Créé le: 08.03.2026
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Comment parle le genre ?
Chirurgie esthétique : tailler le corps, coudre le genre*
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Aujourd'hui 8 mars 2026, Journée internationale des luttes des droits des femmes, j'initie la publication d'une série de textes qui ont pour but de montrer, par des exemple très concrets "Comment parle le genre". Nous fabriquons tous et toutes le genre au quotidien par nos mots, notre imaginaire.
Reprendre la lecture
*Il y a plus d’une dizaine d’année la rubrique « Les Quotidiennes » de la Tribune de Genève m’avait demandé des textes sur l’actualité. J’en ai livré quelques-uns ; puis la rubrique a disparu. Je leur redonne ici une visibilité.
Chirurgie esthétique : tailler le corps, coudre le genre
En 2009 trois intellectuel.es et artistes italiens, Lorella Zanardo, Marco Malfi Chindemi et Cesare Cantù, se sont infligés une torture inhumaine sur le plan individuel, mais néanmoins salutaire au plan sociétal : ils.elles ont passé une semaine enfermé.es dans une pièce à regarder la TV italienne, en particulier les émissions dites de divertissement. Pour ce dévouement à la science on devraient leur décerner le Prix Nobel, voir La Légion d’honneur. De cette expérience ils ont tiré un documentaire de 25’ Il corpo delle donne, sous-titré en français, que l’on devrait projeter dans toutes les écoles. Il nous montre le corps des femmes, jeunes et moins jeunes, découpé, mis en scène, humilié ou admiré, ridiculisé ou déifié dans un festival écœurant de sexisme ordinaire.
Les images les plus poignantes parmi toutes celles choisies pour le documentaire, sont sans doute celles de femmes botoxées, lasérisées, gonflées, tirées, rhinoplastées, liposucées, syliconées etc., qui peuplent l’écran de jour comme de nuit. Le jour on y voit plutôt des femmes d’âge mûr, refaites parfois jusqu’à la monstruosité, alors que, le soir, ce sont de jeunes femmes, souvent étrangères, qui offrent leur corps aux yeux désirants des téléspectateurs mâles et femelles : les premiers accèdent ainsi au sacrosaint « repos du guerrier » et les deuxièmes ont tout loisir de constater ô combien leur corps est aux antipodes de ces modèles. L’ère Berlusconi en Italie a tenté de transformer l’une des cultures européennes les plus nobles en une esthétique de cabaret cheap pour hommes mûrs en mal de jeunes femmes belles et dociles. Au fil des ans, le « Cavaliere » a transformé sa propre vie et la politique italienne en cabaret. Cette « culture » sexiste ancrée dans les représentations médiatiques résistera bien au delà de sa mort en 2023.
Comment peut-on vieillir ?
Cette déferlante de chirurgie esthétique sur les écrans nous interroge sur la signification de ce qu’il y a à tailler et à coudre sur le corps des femmes. On taille dans le corps et ainsi on coud le genre, on le tricote, on le fabrique : qu’est-ce qu’une vraie femme, féminine, attirante, qu’est-ce qu’une femme de pouvoir et d’argent, qu’est-ce qu’une femme soumise, comment érotiser la soumission. Surtout on constate que le visage d’une femme d’âge mûr « au naturel » n’est plus une image légitime dans le miroir de la télé : serait-elle aujourd’hui la figure repoussoir par excellence ? Je me suis promenée sur des sites internet de diverses cliniques et spécialistes de chirurgie esthétique en Suisse : des photos de jeunes femmes (rarement de femmes mûres) défilent à l’écran à côté de listes interminables d’opérations et d’injections diverses et variées. Tout le corps féminin y passe, de haut en bas : en partant du front, que l’on peut botoxer, puis en descendant toujours plus bas (le nez, les yeux, les bras, le ventre …), mon regard se promène sur ces silhouettes de corps féminins sur lesquelles le spécialiste inscrit au feutre ce qu’il faut réduire, augmenter, modifier, enlever.
