Tamara dépitée.

–  Viens juste le temps de prendre un verre. C’est à côté de chez toi en plus, au Verre à Monique.

–   Myrtille, même si je pouvais, je ne suis pas invitée, objecta Tamara.

–  Mais bien sûr que tu es invitée ! Les autres sont déjà en chemin. Rejoins-nous ! enjoignit Myrtille avant de quitter la salle.

Tamara devait vraiment retourner au bureau finir son Rumi Kub juridique. Mais la tentation de saluer Auguste était trop grande. Elle obéit donc à Myrtille et se rendit au Verre à Monique. Arrivée devant le bar, elle hésita. Derrière la buée des vitres, elle observait les petits groupes de gens en pleine discussion. Et si elle n’était pas bienvenue ? Cette pensée provoqua une certaine colère en elle qui la poussa à pousser la porte, actionnant ainsi une petite cloche qui sonna dans le tumulte des conversations puis dans le silence total. Les convives s’étaient tus pour observer la nouvelle venue. Tamara se tenait dans l’entrée, paralysée par cette attention. Elle cherchait désespérément Myrtille du regard, sans succès.

Bourger de Lille aperçut Tamara et se dirigea prestement vers elle les bras grands ouverts. Arrivé à sa hauteur, il déclara : « Entrez ma Chère, vous êtes si jolie !». Rassurés par cet adoubement en règle, les invités reprirent leurs échanges. A cet instant, Jules émergeât des fins fonds de la salle.

–   Tamara! Long time no see !

–   Oui, ça fait une éternité ! Quel chemin parcouru depuis le concours oratoire à l’Université, félicitations !

–   Merci Tamara mais c’est trop d’éloge. Tu sais, concrètement, je fais partie d’une sorte de troupe foraine. On se produit dans des villes, on ressort les mêmes trucs … D’ailleurs, si tu veux bien m’excuser, je vais aller essayer mon baratin sur cette blonde que j’ai vu là-bas, avant qu’elle ne s’évapore. Mais reste s’il te plait, la soirée ne fait que commencer !

Jules se dirigea droit sur une avocate en discussion avec un jeune homme à mocassins. Le pauvre ignorait ce qui allait s’abattre sur lui. Jules prononça quelques mots qui suffirent à soustraire l’objet de sa convoitise à l’importun mal chaussé. Quelques minutes plus tard, il l’entrainait danser devant un pare-terre acquis à sa cause. Tamara entendit le jeune homme s’indigner : « Mais… c’est ma petite amie !». Jules eut l’élégance de lui répondre d’un sourire, accompagné d’un haussement d’épaules.

Fascinée par la scène, Tamara ne remarquait pas que quelqu’un lui parlait. Le son parasite se faisant insistant, elle tourna la tête à la recherche de son origine : rien. Elle baissa le menton et vit enfin, Auguste Tey et sa folle chevelure blond-vénitien, qui demandaient son attention.

–  Alors, tu connais Jules ? D’où vous connaissez-vous? Jules a des amies incroyablement belles, c’est agaçant.

–  Bonsoir, Tamara, répondit Tamara en tendant une main à Auguste. J’étais à l’Université avec Jules, avant qu’il ne rencontre la gloire en tant qu’artiste fantaisiste de salon.

A ces mots, le visage d’Auguste s’illumina.

–  Tu sais, nous respectons tous le Premier Secrétaire. Mais s’il t’a laissée quitter le pays c’est une faute. Qu’est-ce que les suisses ont que l’on ne peut t’offrir ? Peut-être ce ça peut s’arranger ?

–  Des lacs, de l’air pur, des horaires de travail décents, des amitiés sincères aussi. Mais je dois dire la culture de l’insolence me manque.

–  Ma chère, nous en avons effectivement à revendre. Je dirais même en toute humilité que c’est notre spécialité. La coïncidence est trop belle ne trouves-tu pas ? Je pense que nous sommes faits pour être amis, sincèrement, proposa Auguste.

–  Cela me semble raisonnable, acquiesça Tamara.

Jules, accompagnée d’une nouvelle blonde, rejoignit Auguste et Tamara.

– Nous allons danser dans un de ces endroits où la musique est mauvaise. Vous venez ?

–  L’offre n’est pas très engageante. Mon amie et moi devons y réfléchir, annonça Auguste.

–   Ton amie, s’esclaffa Jules ? Tamara, dis-lui que tu as déjà tes œuvres s’il te plait.

–  C’est la stricte vérité Jules, trancha Tamara. Elle regarda sa montre, il était minuit. Il était illusoire d’espérer travailler ce soir. Mais en allant maintenant se coucher, elle pouvait espérer une bonne journée de travail le lendemain.

–    Je vais malheureusement devoir vous quitter. Je dois me lever tôt demain pour travailler.

–    Auguste, tu avais raison, s’exclama Jules, il me faut sortir les grands moyens ! Tamara, tu ne peux simplement pas me faire ça. Cela fait quoi, cinq ans qu’on ne s’est pas vus ? Nous n’avons pas même échangé deux mots depuis que nous nous sommes retrouvés. Quand est-ce qu’une occasion comme celle-ci se reproduira ? Quand serons-nous de nouveau dans la même ville ? Allez, c’est décidé tu viens avec nous.

Jules avait raison, ils ne se reverraient certainement pas avant plusieurs mois voire plusieurs années.

–    Juste un moment, concéda Tamara.

–   Oui, oui c’est entendu. Allons, qu’est-ce que c’est que cette histoire rasante de travail le samedi ? Ce n’est pas sérieux. Tu me fais du souci. Il faut qu’on discute, développa Jules tout en entraînant Tamara vers la suite de la soirée.

Arrivée au Baroque, une boite de nuit genevoise, Tamara regretta d’avoir cédé. Elle détestait cet endroit. De plus, sa tenue détonnait légèrement avec les robes moulantes, talons hauts et parures en plastiques qu’arboraient les habituées de l’endroit.

–   Du champagne, ici il nous faudra du champagne ! déclara Auguste.

–    Les dames sur la banquette, ordonna Jules en désignant la table réservée aux participants de la Berryer.

–   Je vais m’assoir à côté de Tamara, désobéit Auguste.

Tamara s’assit sur un canapé prétentieux envahit de petits coussins. Il se passa cinq minutes avant qu’elle ne reçoive le premier coup. L’une des plus belles bataille d’oreillers que le Baroque ait eu l’opportunité de connaitre venait de commencer. Pieds nus, Tamara, Auguste et Jules sautaient d’une banquette à l’autre armés de coussins brodés. Aucun client ne fut épargné. Beaucoup quittèrent les lieux.

Après la fermeture, Tamara décida de montrer l’un des monuments de la ville à ses amis parisiens. Elle les amena devant le mur des réformateurs.

–   Chante l’hymne suisse Tamara, la pria Auguste.

–   Sur nos monts quand le soleil, commença Tamara .

– Non, tu te moques, ça c’est la mélodie de la marche funèbre, l’interrompit Jules.

–          Ce n’est pas très charitable de ta part.

–          Oui, chantons le Roi Lion plutôt, ça va avec tout et c’est toujours un succès, conclut Auguste.

Les trois compères chantèrent la sérénade jusqu’au petit matin. Puis Auguste et Jules raccompagnèrent Tamara au bureau.

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