Créé le: 26.09.2019
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Fille de l’océan

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© 2019-2021 Rina

© 2019-2021 Rina

Qui sommes nous en réalité ? Nos ancêtres peuvent-ils nous guider à travers nos rêves ? Notre réalité peut-elle basculer sur un claquement de doigts ? Autant de questions qui vont mener Ravona, jeune femme active et promise à un brillant avenir dans notre univers moderne, à modifier sa perception du monde qui l’entoure. S’en sortira-t-elle indemne?
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Le rêve/1

Une nuit d’encre, sans lune ni la moindre étoile… Le brouillard…  La peur face à un danger sans visage, terrifiant ! Cours ! Ne te retourne pas… nous y sommes presque… Mais elle se retourne. Elle doit s’assurer qu’il est là, qu’il la suit et que tout  ira bien. NON !… Son hurlement se perd dans les ténèbres soudain déchirées par des éclairs assourdissants et meurtriers. Elle veut le rejoindre mais des mains la retiennent et la tire vers l’embarcation qui attend pour l’emmener là ou elle ne veut pas aller sans lui. Il faut continuer ! pense à ton bébé… Et elle se laisse entraîner malgré les larmes .. . oui … le bébé… Des bras solides la soulève pour la déposer sur la banquette du frêle esquif, elle et le petit paquet vagissant qu’elle serre dans ses bras. Un dernier murmure… Adieu mon enfant… Ne te sépare jamais du talisman. Lui seul peut vous protéger. N’oublie pas ! … Tu a été la lumière de mes jours… Je t’aime !

Ravona se dresse sur son lit, en sueur. Il fait encore nuit mais une légère lueur orangée derrière les montagnes, qu’elle aperçoit depuis sa fenêtre ouverte, annonce le jour naissant. Rory, qu’elle a bousculé dans sa panique, la regarde avec des yeux désolés. – Encore ce rêve ?  demande-t-il avec sollicitude.

Elle hoche la tête. – Je ne comprends pas pourquoi il revient encore et encore..

Elle rejette les draps et, attrapant au passage son peignoir, elle se dirige vers la cuisine avec l’intention de se préparer un café qui l’aidera à chasser ce malaise persistant. Elle ne se rappelle pas quand cela à commencer. Une nuit…

C’est lié à votre passé, lui a dit sa psy… peut-être à vos ancêtres… Mes “ancêtres” sont de bon francais sans histoire, originaires de Haute-Savoie depuis des temps immémoriaux, s’énerve Ravona.

 

Le rêve/2

Des catholiques qui ont déjà bien du mal à pratiquer leur propre religion. Alors des histoires d’outre-tombe…

-N’importe quoi !    

-Qu’est ce qui  est n’importe quoi ? Demanda Rory en entourant de ses bras sa taille de liane.

Prise dans ses pensées, elle ne l’avait pas entendu venir et sursauta. Avait-elle parlé a haute voix ? Elle se retourna, noua ses bras graciles autour du cou de son amant et l’embrassa. Depuis trois ans qu’ils partageait ce cocon d’amour dans un quartier tranquille de Genève, elle ne s’en lassait pas.

-Je pensais à papa avec franges et plumes dans une danse de la pluie endiable.

Rory ne put retenir un éclat de rire. La famille Morel était, en effet, dans l’agriculture depuis plus de trois générations. Seule Ravona avait choisi un autre chemin.

Là, je suis d’accord avec toi, dit-il avant de devenir tout a coup soucieux. Un pli barra son front. Elle le lissa avec un doigt tendre. – Quoi ?

-Ne sous-estime pas le pouvoir de la magie, noire ou blanche, ma puce. Dans certains pays, c’est une réalité.

-On la pratique chez toi ?

Rory s’assit à la table-bar de la cuisine et la regarda s’activer. Le plis barrait toujours son front.

-Et bien oui ! Je ne connais pas ce phénomène personnellement mais j’ai entendu des hisoitre à faire dresser les cheveux sur la tête. Mes parents y croyaient… nous avions des gris-gris à la maison..

 

Le rêve/3

Versant le thé vert au jasmin qu’il affectionnait, Ravona suspendit un instant son geste pour lever des yeux surpris sur lui. C’était la première fois que Rory faisait allusion à ses origines guadeloupéennes et à sa famille. Elle avait le sentiment qu’il ne se livrait jamais totalement. Une seule fois, il avait parlé de la raison pour laquelle, venu de Paris, il s’était installé Genève. – Quoi que tu fasse … t’es noir, t’es noir ! mais c’est plus facile ici… avait-il murmuré. Elle avait alors compris que la vie n’avait pas été toujours tendre avec lui. 

