Créé le: 21.07.2022
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Ensemble

Nouvelle

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© 2022 Doria Solys

Nous finirons tous un jour par mourir. Et alors nous ne savons pas de quoi, ni comment. La seule certitude que nous avons, est que la vie reste un grand mystère, que l’on peut essayer de comprendre par la co-naissance, mais aussi et surtout, par l’acte de partager avec les autres tout l’amour.
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Il fait sombre, la chaleur de son corps enveloppe le mien, le flux incessant des va-et-vient de son rythme cardiaque, me bercent inlassablement de sa paisible mélodie.

Pour rien au monde, je ne veux sortir d’ici.

Comme des rivières qui coulent, des fleuves,

mes veines parcourent mon corps, encore et encore…

J’entends comme des clapotis de vagues, mon cœur martèle le rythme d’un hymne à la vie.

Maintenant, il est l’heure de sortir. J’écoute les râles qui accompagnent en crescendo sa complainte, et les muscles de sa paroi abdominale se contractent en me poussant vers la sortie de mon cocon. J’ai peur de ne pas y arriver. Je panique, me retourne plusieurs fois, manquant de mourir étranglée par le cordon ombilical. Presque malgré-moi, la force extrême des contractions, me pousse en dehors. J’arrive dans ce monde, accueillie par des infirmières habillées de blanc, parlant de tout et de rien, sous les néons des lumières frappantes et aveuglantes de ma nouvelle vie.

De la joie, un peu de routine, et beaucoup de brouhaha…

Je venais d’avoir une séparation abrupte, avec celle qui venait de me donner la vie.

Étendue sur les draps de son lit, sans connaissance, elle ne pouvait être à mes côtés !

Dès le départ, je me suis accommodée à cette nouvelle situation.

Effectivement, j’ai toujours eu le sentiment de ne jamais être très intéressante pour elle !

Elle était ma pauvre mère, esseulée.

Elle semblait affligée par cette vie de procréatrice inconsolable !

J‘ai cherché dans les profondeurs de son âme,

un sourire complice, un calice.

Et mon cœur d’enfant perdu au milieu des vagues, manquait de douceur et de points de repères.

Son regard était tourné vers un ailleurs lointain, dont les contrées m’étaient malheureusement totalement inaccessibles. De ce fait, nous ne pouvions communiquer que très difficilement. Et nous souffrions indiscutablement de ne pas pouvoir partager ensemble, des moments de complicité.

Sans repères, je me trouvais dans la nuit.

J’ai alors flotté au-dessus de l‘eau.

L’océan m‘a soufflé d’aller vers le nord.

Le vent m’a dit d’aller vers le sud.

La lune m‘a dit d’aller à l’est, et les étoiles à l’ouest.

J‘ai encore cherché dans son regard, un soleil,  une direction, mais en vain, c’était une affliction.

Je me suis mise à explorer partout, là où elle n’était pas.

Derrière les rideaux de ma chambre, sous L’abat-jour de mes nuits, dans  les yeux de mon père.

Derrière les vitres mouillées par la pluie, dans les saisons, et surtout en automne, mais rien à faire, elle n’était nulle part !

Alors, j‘ai fini par partir, en désertant ma maison, tout en lui laissant une part de mon moelleux au chocolat craquant.

Mes yeux qui étaient bleus, ont virés au gris.

En errance, je n’étais plus rien sans elle.

Dans une atmosphère monastique, la vieille ville où nous habitions, La Cité, nous donnait des airs imprégnés d’une vie ancestrale.

La cathédrale, avec son architecture gothique, s’élançait gracieusement vers le ciel. C’était pour moi, un endroit calme empreint de mystère.

Sa nécropole avait enseveli des évêques et des nobles durant le Moyen-Âge. Les cryptes que l’on imaginait  enfouies en dessous du sol de la cathédrale, nous fascinaient. Certaines étaient sculptées dans la pierre, et l’on pouvait observer des visages fascinants et effrayants, où le passage du temps avait transformé ces faces en quelque chose de très différent. La pierre était devenue lisse et brillante à force d’être touchée par les mains des visiteurs. Aussi loin dans l’histoire, c’était comme si les morts étaient encore là, à nous regarder avec leurs grands yeux noirs creusés dans la pierre.

