D’où nous venons est une vaste question. Où nous allons en est une encore plus grande. Mais juste là, avant le Grand Virage astronomique, arrêtons-nous un instant pour remercier le passé et accueillir le futur.
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Juste avant le 31 décembre

Une extinction de voix m’oblige à me parler à moi-même uniquement. Un signe peut-être… En introspection totale, je plonge dans mon histoire, dans celles de mes ancêtres et à ces derniers, je dois beaucoup. Pourquoi ne pas, à la veille du changement d’année astronomique, rendre hommage à tous ces microcosmes ?

 

Mes ancêtres, il y en a des milliers, des millions, peut-être des milliards, mais je n’en connais qu’une poignée et encore. Certains ont combattus dans les croisades, y sont morts. D’autres ont été notables ou paysans, voyageurs, marchands, croisés, artisans. D’autres ont été forcés de fuir à travers les terres, de l’invasion d’un quelconque pacha turc, d’un quelconque pirate ou d’un franc assoiffé qui lui aussi ne connaissait pas ses ancêtres.

 

Je me souviens d’une exposition à Zürich qui m’avait émue au-delà du prévu. Des petits trésors ont été découverts partout en Suisse, des petits trésors de familles qui ont dû fuir de chez eux et qui enterraient en vitesse la bague, le bracelet, la fibule en or dans l’espoir de revenir les déterrer une fois le danger écarté. Mais la terre bouge. Les paysages changent. Les envahisseurs tuent et s’installent. Et beaucoup de ces braves gens ne sont pas revenus. Le Musée national exposait les petits trésors en déshérence. Tout est dit.

 

Et cette fuite dure depuis Adam et Eve…

Plus près de mon temps, les membres de ma famille ont dû fuir la guerre, la pauvreté, l’humiliation de la faillite. Ils ont aussi émigré par amour, heureusement. De la montagne des Grisons aux rivages de Chypre, ils ont subis tant d’outrages, de difficultés. Et pourtant, ils se sont aimés, ils ont gardé, ils ont transmis. Et si je peux leur donner ma voix, c’est tant mieux. Comme toutes ces cultures primitives qui honorent leurs ancêtres, je leur dois tellement.

 

Ne serait-ce que le physique. Impossible de me faire passer pour une suédoise. Mon sang est teinté de la couleur de la terre et son cuivre me donne cette énergie d’origine méditerranéenne. Et une qualité qui a survécu par miracle au travers de toutes ces batailles: l’hospitalité. Comment un peuple qui a tant souffert d’invasions barbares, ottomanes et chrétiennes peut il encore garder le sourire et accueillir l’étranger ? Ca doit être l’effet du cuivre qui nous vient de la terre de Chypre dont le nom signifie cuivre.

 

Et des montagnes grisonnes de mon grand-père, j’hérite du silence, de la raison. Cristal de roche et granite dans un air limpide. Ca doit laisser des traces. Moins de mots, moins d’épanchement d’émotions mais autant de sentiments. Des deux branches de mon arbre, la religion au centre comme un gros obstacle et en même temps une colonne d’appui incontournable. Les chrétiens d’orient et les chrétiens de l’occident. Tout un passé de guerres que Dieu a laissé faire. Comme il a laissé faire la Guerre de Troie et toutes les autres. L’irresponsabilité nous guide et nous aveugle avec l’excuse divine. C’est comme ça.

Pour les orthodoxes, un défunt doit être placé face à l’orient, là où le Christ doit apparaître à la fin des temps. Et ce qui m’a toujours surprise, après la cérémonie, la famille se partage un gâteau spécial, le Koliva, sorte d’étouffe chrétien partagé entre le monde des vivants et des morts. Le Koliva, mélange de douceur, de farine de blé et d’épices, a une consistance qui fait penser à de la cendre. Ce rituel est le dernier acte d’amour rendu par les femmes, médiatrices entre le monde-ci et l’au-delà, comme les prêtresse de l’Antiquité. Rien que l’étude des rites me renseigne sur ce qu’il en reste en moi. Quels sont les rituels auxquels je tiens, ceux que je perpétue dans mon environnement moderne et désacralisé? Pour les Grecs anciens, la Nature était sacrée. Il en était de même pour les Celtes, mon autre quart de moitié. La Nature, une déesse qui me semble très actuelle.

 

La mer et la montagne, l’eau et le rocher… entre ces deux pôles mon cœur balance. L’eau douce mêlée à l’eau de mer donne une eau trouble, indéfinissable, ni chaude, ni froide. Une sensation étrange que les plongeurs adorent et que je reconnais en moi. Il m’a fallu du temps pour comprendre que je n’avais pas à choisir. Je suis le fruit de deux origines qui s’excluent et je prends la décision d’intégrer tout sans exclusion.

 

L’exclusion, voilà un état dans l’état qui me donne la nausée. Curieux que le mot nausée vient du grec, navire. Le mot exclusion lui, vient du latin exclusio : ne pas laisser entrer. C’est extraordinaire que des origines linguistiques si anciennes aient encore un sens à notre époque. Le parallèle entre exclusion et navire nous met devant le drame des immigrés, émigrés de leur pays sur de frêles barques entre les

vagues de Mare Nostrum, notre bassin commun. Je reviens à mes rivages, ceux qui me sont familiers.

 

Dans ma famille, l’émigration était un gage de survie. Faire fortune en Amérique, fuir le village qui vous a condamné, épouser l’homme ou la femme de son choix, s’échapper le Goulag et revenir au village trente ans plus tard, entamer des études à l’étranger et ne plus revenir… Le village ne permet pas de grandir. Le confort non plus. Une certaine tension est indispensable pour créer l’étincelle qui vous permet de briller. D’accomplir. Mon père est passé par là. Mon grand-père aussi. L’histoire des femmes est plus discrète. Celles qui m’ont précédées, apparemment soumises, pratiquaient une guérilla constante. Sans jamais gagner la guerre, elles grappillaient ainsi des avantages, pour elles-mêmes et leurs enfants. Pour compenser, je me nourrissais d’héroïnes tragiques, car il faut bien que le courage mène à la perte de l’individu. Elles mourraient jeunes mais avec panache et splendeur. Et surtout dans une amoralité paiënne. C’est ce qui me plaisait. Pas de figures de madonnes, de saintes, de martyres… d’ailleurs le mot sainte nitouche ne trouvait pas grâce aux yeux de ma mère.

Et les hommes dans tout ça ? Comme les femmes, dans un rôle social bien défini, le contraire du WYSIWYG. Les paroles veulent dire le contraire, les sentiments sont biaisés, tout est contradictoire et sonne faux. Mais n’est-ce pas le lot de toute société ? Sinon comment les faire avancer tous ces gens dans la mauvaise direction et leur faire croire que c’est juste? Politiquement correcte dit-on aujourd’hui.

Je m’égare dans mes chromosomes, mais c’est ainsi que je me retrouve. Rien n’est bon ni mauvais. En cette veille du Grand Virage de fin d’année, je suspends le temps pour dire MERCI à tous mes ancêtres de ce qu’ils m’ont légué intentionnellement ou non.

 

Bon vent pour la suite du voyage !

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