 

-Tu en a parlé à tes parents ? continua Rory, bien loin d’imaginer les pensées de sa compagne.

-Une fois. A ma mère… répondit-elle en posant la théière à sa place. Elle se servit à son tour une tasse de café et s’assit en face de son compagnon. -J’ai eu une drôle de sensation… dit-elle, pensive, en sirotant son breuvage. J’ai cru voir de l’angoisse dans ses yeux… 

 

Ce jour-là, Ravona rentra tard. Comptable dans une société d’import-export internationale et promise à un brillant avenir, elle n’avait pas vraiment d’horaires.  En ouvrant sa boîte aux lettres, perdue parmi les revues et les factures, elle trouva une invitation a retirer un envoi recommandé. -Encore une contravention pensa-t-elle. Elle enfoui le papier dans son sac et n’y pensa plus. La demi-heure suivante la trouva dans un bain moussant, la tête pleine du prochain évènement important de sa vie, son anniversaire. Vingt-cinq ans ! Elle se réjouissait déjà de partager ce moment avec sa famille. Rory lui avait promis d’être là.

 

L’envoi/1

Deux jours plus tard, elle décida de se rendre à la poste.

Stupéfaite, elle regarda le paquet que la postière venait de poser devant elle.  Il avait été envoyé de La Rochelle.

Ravona prit le paquet, remercia la postière et sorti. Le ciel, déjà chargé depuis le matin, s’obscurcissait de minute en minute. Un orage se préparait. Ravona se précipita à sa voiture.  Les orages la terrorisait depuis toujours.

 

Installée confortablement sur son canapé, elle prit le paquet et entreprit de l’ouvrir. Le premier élément qu’elle y retira fut une enveloppe fermées par un cachet en cire qu’elle posa sur la table. Elle découvrit ensuite un élément recouvert d’une telle couche de papier bulle et de scotch qu’elle faillit perdre patience en voulant le défaire. Elle y parvint enfin et extirpa l’objet le plus étrange qu’elle eut jamais vu… Cela ressemblait à une croix faite de deux bouts de bois tordus, liés ensemble par ce qui lui sembla être une cordelette végétale. Une liane peut-être… Il tenait dans la main. Une autre  cordelettes, tressées et sans doute de la même matière, permettait de passer cet étrange et inconfortable objet autour du cour. Il semblait très fragile et très ancien. Du fond de son esprits , un étrange sentiment de déjà vu se matérialisa… mais tellement imprécis… Elle secoua la tête.

-Mais qu’est-ce que c’est ? Et qui me l’envoie ? C’est sans doute une blague… !

Elle posa l’objet et repris l’enveloppe. Une étrange angoisse lui nouait la gorge. Elle fit sauter le cachet et d’une main tremblante, en sorti une lettre pliées en quatre. Un parfum inconnu mais agréable flotta

 

L’envoi/2

un instant dans l’air. Là encore, quelque chose bougea dans son esprit…

 

“Mon enfant,

Te voila arrivée à l’aube de tes vingt-cinq printemps. J’aurais tant voulu être là pour te prendre dans mes bras et te raconter l’histoire de notre peuple. Te guider sur le chemin merveilleux et terrifiant à la fois qui s’ouvre devant toi. La vie en a décidé autrement… Lorsque tu liras cette lettre, j’aurais un peu le sentiment d’être à tes côtés.

Ta marraine t’a déjà préparée a recevoir le talisman j’en suis sure, elle me l’a promis. Il est donc temps pour toi de devenir sa gardienne, comme tes aïeules et moi-même l’avons fait. Tu es la cinquième génération, la plus importante. Tout dépend de toi désormais ! Garde cet ody précieusement jusqu’au moment où tu décidera de son sort. N’oublie jamais qu’il est ton protecteur et l’espoir de ta descendance. Le seul capable de tenir à distance la malédiction. A toi pour toujours, Maman “

Ravona laissa tomber ses bras sur ses genoux. Elle était blême. Les mains serrées sur le papier, son esprit refusait de fonctionner. Tout à coup, un éclair zébra le ciel suivi d’un coup de tonnerre assourdissant. Elle sursauta. Il faisait nuit. Depuis combien de temps est-elle prostrée sur le canapé ? Elle n’aurait su le dire… Dans un état second, elle alla allumer le plafonnier. Puis prenant son portable, elle composa le numéro de ses parents.