En haut de son clocher, toutes les nuits, le guet faisait retentir de sa voix monocorde, les heures qui passaient.

Cette animation, qui durait depuis plus de 600 ans déjà, rendait le quartier encore plus authentique que ce qu’il n’était. Cette activité nous éloignait pour quelques instants, de notre vie quotidienne.

Sur les pavés des ruelles, les lumières

des lampadaires,  donnaient un éclat tamisé et poétique, qui ressemblait un peu à certaines peintures de Van Gogh.

Les fantômes comme un mirage, surgissaient sur le pas des portes, à l’entrée de nos chambres, et repartaient tout aussi vite, de ce lieu, où ils avaient vécu.

Étrange, mystérieuse et enveloppante, la beauté de l’atmosphère qui se  dégageait des  murs, était portée par l’histoire.

Juste après mon départ, lorsque j’ai quitté celle que j’aurais voulu tant aimer, le soleil, que je n’avais pas trouvé dans ses yeux, s’est penché sur mon sort, et m‘a raconté l’histoire que je vais te dire.

Les heures, les secondes, les jours, les mois, les années, nous rapprochent un peu plus de l’éternité et de l‘astre le plus brillant. Le soleil avait jeté dans mes yeux, des myriades de poissons, de toutes les couleurs. Des rouges, des bleus, des mauves et j‘en passe…

Cet astre de lumière, m’a plongée dans l’eau salée de la mer. Sous les vagues, sa clarté faisait scintiller l’eau, comme des perles de diamant. Mon être troublé, renaissait une seconde fois. Mes larmes se mélangeaient à celle de l’océan , pour ne faire plus qu’une immense perle. Mon bleu à l’âme, se transformait peu peu en un cadeau précieux.

J‘ai alors compris que je ne pourrai rien changer de ce qui était arrivé, mais que seuls mes yeux, penchés sur mon cœur d’enfant, pourraient transformer cette émotion en quelque chose de différent.

Alors que le sel des flots me piquait les yeux, je sortis la tête de l’eau, le souffle presque coupé, comme si j’avais su quelque chose, comme si mes peurs m‘avaient forcées à pousser encore plus loin mes limites.

J’étais entrée en transe, les secondes m’étaient parues comme des heures.

Vous connaissez la théorie de la relativité ?

Et bien, c’était bien cela que je venais de consommer !

Les enfants ont cela de magnifique qu’ils arrivent à donner à la vie un sens poétique, souvent fantastique, et dans des situations parfois bien tristes et ennuyeuses. Ils adaptent à leur guise, une partie de leur vie. Comme Le Magicien d’Oz, ils ouvrent des portes sur des parts mystérieuses de leurs univers.

Sans en avoir l’air, tout était là, inscrit, comme sur un parchemin, se déroulant gracieusement sur le sentier de ma vie.

Notre rencontre eu lieu , un après-midi du mois de juin, je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui.

Il avait semblé que le temps était comme suspendu au dessus de nos têtes, et que tout pouvait arriver, sans détruire notre noyau.

Car oui, toutes les deux, nous formions une sphère,  où la légèreté de nos êtres, s’embrasaient et dansaient comme les flammes d’un feu, dans l’insouciance de nos âmes d’enfants.

Partager avec elle, ma joie de jouer, et ainsi, entrer dans des mondes parallèles, inventés de toutes pièces. Créer des personnages, construire de nouvelles vies.

N’est-ce pas fantastique, par l’espace de jeu, accéder au « je » de l’individu ?

Á cette part de nous-mêmes que nous pensions inexistante ?

Elle venait de perdre son père subitement; je venais de perdre ma mère symboliquement.

Nous avions besoin l’une de l’autre,  comme du soleil de la lune, et panser les blessures béantes de nos cœurs.

Ce que nous fûmes !

Des éclats de rires aux tombées de la nuit, quand il est l’heure de se mettre au lit !

Elle habitait dans une des tours du quartier de la Borde.

Les immeubles étaient traversés par une grande avenue, où défilaient des voitures toute la journée.