Ce que l’on gonfle et ce que l’on réduit
Mais le plus étonnant arrive dès que l’on se déplace plus bas que le ventre. Mesdames si vous êtes gênées par des nymphes trop volumineuses, vous pouvez bénéficier d’une “nymphoplastie de réduction”, c’est à dire une opération qui va réduire la taille des petites lèvres pour que votre vulve soit plus esthétique. Il paraît que si l’on a de “trop grandes lèvres” on peut en être gênées par le frottement dans les habits ou durant les rapports sexuels. Pourtant les hommes ont quelque chose de bien plus encombrant entre les jambes, mais ils ne demandent pas à le réduire… au contraire. Ne frotte-t-il pas contre leurs habits ? En somme en même temps que l’on vous propose une hypertrophie des lèvres du visage on vous propose à la page suivante de réduire celles du bas ventre… à méditer.
Cela me rappelle l’histoire de la Vénus Hottentotte (Saartjie Baartman), femme née dans l’actuelle Afrique du Sud, importée en Europe et exposée dans des foires aux regards curieux et malsains, puis abandonnée aux mains de pseudo savants qui l’étudièrent comme une monstruosité, notamment à cause de ses « organes génitaux protubérants (macronymphie) ». Après sa mort au début du 19e elle fut disséquée et le bien nommé Musée de l’Homme de Paris a exposé le moulage de son corps jusqu’aux années 1970. Les savants qui l’avaient disséquée avaient bien pris garde de conserver dans les fonds du musée son cerveau et ses organes génitaux dans le formol (on se demande bien pourquoi ces deux organes et pas d’autres) ; ce n’est qu’en 2002 que, à la demande de l’Afrique du Sud, ses restes ont été inhumés dans son pays d’origine.
Comme le dit le dicton : « trop ou trop peu gâte tout jeu ».
Marylin Monroe : vivre et mourir des codes de genre*
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Marylin Monroe : vivre et mourir des codes du genre
Dans le film de Pier Paolo Pasolini « La Rage » (1963), l’acteur Giorgio Bassani récite le plus beau poème sur Marylin Monroe qu’il m’ait été donné d’entendre. Loin des clichés éculés sur la star hollywoodienne, la voix grave et suave de Bassani accompagne dans son tragique destin celle qu’il appelle « petite sœur » d’un regard tendre et lucide. Pasolini a compris qu’après la deuxième guerre mondiale le monde ne sera plus le même. L’ancien monde était stupide, le nouveau monde sera féroce. Pasolini écrira à propos de la marchandisation du corps humain : « Il mondo del rotocalco, del lancio su base mondiale anche dei prodotti umani, è un mondo che uccide. » (le monde des magazines et du lancement mondial de produits humains est un monde qui tue)[1].