– Allo ma chérie, répondit la voix enjouée de sa mère.

 

L’0dy/1

Ravona, au son de la seule voix qu’elle ait jamais connu, n’arriva pas à parler.

-Ravona ?… Chérie !… Tout vas bien ? repris la voix cette fois inquiète.

-Maman, finit-elle par articuler. J’ai reçu un paquet…. je ne comprends pas…

A l’autre bout du fils, il y eu un long silence

-Je viens te voir !

 

Lorsque sa fille ouvrit la porte, Alexandra sut que le moment tant redouté  était arrivé. La boucle est bouclée, pensa-t’elle.

-Bonsoir mon cœur

-Bonsoir … maman…répondit Ravona. Après un moment d’hésitation qui frappa Alexandra au cœur, elle l’embrassa. 

En entrant dans le salon, ses yeux de braise se posèrent instantanément sur la lettre et l’amulette posée à ses cotés. Ravona suivi son regard.

-Qu’est-ce qui se passe … maman ?

Cette petite voix tremblante d’appréhension fit mal à Alexandra. Elle prit sa fille par les épaules et la fin assoir sur le canapé. Ravona se blotti contre elle comme lorsqu’elle était enfant et que l’orage grondait dehors.

 

L’ody/2

-Je vais te raconter l’histoire qui aurait dû bercer ton adolescence, commença Alexandra en lui caressant ses beaux cheveux noirs.

“Il y a bien longtemps, dans le Royaume de Madagascar, vivait une reine nommée Ranavalona.  A cette époque, l’île était envahie par les missionnaires français et anglais bien décidés à évangéliser les indigènes. Ranavalona ne supportait pas que des étrangers viennent s’immiscer dans ses croyances, son âme et sa culture ni qu’ils menacent l’indépendance de son peuple. Sa première action, lorsqu’elle monta sur le trône, fut de les exhorter à renoncer à la propagation religieuse pour se concentrer sur les travaux d’éducation auxquels elle tenait beaucoup. Mais ces derniers refusèrent. Alors, elle les fit expulser de l’île et décréta que tout malgache pris en leur compagnie serait exécuté.

Or, bien des années avant son avènement, Ranavalona avait eu un amant. Un aventurier français de qui elle eut une fille.  Nommée Ravona, son statut de sang-mêlé mettait en danger les ambitions de sa mère. Ranavalona se rendit au Cap d’Ambre, à l’extrême nord de l’île et confia le nouveau-né à une guérisseuse, une “ombiasy” installée dans une des grottes sacrées surplombant l’océan. La chamane s’appelait Saroy et était l’une des rares femmes de l’île à pratiquer la magie blanche.

S’acquittant de sa tâche avec amour et tendresse, elle éleva l’enfant illégitime comme sa propre fille et la regarda se transformer en une belle jeune femme gaie et dynamique. Ravona devint “fille de l’océan” en développant à son tour d’extraordinaires dons de guérisseuse. Elle ne croisa jamais le chemin de sa mère naturelle.

 

L’ody/3

Un jour l’amour entra dans sa vie sous la forme d’un jeune missionnaire nommé Paul.  Saroy supplia sa fille de réfléchir, la mettant en garde contre la haine montante du peuple malgache envers les envahisseurs qui se propageaient comme un venin dans toute l’île. Elle n’avoua jamais que sa véritable angoisse n’était autre que la réaction de Ranavalona lorsqu’elle apprendrait cette union.

Rien nit fit. Ravona et Paul se marièrent et s’intallèrent à la mission du village où Ravona s’initia à la culture des blancs sans toutefois renier ses origines. Elle continua a concocter potions, filtres et onguents au service de son peuple. Bientôt un enfant, une petite fille, vint agrémenter le bonheur du couple.

Pourtant Saroy ne se trompait pas ! Lorsque Ranavalona appris la traitrise de sa propre fille, elle entra dans une colère destructrice et détacha des hommes armés pour lui ramer le couple morts ou vifs. Mais Saroy veillait. Elle les cacha dans la grotte devenue intouchable par les rites accomplis chaque printemps pour apaiser les défunts et éloigner le mauvais sort. Superstitieux, aucun malgache n’oserait en troubler la paix, pas même la reine. Ne pouvant les atteindre dans ce lieu sacré, folle de rage, Ranavalona fit appel à une “Mpamosavy”. Une sorcière parmi les plus malveillantes, pour jeter le plus monstrueux des sorts à sa fille.

