Qu’est-ce Maman pouvait bien comprendre au monde avant la découverte de l’électricité, des trous noirs, de l’ADN, de la tectonique des plaques, des réseaux de neurones et de la psychologie expérimentale ?
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Nous ne pouvons expliquer l’arc-en-ciel qu’à partir du 17e siècle ; les éclairs à partir du 18e ; les maladies infectieuses à partir du 19e ; les tremblements de terre à partir du 20e. L’humanité commence à comprendre la gravitation au 17e siècle ; l’électricité au 18e ; l’évolution au 19e ; la génétique, la chimie, les histoires de l’univers, de la Terre et de la vie au 20e siècle. Des technologies aussi fabuleuses que les avions, les satellites, les réfrigérateurs, les réacteurs nucléaires, l’IRM, le plastique, les ordinateurs n’apparaissent qu’au 20e siècle.

Toutes les grandes religions sont nées bien avant le 17e siècle. La dernière, l’Islam, apparaît au 7e siècle, soit mille ans avant Newton.

Certes, il y eut quelques honorables savants durant l’Antiquité et le Moyen Âge. Toutefois, reconnaissons que même Aristote, Archimède, Galien n’expliquaient pas grand-chose de manière solide.

À des époques où les hommes savaient si peu, comprenaient si peu, les discours religieux comblaient un vide. Les dieux sont des « idées » qui ont précédé les explications. Nourries pendant des siècles et des siècles, ces « idées » sont encore assez puissantes pour minimiser les explications « récentes » apportées par la science.

Les religions sont des maladies infantiles. Elles altèrent le développement de la raison. Pourquoi touchent-elles encore aujourd’hui de nombreux adultes ? Il faut chercher des explications du côté de la psychologie, des neurosciences, de la sociologie et de la politique.

Les esprits religieux relèvent que les explications scientifiques sont provisoires, sujettes à révisions, parfois insatisfaisantes. Y adhérer sans réserve n’est pas rationnel. Très juste, mais cela ne justifie pas les discours religieux !

Je préfère une explication provisoire à l’éternel retour du mot « dieu ». Le mot « dieu » n’a aucun pouvoir explicatif ; pire, son usage témoigne d’une volonté de ne pas expliquer.

La volonté de ne pas expliquer n’est qu’un aspect des religions. D’autres aspects sont peut-être plus importants pour comprendre leur persistance. Il y a le refus de la mort, que je n’ai pas envie de développer maintenant. Il y a la fonction grégaire. Une religion relie les « nôtres », les « fidèles », les « hommes sur la bonne voie », les unit autour de textes, de « révélations », de croyances, de traditions, de valeurs morales ; et les sépare des « autres », des « mécréants », des « hommes sur la mauvaise voie ». Ce rôle, qui répond probablement à un besoin inscrit dans nos gènes, semble d’une puissance inébranlable. Les merveilles de l’art religieux en sont la face lumineuse ; les guerres, le terrorisme, la torture et les bûchers en sont la face noire.

Selon les points de vue, on peut entendre que chaque religion mène une guerre de la bonne vie contre la mauvaise vie ; du dogme contre l’ouverture d’esprit ; du spirituel contre le matériel ; d’un peuple contre d’autres peuples ; des vérités éternelles (non prouvées) contre les théories provisoires (argumentées) ; de l’illusion contre le réalisme ; des esclaves contre les maîtres (ou réciproquement) ; d’un au-delà contre ce monde-ci ; de l’atmosphère magique de la prime enfance contre le désenchantement de l’âge de raison ; etc.

Toute guerre sale au sens propre est la conséquence d’un excès d’altruisme. Contrairement à une idée reçue, l’altruisme extrême est le pire ennemi de la paix universelle. Plus on aime les « nôtres », plus on déteste les « autres » (et réciproquement). Or les religions poussent à l’amour des « nôtres ». La pensée que les « nôtres » pourraient s’étendre à toute l’humanité, si bien que les « autres » deviendraient un concept vide, est chérie par de nombreux esprits, notamment des chrétiens, des pacifistes, des francs-maçons, des membres de l’internationale socialiste. Jusqu’à présent, l’histoire semble plutôt leur donner tort…

Bien qu’étant hostile aux religions, je confesse que beaucoup de penseurs religieux tiennent aujourd’hui des discours conservateurs que j’approuve, parce qu’ils forment un rempart contre les excès d’un progressisme devenu fou. La religion chrétienne, malgré tous les défauts qu’elle présente à mes yeux, a le mérite de résister à maintes tentatives de « déconstructions » qui, me semble-t-il, fragilisent l’homme occidental.

Cioran a posé un diagnostic lucide : « Mille ans de guerre consolidèrent l’Occident ; un siècle de « psychologie » l’a réduit aux abois ».

Le slogan « Make Europa Great Again ! » n’est pas pour me déplaire… Dommage qu’il s’exprime sur une bannière chrétienne ! Je rêve d’une chevalerie européenne qui s’appuierait à la fois sur les splendeurs de la science et sur la noblesse de vertus très anciennes – mais aucunement sur des idées religieuses – pour bâtir une Europe aristocratique, fière de ses racines, conquérante, impérialiste ; ayant le sens des hiérarchies ; célébrant les belles différences entre les hommes et les femmes ; cultivant le courage, l’élégance, la courtoisie et la générosité ; tendue vers l’excellence artistique, scientifique, technologique ; soucieuse d’éduquer la jeunesse avec des exigences très hautes ; investie dans les combats contre la pollution, le bétonnage, la chute de la biodiversité, le réchauffement climatique, l’inflation, la dette publique, l’étatisme ogresque, les lois liberticides, les mafias, les racailles…

Je radote… à mon âge, c’est très bien ! Il faut respecter la tradition des vieux qui radotent. Dans un monde où nombre de jeunots sont plus fragiles que des vieillards, où quantité de quinquagénaires s’habillent, parlent, draguent comme des adolescents, l’authentique rebelle est le vieux fier d’être vieux, fier de se comporter comme un vieux !

Clin d’œil à Tristan Bernard, je déclare à tout novice :

 

Mon cher blanc-bec, j’ai soixante-cinq ans,

Et je t’emmerde avec mes vieux piquants.

 

Mais ne médisons pas ! Il y a beaucoup de jeunes gens qui sont très bien. Ils ont pour idoles Clint Eastwood et Roger Penrose.

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