Marylin Monroe est l’une des figures tragiques de ce passage entre les deux mondes et c’est peut-être pour cela qu’elle demeure une icône de la culture populaire. Les phrases que lui dédie Pasolini sont effrayantes de lucidité : «…. ta beauté tu la portais sur toi humblement, mais ton âme de fille de pauvres gens n’a jamais su que tu la possédais. Le monde te l’a enseignée et s’en est approprié. Le monde te l’a enseignée et ta beauté ne fut plus beauté, mais toi tu continuais à être une enfant et entre toi et la beauté possédée par le pouvoir prit place toute la stupidité et la cruauté du monde présent. Ta beauté, qui a survécu au monde antique, réclamée par le monde futur et possédée par le monde présent devint un mal mortel. Maintenant les frères ainés se retournent, arrêtent pour un instant de jouer à leurs jeux maudits et se demandent : est-il possible que Marylin nous ait montré la route ? Maintenant c’est toi, avec ton sourire, la première à avoir outrepassé les portes du monde abandonné à son destin de mort. »
Désirs mortels
Cette puissante expression « le monde te l’a enseignée » qui revient à plusieurs reprises dans le poème, résume la manière dont on peut penser le genre comme apprentissage des codes culturels du masculin et du féminin. Marylin a compris les normes de genre, les a jouées et en est morte. Petite fille délaissée par son père et ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil pendant que sa mère était internée, elle découvre à son adolescence la puissance de sa beauté, de son corps, de son sourire. Alors que dans son enfance personne ne s’intéressait à elle, elle découvre à 13 ou 14 ans que tout à coup les hommes se retournent sur elle : magie d’être au centre de l’attention pour une fille meurtrie par l’abandon. Les hommes qui mènent le monde, ceux que Pasolini appelle dans son poème « les frères aînés », ne s’occupent pas d’elle, ne sont pas intéressés par elle. Pour être dans ce monde il faut leur plaire, il faut être désirée par eux, quitte à se faire mépriser après. Selon le psychanalyste Steven Poser, le corps de Marylin était la seule chose sur laquelle elle pouvait compter. Un instrument de communication par lequel elle obtenait d’être désirée : elle en avait tant besoin. Elle utilisait son corps comme une arme. C’est le regard des hommes qui a inventé Marylin Monroe. Et c’est ce jeu du genre qu’elle jouera pour se faire remarquer par les grands frères : elle en vivra au sens financier et psychique du terme. Elle en mourra aussi après avoir tenté, durant sa période newyorkaise, d’en sortir pour vivre une autre vie de femme et d’artiste plus digne.
A 50 ans de sa mort
Le mois d’août 2012 nous a offert une profusion de documentaires, émissions de télévision et radio, livres etc… à l’occasion de la commémoration des 50 années de sa mort. France Culture notamment a réalisé de très belles émissions sur sa vie avec des interviews de personnes qui l’on côtoyée, des extraits d’entretiens qu’elle avait accordés et un documentaire sonore remarquable.
Si elle reste aussi présente dans la mythologie de la culture populaire c’est en grande partie car elle est l’incarnation des rapports de genre tels qu’ils sont sans cesse formulés, re-formulés et rejoués par l’industrie du divertissement (non seulement celle hollywoodienne). L’une des figures de la femme désirable qui allie la beauté, la simplicité, la naïveté et cette part de petite fille qui demeurait toujours visible chez Marylin. La beauté, principal atout pour plaire aux hommes, la simplicité d’esprit car les femmes trop cultivées ne sont pas désirables, la naïveté car il faut donner l’illusion aux hommes qu’ils vous apprennent la vie et surtout qu’ils peuvent vous initier aux plaisirs sexuels et aux jeux subtils de la soumission consentante.
Si nous observons la culture de masse et ses industries actuellement, nous constatons que ces codes ont à la fois changé et sont restés les mêmes ; les Epstein files nous reproposent des schémas de genre que nous pensions, naïvement, être des vestiges du passé. Penser en termes de genre ce n’est pas exclure totalement les causes psychologiques de certains comportements, mais comprendre comment les normes sociales dominantes s’articulent avec des psychologies, des parcours de vie, des représentations de soi, des désirs de reconnaissance.
[1] Toutes les traductions proposées ici sont personnelles.
La Bodyguard : femmes dans les métiers d'homme
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La Bodyguard : femmes dans les métiers d’hommes
L’émission de la RTS « Mise au point », il y a quelques années, nous a proposé un reportage sur une jeune femme qui pratique « un métier d’homme »: bodyguard. Après quelques explications sur le contenu de cette profession, le journaliste lui pose cette question : « est-ce qu’on peut avoir une vie de femme quand on est garde du corps ? ». Que cela peut bien vouloir dire « une vie de femme » ? La jeune femme aurait pu demander des précisions mais, au contraire, elle répond tout de suite en expliquant comment son métier « d’homme » influence ses rapports amoureux avec les hommes : une « vie de femme » veut dire donc tout ce qui se rapporte à l’amour, à l’affect, à la sexualité. Le genre est cet accord tacite qui fait que les deux interlocutrices se comprennent sur la signification commune de ce qu’est « une vie de femme » sans même en discuter, sans préciser.