“Ton enfant mourra dans de terribles souffrances et jamais plus tu ne pourras enfanter. Ta lignée disparaîtra avec toi “

 

Fille de l’océan/1

Dès que Saroy eut vent de l’anathème jeté sur la tête de Ravona. Elle disparut  pendant deux jours. A son retour, ses cheveux déjà gris avaient blanchit. Dans sa main se nichaient deux amulettes parfaitement identiques. Il n’en existeraient jamais d’autres.

Par une nuit sans lune, le couple tenta de quitter l’île. Mais les hommes de la reine ne se laissèrent pas surprendre. Paul fut tué dans la fuite mais Ravona pu s’échapper. Avant de  quitter la grotte sacrée, Saroy avait passé l’une des amulettes au cou du bébé .- Je ne peux pas annuler le sort qui t’a été jeté mais je peux le contrer. Tant que  ce talisman restera dans ta famille, il te protègera. Chaque descendance ne pourra avoir qu’un seul enfant, une fille qui devra porter le nom de Ravona. Protège cette amulette comme la prunelle de tes yeux, mon enfant. Transmets-là à ta fille lors de ses vingt-cinq printemps. Assure-toi que le talisman traverse les génération jusqu’à la cinquième. Alors il devra revenir sur l’île où il sera détruit. Il ne doit en rester qu’un. Celui que je garderais ici. Ainsi la malédiction s’éteindra.

Alexandra termina son récit en resserant son étreinte. -Tu est la cinquièem géneration Ravona, la dernière…

Elle se tut et laissa sa fille assimiler cette histoire invraisemblable qu’elle-même n’arrivait toujours pas à croire. Enfin Ravona se redressa. Dans toute cette incohérence, elle n’avait retenu qu’une seule information. -Qui était ma mère… si ce n’est pas toi ! La sécheresse du ton blessa Alexandra mais elle ne dit rien. C’était sa punition.

 

Fille de l’océan/2

-Elle s’appelait Ravona tu le devine. Elle venait de La Rochelle et faisait un tour de France en travaillant dans les endroits qu’elle visitait. Ton grand-père l’a engagée. Elle était belle, vive, intelligente et ton père en est tombé amoureux au point de l’épouser. … Cette amulette, elle te la mise autours du cou à ta naissance.

La voix d’Alexandre se brisa , elle avait les yeux humides. Après une pause pour reprendre le contrôle, elle continua – Ton père et moi avons grandit ensemble et étions inséparables. Au début j’ai détesté cette femme qui s’immisçait entre nous. Mais elle rendait ton père si heureux  que j’ai fini par me faire une raison. Nous avons fini par devenir amies et elle m’a demandé d’être ta marraine. Je suis tombée sous le charme dès que je t’ai tenue dans mes bras.. sourit-elle. Lorsque ta maman est tombée malade, elle m’a fait venir pour te confire à moi et me révéler votre terrible secret. Elle avait pris des dispositions pour que tu aies l’amulette à tes vingt-cinq ans. Elle ne m’a jamais dit lesquelles. Je devais seulement te préparer à la recevoir. Alexandra baissa la tête. -J’ai failli à ma promesse…

-Pourquoi je n’ai jamais vu de photos d’elle ? Pourquoi ne m’en avez-vous seulement jamais parlé. Le contrecoup commençait à agit et l’incompréhension se transformait en colère.

Tu n’étais qu’un bébé, se défendit Alexandra. Je suis restée à la ferme pour toi et avec le temps, ton père et moi nous nous sommes mariés. Il m’a laissé décider du moment et de la manière de te préparer… J’ai été lâche !… Je ne voulais pas te perturber et je ne trouvait jamais le moment.. Peut-être qu’inconsciemment je ne voulais pas le trouver. J’espérais que cette amulette ne reparaitrait pas. Que tout ceci nétait que supersitition.  

 

Fille de l’océan/3

 Tu es toute ma vie, mon ange. J’avais telle peur que tu ne m’aimes plus…Si tu ne peux le pardonner,  peux-tu au moins le comprendre ? supplia Alexandre en prenant les mains de sa fille dans les siennes.

Cette dernière se dégagea en baissant les yeux. Une gifle aurait été plus douce à Alexandra. La bouche tremblante, elle se leva et se dirigea vers son sac resté dans le couloir. Elle en sorti une petite enveloppe et la lui apporta.- Je le ai gardées pour toi.

