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Chapitre 1

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Texte écrit dans le cadre de l'Atelier d'écriture UNI3. Thème proposé: Mettez-vous dans la peau d'un animal: décrivez ce qu'il ressent et perçoit.
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Je suis une créature étrange…

 

Je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas encore qui je suis. Une force inouïe m’habite et me propulse vers je ne sais quoi. Je crois que je tiens debout sur quatre pattes. Les pattes arrière sont un concentré de puissance : je peux me dresser sur elles en cabrant mon échine ; dans cette position les pattes avant peuvent s’agiter dans l’air librement. Je peux aussi prendre appui sur les pattes avant et ruer vers l’arrière : leurs extrémités coiffées de sabots deviennent alors des armes redoutables. Cela suffit pour effrayer mes adversaires et faire reculer toute créature qui voudrait me dompter. Je peux galoper pendant des heures, la crinière flottant dans l’air au rythme de ma foulée : le vent lui-même peine à me suivre. Nous faisons parfois la course ensemble : c’est lui qui s’essouffle en premier, pendant que je hennis et ris de toutes mes dents, ivre de vitesse. Je savoure ma victoire en plongeant mes naseaux dans les fleurs de la prairie…

C’est le vent qui m’a rapporté les histoires qui se racontent à mon sujet. J’aurais perdu ma mère à ma naissance : un éclair métallique lui a tranché la tête. Elle n’a pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Elle m’a transmis avec son dernier souffle la douleur, la rage et la fureur… ce trio s’est engouffré dans mes poumons avec ma première inspiration. Il est en train de se transformer en moi, lentement. Il se passe quelque chose dans mon dos, à la hauteur de mes omoplates, comme une sorte de métamorphose. Au début ce n’était qu’un chatouillis. Puis j’ai senti sortir de deux échancrures ce que j’ai cru d’abord être une autre paire de pattes. Elles peinaient à se déplier, elles n’avaient pas de sabot, mais étaient recouvertes de plumes, larges, déployées en éventail… il paraît que ce sont des « ailes » : je me suis entraîné à les mettre en mouvement.  À présent, grâce à elles, je peux échapper à mes poursuivants et m’envoler comme un oiseau… les aigles royaux me regardent passer incrédules : ils n’ont jamais vu ça !

La sensation du vol est encore plus enivrante que la vitesse du galop ; le monde vu d’en haut est d’une beauté indescriptible : je n’ai pas les mots pour vous la décrire. J’aurais bien aimé m’installer sur un nuage : j’ai essayé, mais c’est trop instable, je risque de tomber. La seule chose terrestre dont je suis nostalgique c’est l’eau fraiche des sources, où je descends de temps à autre pour me désaltérer. C’est au bord de l’une d’elles que j’ai croisé l’ombre de Narcisse, qui m’a recommandé la prudence… selon lui, mieux vaut ne pas s’y attarder plus que nécessaire, et surtout ne pas se regarder dedans… C’est étrange, mais d’instinct je suis son conseil : avant de boire, je ferme les yeux. Et je m’enfuis sans tarder, dans le ciel de la liberté.

Une seule fois je me suis laisser attraper : le roi Bellérophon m’avait fait croire qu’il était très différent des autres êtres humains. Je l’ai accepté pour un temps comme cavalier. C’était hélas une illusion : il m’a entraîné contre mon gré dans des aventures que je n’aimais pas. J’ai dû me résoudre à le désarçonner : je ne supporte pas les prises de pouvoir, ni les abus, ni les conflits. Personne ne me domptera jamais.

Zeus est en train d’étudier mon cas. Je crois qu’il me comprend. Il m’a proposé une place de constellation dans le bleu profond de l’univers nocturne : je serai proche d’Andromède, des Poissons et du Verseau… je crois que ce voisinage pourrait me convenir. Mais en attendant, et pour l’instant

je suis un cheval

je suis unique et sauvage

on m’appelle Pégase

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