Il paraît évident qu’on n’aurait jamais posé cette question à un homme dont le métier est bodyguard : comment ce métier influence-t-il votre vie d’homme ? Car une vie d’homme ne se résume pas à la vie amoureuse mais est, bien entendu, plus complexe. Peut-être on aurait pu lui demander comment ce métier influence votre vie de famille (même si on le demande très rarement aux hommes) et là il aurait parlé des horaires irréguliers, des risques pris, par exemple.
Les maux (mots) des femmes
Parmi les difficultés du métier que la bodyguard énumère, il y a aussi ce qui relève d’une particularité féminine qu’elle pense légitime de signaler : « j’ai mes maux de ventre ou mes maux de reins » et je dois quand même assurer. Un homme aurait-il signalé de son propre gré qu’il a parfois mal au dos ou la migraine ? Non. Les hommes ne sont pas sensés parler de leur corps. Les corps des hommes ne sont pas défaillants, ou du moins ce n’est pas un sujet dont on discute publiquement, surtout si on est bodyguard.
Une femme qui exerce un métier d’homme est-elle encore une « vraie » femme ? Pour prouver qu’elle le reste malgré son choix professionnel, la bodyguard rassure enfin la journaliste et les téléspectateurs.trices déstabilisées qui attendent que tout rentre dans l’ordre des choses : « lorsque je suis amoureuse je deviens une nana ». Vous l’aurez compris, c’est l’amour pour un homme qui nous rend vraiment femmes : ouf ….. on est rassurées : tout change pour que rien ne change.
« Je ne suis qu’une femme, une femme, une femme avec toi »
Michèle Torr
Faut-il coucher pour être reconnue comme la Première Dame de France ?
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Faut-il coucher pour être reconnue comme la Première Dame de France ?
Les vicissitudes sentimentalo-institutionnelles du président français François Hollande durant son mandat et de la Première Dame de France (PDF) ont provoqué une avalanche de commentaires et d’interrogations dont l’une d’entre elles s’est imposée d’emblée comme la plus lancinante : « Mme Trierweiler est-elle encore la Première Dame de France ? ». Je rappelle que le Président Hollande, séparé de Mme Royal (pour un socialiste c’est le moins que l’on puisse lui demander), s’était présenté lors de son investiture au bras de la journaliste Mme Treiweiler, officiellement reconnue comme sa nouvelle compagne. Afin de bien marquer ce fait nouveau, elle lui avait demandé en public, mais discrètement, (selon les dires des spécialistes de la lecture sur les lèvres qui ont été appelé.es à décortiquer cette scène) de l’embrasser sur la bouche. Ainsi cet acte était la preuve qu’elle était désormais la PDF. Quelques temps plus tard les paparazzis avaient photographié le Président en scooter arrivant devant le domicile de sa « maîtresse » (mais peut-on la nommer ainsi ?), l’actrice Julie Gayet ce qui avait déclenché une tempête médiatique invraisemblable.
Devant cette insistance des commentateurs à exiger une réponse rapide à la question de savoir si Mme Trierweiler pouvait encore être considérée comme PDF ou si elle devait être « répudiée » (sic), je me suis posée la question inverse : « en vertu de quel principe Mme Trierweiler devrait perdre son statut de PDF ? ».
En posant cette « contre-question » j’allais ouvrir un gouffre au bord duquel je me suis penchée pour essayer d’y comprendre quelque chose. Je vous livre ici mon analyse constitutionnelle, dont le côté délirant n’a de pareil que l’avalanche d’articles parus dans la presse à l’époque, et que je soumets aux expert.es en vue d’une révision de la Constitution Française afin de clarifier la situation. Dans cette affaire je vois trois critères qui entrent en jeu : la sexualité, l’amour et le mariage. Lequel de ces trois critères est-il légitime à fonder le statut de PDF ?
