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5 octobre 2019

"C'est le propre des longs voyages que d'en ramener tout autre chose que ce qu'on y est allé chercher." À travers ces écrits aléatoires, je vous livre le récit de mon voyage autour du monde, entreprit seule d'octobre 2019 à mars 2020.
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Je ne me souviens évidemment pas du réveil ce jour-là. Ni de l’heure de mon vol pour Tokyo. Je ne me souviens même pas du trajet de 16h dans l’avion qui m’a mené vers cette ville dont j’avais tant entendu parler, que j’avais hâte de visiter : la première destination de mon tour du monde.

Je me souviens de Maman qui m’a accompagné ce jour-là, la frustration de ne pas avoir vraiment pu boire un café avec elle, d’avoir dû traverser seule l’aéroport pour rejoindre le côté français d’où je décollais pour Helsinki, ma correspondance pour Tokyo.

En m’asseyant dans l’avion j’ai fondu en larmes. Terrible bien que prévisible, je savais pourquoi je pleurais. C’est comme cette sensation qui nous prends juste avant le départ d’une montagne russe : on se demande ce qu’on fait, quelle – folle – idée a bien pu faire qu’on se retrouve assis là, prêt pour une aventure qu’on est plus si sûre d’avoir envie d’expérimenter.

Il faut le parcourir le chemin jusqu’au siège du manège, de l’achat du ticket d’entrée au parc à la file d’attente interminable avant l’attraction. Pourtant pendant toute cette période, on ne pense pas au moment où on sera assis prêt à être secouer dans tous les sens, non, on ne commence à y penser que lorsque l’attraction est sur le point de commencer. Et qu’il est déjà trop tard pour revenir en arrière.

L’aéroport de Tokyo s’avéra être exactement l’inverse de ce que j’avais imaginé. Technologie 2.0, douane automatisée et installations modernes c’est ce je m’attendais à voir en arrivant à Narita (Tokyo) mais la réalité en était bien éloignée. L’endroit devait vraisemblablement être en travaux et le hall de l’aéroport ressemblait à une gigantesque gare désaffectée au milieu de laquelle trônaient quelques tapis roulants délivrant nos bagages. Les murs étaient couverts d’une sorte de mousse jaunâtre qui me rappelèrent la paille de verre que Papa utilisait pour l’isolation à la maison. Ils étaient recouverts partiellement par des plaques rectangulaires en aluminium.

Travail inachevé.

Premier stéréotype sur le Japon brisé.

J’ai récupéré mon sac, encore parfaitement enveloppé dans sa fourre. Le voir là m’a instantanément rappelé Genève, 15h plus tôt.

Les heures qui suivirent ne furent pas les plus amusantes de mon voyage. Après avoir récupéré mon sac à dos de 16kg et l’avoir placé sur mon dos, j’ai ajusté mon deuxième sac contre moi et me suis dirigée vers le sous-sol de l’aéroport et son fameux métro.

On nous a dévisagé plusieurs fois, mon attirail et moi. Que pouvait bien se dire ces personnes ? Se posaient-ils des questions sur mon ethnie, sur ma destination, sur ma tenue ? Se demandaient-ils si j’étais seule ? Répondant à leurs regards, je constatais une chose amusante bien que relativement logique si on s’intéresse à la culture du pays : un Japonais ne tiendra souvent que quelques secondes votre regard.

En larmes et détrempée à l’autre bout du monde, dans un tea-room du quartier de Chiyoda à Tokyo, c’est là que je me suis reconnectée pour la première fois à Internet.

Il avait commencé à pleuvoir dès ma sortie du métro et j’avais cherché pendant ce qui m’avait paru des heures mon auberge de jeunesse, sous la pluie. Partie dans un sens alors qu’il fallait aller de l’autre, j’ai incarné la typical touriste par excellence. Mes 22kg de sacs commençant à se faire sentir, je me souviens être aller aborder plusieurs locaux dans la rue pour leur demander des indications et bien que j’aurais aimé briser ce stéréotype, les Japonais n’excellaient effectivement pas en anglais.

 

Quelques heures plus tard, soit vers les 15h heure locale, j’avais enfin atteint mon auberge, située au dernier étage d’une petite tour discrète d’un quartier calme de Tokyo. En sortant de l’ascenseur j’ai débouché sur une réception minuscule et vide où flottait un silence pesant et une odeur de lessive étrange. « Par pitié que quelqu’un vienne rapidement » je me souviens m’être dis. À ce stade, je voyageais depuis près de 30h, mes sacs se faisaient lourds sur mes épaules et le jetlag martelait mon crâne. Je rêvais d’une douche et d’un lit. La fatigue me donnait envie de pleurer.

Un homme est venu au bout de plusieurs minutes, il ne parlait pas anglais mais j’ai compris que le check-in était plus tard, que je ne pouvais pas encore accéder aux facilités. Et c’est ainsi que j’ai terminé dans ce tea-room. Je me souviens encore du quartier, de l’intérieur du café, de la zone fumeur qui m’a surprise et de l’employé qui m’a donné le mot de passe du Wi-Fi.

Je me souviens aussi avoir dévalisé le stock de serviettes en papier près du comptoir.

Quand je repense à cette journée, je m’amuse à la comparer au reste de mon aventure. Combien de fois ai-je remis en question ce voyage pendant cette première journée ? Combien de fois ai-je rêvé de claquer des doigts et de me retrouver chez moi, entourée ?

Aujourd’hui, de part cette expérience et d’autres, j’ai compris que les meilleures choses dans la vie sont souvent difficiles au début. Lorsqu’elles ne le sont pas, le bonheur est moins grand.

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