Ravona pris l’enveloppe et en retira trois photos. L’un représentait une belle jeune femme mince, à la peau halée et aux doux yeux noirs en amande et qui lui ressemblait incroyablement. Elle tenait dans ses bras un bébé qu’elle couvait des yeux. L’enfant portait autour du cou ce talisman qui se trouvait aujourd’hui sur la table. L’autre photo représentait la même jeune femme, en robe de mariée, aux côtés de son père transcendant de bonheur. L’amulette était, cette fois, autour de son cou. La troisième était en noir et blanc. Elle n’était pas très bonne mais la beauté de cette femme à la peau sombre et au regard triste y transparaissait. Et toujours cette amulette autour de son cou… -Ton aïeule, dit Alexandra.

Ravona posa les photos et pris avec doucheur le talisman dans ses mains. Elle caressa un moment sa forme étrange. Sans même en avoir conscience, elle le passa autour de son cou… Et le voile se déchira !

C’était dans son rêve… elle l’avait vu dans son rêve.. Et le parfum ? L’avait-elle senti sur sa mère naturelle ? Était-il possible que sa mémoire sensorielle se souvienne? Elle pris les mains de celle qui resterait envers et contre tout sa maman. -Je te remercie de ta franchise même si elle vient un peut tard. Et pour les photos aussi.. Et pour toutes ces années où tu a été là pour moi mais… maintenant.. j’ai besoin d’être seule pour me retrouver… Tu comprends ?

 

Saroy/1

Alexandra lui caressa le visage. -Je comprends mon cœur. Nous t’attendrons aussi longtemps qu’il le faudra. Après avoir embrassé une dernière fois son enfant, elle se prépara à partir. – Je t’aime ma fille, dit-elle encore avant de s’en aller. Ne l’oublie jamais !

 

Ravona ne trouva pas le sommeil cette nuit-là. Les révélations d’Alexandra tourbillonnaient dans sa tête. Tous ses repères avait été engloutis dans ce maelstrom irrationnel. Elle tentait de rester à flot en s’accrochant a des faits bien réelles mais s’épuisait entre doutes et vérités. Allait-elle se noyer ? – Pourquoi ça m’arrive à moi ?…. Qui suis-je en réalité ?… Que dois-je faire de tout ça ?… Autant de questions sans réponse !

Elle s’endormit enfin alors que les premières lueurs de l’aube pointaient à travers les carreaux de sa fenêtre, tout là-bas, derrière les montagnes. Sa dernière pensée fut pour un autre moment semblable aux côtés de Rory, il n’y avait pas si longtemps… Dans une autre vie !

 

Cette fois le rêve fut différent. Une femme venait vers elle. Elle était petite, la peau noire et portait des vêtements d’où pendaient plusieurs objets s’entrechoquant dans une étrange musique. Elle s’arrêta si près que Ravona se perdit dans ses yeux noir remplis de bienveillance. La femme tendit la main. Dans sa paume ouverte, il y avait l’amulette. Ravona n’avait pas peur. Un sentiment de bien-être et de sécurité l’envahissait. Elle voulut prendre l’objet mais la femme s’éloigna comme si elle voulait que Ravona la suive. Puis l’image souriante s’estompa et finit par disparaitre.

 

Saroy/2

Alors elle sut !

Ces rêves qu’elle avait pris pour des cauchemars, c’était Saroy qui tentait de lui parler… Pour la préparer… pour la protéger… pour la guider.

 

Au matin, elle se leva, se doucha, s’habilla confortablement, écrivit un mail à son bureau en buvant un dernier café, puis elle prépara son sac de voyage. Passant l’amulette à son cou, elle eu une pensée émue pour Rory qui rentrerait bientôt dans un appartement vide. ” Notre monde peut basculer d’une seconde à l’autre” pensa-t-elle avec un dernier regard circulaire avant de fermer la porte sur cet univers qui n’était plus le sien. Je lui écrirais…

 

La voyagiste leva les yeux en entendant tinter la clochette de la porte d’entrée. – Bonjour, dit-elle aimablement. En quoi puise-je vous être agréable ?

-J’aimerai un billet pour Madagascar, dit Ravona.

La voyagiste fut surprise mais n’en laissa rien paraîre.- Parfait. Excellent choix, surtout à cette époque de l’année, répondit-elle très professionnelle. Loisirs ou travail ?

Ravona eu alors un sourire lumineux en caressant son pendantif.

-Je rentre chez moi !

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