L’amour, la sexualité et le mariage
Si le couple présidentiel était marié, comme c’était le cas jusqu’ici dans la Vème République, le mariage aurait été le fondement du statut de PDF et personne n’aurait pensé le remettre en cause lors d’une incartade du Président (de nombreux précédents en témoignent).
Dans le cas actuel et en absence de mariage, Mme Trierweiler est devenue PDF en vertu du fait que le président l’a désignée comme sa compagne par des actes publics. C’est un acte de langage performatif qui ne nécessite pas qu’ils donnent la preuve de la fréquence, de l’intensité, de la sincérité de leurs ébats et de leurs sentiments. Pourquoi donc a-t-il été sommé de s’expliquer sur ce statut dès que sa « deuxième relation » a été rendue publique par la presse ? Le statut de PDF dépendrait-il d’une activité sexuelle régulière du couple ? Faut-il que ces relations sexuelles soient assorties d’un réel sentiment amoureux ? En l’absence de relations sexuelles mais en présence de sentiments amoureux est-il envisageable de pouvoir garder le statut de PDF ? Il est tout de même courant dans l’histoire de la Ve République, comme dans la vie de millions de couples, que les conjoints restent liés par des sentiments d’affection profonds bien que le temps ait fait son travail d’usure sur le plan du désir.
Le Parlement doit agir !
Devant ces dilemmes j’appelle donc le Parlement français à définir dans la Constitution française le/les critères désormais retenus pour légitimer le statut de PDF et par conséquent le/les critères qui motiveraient son retrait au cas où, ce cas de figure qui a déstabilisé la République, devait se représenter à l’avenir.
1. Si on retient le mariage, ceci exempte le couple de « prouver » qu’il entretient des relations sexuelles régulières et satisfaisantes, et de prouver aussi qu’il partage des sentiments sincères.
2. Si c’est la sexualité, il faudra que le couple atteste régulièrement de ses « activités » et performances intimes.
3. Si c’est la sexualité et les sentiments, le couple doit attester non seulement que l’activité sexuelle est régulière, mais qu’elle est accompagnée par des sentiments amoureux.
4. Si c’est les sentiments, le couple devrait manifester publiquement et régulièrement de son attachement sans pour autant devoir attester d’une sexualité régulière.
Heureusement Mme Gayet et M Hollande se sont mariés en 2022. Pour le coup le terme de répudiation largement utilisé par la presse pour évoquer la prise de décision du Président vis-à-vis de sa compagne de l’époque aurait un sens, même si, faut-il le rappeler, ce terme n’appartient ni à la culture catholique, dont une certaine France se réclame à corps et à cris, ni à l’ordre juridique républicain. A la veille d’une élection présidentielle cruciale en 2027, les époux Hollande ont clarifié leur relation ce qui nous épargnera un ensemble de discussions aussi surréalistes que délirantes au cas où les paparazzis surprenaient encore le Président avec son scooter et son casque près du domicile d’une autre dame. Ah ! Vous n’êtes pas au courant ? Il paraît qu’Hollande a très envie de remettre le couvert en 2027. Pour le coup la politique ne répudie pas les hommes du système même s’ils ont été les fossoyeurs de leur idées et de celles de leurs électeurs.trices.
Morale de l’histoire pour Mme Trierweiler : « dès qu’on n’est plus honorée », on se trouve « déshonorée ».