Nous faisions  résonner contre les façades en bitume des tours de notre quartier, des chants célestes appris à la chorale « Du Petit Cœur »de la Cathédrale.

Nous frappions à la porte des appartements,

où de petites vieilles esseulées, installées devant la télé de leur salon, se laissaient rêver avec d’autres histoires, et ainsi, confier au temps, de filer vers un ailleurs différent. Leur solitude avaient quelque chose de touchant. Elles nous écoutaient, ébahies de nous voir frapper à leur porte, trop souvent, bien trop souvent fermées, etleur chanter des chansons.

Le son traversait la pièce, et s’en allait au delà des fenêtres, vers des régions célestes où rien de défini ne donnait l’impression d’être enfermé, mais bien au contraire, libre de vivre sans contrainte aucune.

Nous ressortions de chez elles, des bonbons dans les poches, une plaque de chocolat dans la main, et parfois une grosse pièce de 5 sous dans l’autre.

La magie avait fini par opérer dans une rencontre improvisée. Notre enthousiasme était de partager avec elles, un peu de nous, de nos univers.

Nous nous raccompagnions l’une chez l’autre, lorsque la journée prenait fin en faisant des allées et venues entre sa maison et la mienne. Il nous était impossible de nous séparer. Ce petit manège pouvait durer des heures.

Comme faisant partie d’une même souche, nous buvions de la même eau. Tout devenait comme une évidence.

Nous inventions une nouvelle langue que seuls nous pouvions comprendre. Ainsi, nous agissions à notre guise, en nous racontant des histoires drôles, dont nous avions le secret. Nos jeux étaient emplis de joie aux allures aventureuses. A chaque nouveaux carrefours, nous en trouvions de plus belles  encore. Il  nous arrivait parfois, de nous cacher dans la cage des escaliers, et de nous installer dans un petit coin pour jouer aux poupées, pendant que les autres, allaient à l’école.

De dévaler à toute vitesse,  la grande rue en pente, assises l’une derrière l’autre sur notre planche à roulette, et d’arriver, le regard plein de larmes, écroulées de rires sur le trottoir.

Mon amie portait un nom de fleur, une fleur exotique est imposante, royale et fière.

Après la mort de son père, elle pensait parfois le revoir au coin d’une rue, à un carrefour, mais toujours furtivement, dans des endroits où il était improbable de s’arrêter pour lui parler.

Il nous arrivait de vouloir le faire revivre, le temps d’un instant, juste pour le voir. Nous nous installions dans la chambre de mon amie, nous fermions les stores et éteignions les lumières. Nous concentrions notre attention sur sa personne, et par le pouvoir de la pensée, nous le faisions apparaître devant nous.

Son image la hantait. Elle aurait tout donné pour qu’il revienne, pour qu’il lui dise encore une fois : « Je t’aime » qu’il lui dise : « Je ne voulais pas t’abandonner, mais le destin, plus fort que moi, m’a surpris un jour d’avril. Alors que je m’affairais à préparer  mes affaires pour le concert, je ne l’ai pas trouvé. Il n’était pas comme à son habitude, posé là, sur l’étagère du salon, mais dans mon sac de voyage, tout au fond, caché sous les habits. Le temps d’y arriver, il était trop tard. Je succombait, dans les bras de ta pauvre mère. Pardonne-moi mon enfant, j’en n’ai pas su te dire tout ce que je devais, tout ce que je pouvais… »

Je le voyais devant nous, debout, comme si il était là , dans la chambre, son violon à la main.

Ma pauvre amie devait faire avec, elle n’avait pas le choix.

La mort était omniprésente, mais elle ne planait pas comme un triste voile qui recouvrait tout, et où tout espoir était impossible. Mais plutôt, comme un mystère certes très triste, mais, oh combien vivant !

La mort devenait le souffle de la vie !

Nous parlions d‘elle, et alors, la parole libérait nos peurs. Elle raisonnait dans l’atmosphère de la chambre remplie de bonté et d’amour pour son père.

Je n’oublierai jamais mon amie, ses yeux verts émeraudes, son sourire éclatant, sa joie de vivre. J’avais enfin trouvé le soleil que je  cherchais. Maintenant, je pouvais vivre.

 

 

Lame : La Mort

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