La mort et la « petite mort » du Général Petraeus ou le militaire et le numérique : histoires d'amour et de naïveté
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La mort et la « petite mort » du Général Petraeus ou le militaire et le numérique : histoires d’amour, de performance et de naïveté
D’après la presse, en 2012, le Général Patraeus aurait frôlé deux fois la mort en Afghanistan mais c’est pourtant la « petite mort » qui l’a emporté. Cet homme, entraîné à garder son sang froid en toute circonstance, à conserver des secrets militaires cruciaux pour la stratégie Etats-unienne dans la région, a perdu son prestige et son statut car il a confié des secrets d’Etat à sa maîtresse sur l’oreiller. Pourquoi le Général, comme d’autres hommes hauts placés en politique, dans les milieux financiers ou militaires aiment tant se confier à leurs maîtresses ? Un détail nous manque pour analyser correctement la situation : se confient-ils avant ou après l’amour ? Selon les cas l’interprétation de la signification de leurs aveux sur l’oreiller pourrait varier. Nous effaroucherions-nous autant si les aveux de ces mêmes hommes « puissants » se faisaient sur l’oreiller de leur épouse légitime ? A méditer.
Gendarmes et voleurs
Si ce n’était que cela on pourrait tout simplement soupirer et se dire que depuis que le monde est monde … Mais l’affaire est plus corsée que cela. Tout d’abord, le Général a utilisé les méthodes des activistes d’Al-Qaïda pour communiquer avec sa maîtresse (des brouillons de mails déposés dans uns boîte mail commune et donc jamais envoyés) : comme dans le jeu des gendarmes et des voleurs, à un certain moment les rôles se confondent et on ne sait plus qui est qui. Deuxièmement, la maîtresse du Général a passé un an en Afghanistan pour écrire sa biographie qui à pour titre « All In: The Education of General Petraeus ». Franchement cela aurait dû mettre la puce à l’oreille de la Maison Blanche et du Pentagone : de quelle éducation parlait-elle ?
Le courriel poison de notre époque
Le mail est devenu le poison de notre vie quotidienne, à l’époque du Général Petraeus comme actuellement : voir les millions de documents des « Esptein files ». Même les plus hauts responsables de l’espionnage, du contre-espionnage, de la hiérarchie militaire ou politico-médiatique qui devraient connaître les dangers du numérique, se laissent piéger comme des enfants de cœur par cette même technologie avec laquelle ils espionnes leurs ennemis. L’histoire des mails du Général prend une tournure de vaudeville lorsque l’on apprend que le successeur de Petraeus en Afghanistan a été également piégé par une série de mails « inappropriés » du même type que ceux de son prédécesseur.
Les journaux parlent d’une correspondance de 20’000 à 30’000 pages de courriel : mais qu’est-ce qu’on peut bien raconter à sa maîtresse sur 30’000 pages ? Il n’y a qu’un militaire stationné en Afghanistan qui peut passer autant de temps à écrire des mails « privés ». Pendant que les soldats se font tirer dessus par les Talibans le Général est à son ordinateur pour rédiger des mails « coquins » pour sa maîtresse. N’importe quel employé aurait été licencié pour ce genre de faits, mais on ne licencie pas les puissants : comme le dit élégamment la Maison Blanche « Le Général a présenté ses démissions que le Président à accepté ».
On pourrait trouver cet épisode qui date de 2012 un peu vieillot car depuis on a fait des progrès considérables dans la compréhension des dangers du numérique. Je n’en suis pas si sûre car en mars 2026 un jeune officier qui se trouvait sur le porte-avions Charles-de-Gaulle décide de faire son footing sur le même porte-avions et actionne son application Strava au moyen de sa montre connectée. Celle-ci enregistre le parcours et le transmets en direct. Curieusement le militaire parcourt 7 km en footing mais il ne fait que des allers-retours au même endroit et de plus en pleine mer Méditerranée. Les internautes sont perplexes: le Christ en personne serait-il revenu sur terre pour arrêter la folie des humains en marchant sur l’eau en direction du Moyen-Orient ?
Ainsi, à cause du besoin irrépressible d’un homme fort et sportif d’enregistrer et de communiquer ses performances physiques, la position exacte du porte-avions et de son escorte a été révélée au monde entier en temps réel.
On se demande si le Président français a reçu la démission de l’officier étourdi et s’il l’a acceptée.
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