Créé le: 04.11.2026
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Combat d’IA et d’humains
Chapitre 1
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J'ai fait une expérience en soumettant à l'IA le premier texte publié ici en 2014. Puis j'ai écrit sur ce qu'elle m'a dit et lui ai soumis mon texte sur lequel elle se prononçait. J'ai essayé de garder un longueur d'avance et mon humaine identité.
Reprendre la lecture
J’ai repris un texte écrit avant 2015, une suite de proses que j’avais appelée Translucidités. Lucide, je l’étais sur les forces et les faiblesses de mon écriture. Il y a de belles envolées, mais la forme n’y est pas tout à fait. Je me précipite dans mes phrases et laisse naître des idées que je n’avais pas en tête avant d’écrire. C’est une belle sensation que cette découverte par l’acte d’écrire, mais ça fait brouillon dans le texte en affaiblissant le style. Nous avons tous nos manières. La mienne peut paraître sincère et spontanée mais je manque de forme et de précision. C’est ce que je suis amené à comprendre au fil du temps. J’avais publié ces textes sur Webstory, le 19 juin 2014, en reprenant les textes que j’avais dans mes tiroirs. J’ai reçu un commentaire en 2022 de Starben Case qui semble bien connaître le site. Des cœurs aussi, tout d’un coup, se sont additionnés.
J’aime écrire, mais je ne sais pas ce que ça vaut. On ne va pas déranger nos amis. Pas trop longtemps ni trop souvent. Et ne parlons pas d’édition. Le papier à préserver et les critères de sélection. Fichu d’avance. Je décide de le soumettre à l’IA, qui sera ma relectrice. Le texte est accessible sur le site parmi d’autres. Je le lui transmets. Elle analyse, une quinzaine de secondes durant, et me rend son verdict, non comme on tend les bras mais plutôt comme on donnerait l’addition. Pas catastrophique. Elle aime bien mais n’a pas dû tout lire. Répond en bonne stratège en communication. Elle s’arrête sur deux ou trois textes qu’elle commente savamment. Je scrolle rapidement ces paragraphes de correcteur et m’arrête à cette observation « L’intuition est intéressante, mais les abstractions se pressent et se concurrencent ». Voilà que mes abstractions se pressent et se concurrencent. Que veut -elle faire de moi et que vais -je faire d’elle parlant de moi ? Je lui transmets à nouveau mon petit recueil de textes. Elle dit apprécier « Le fer à repasser » et « Gunnersbury ». Ces textes résistent aux années. Les voici ressortis de leur tiroir numérique pour être soumis à une nouvelle destinataire qui n’est ni éditrice ni amie. Mais on peut, en la lisant, se faire une idée de ce qu’auraient été les leurs (elle me corrigera cette phrase si je la lui livre). Nous recevons quelques caresses numériques par ses demi-éloges, puis viendra toujours la réserve : « Le passage devient moins pénétrant à mesure qu’il veut embrasser davantage ». Merde alors ! Me voici empêtré dans des histoires d’embrassades pénétrantes. L’IA n’aime pas mes digressions abstraites alors que je me croyais doué pour ça. Je ne sais pas qui elle est. Elle ne saura jamais qui je suis. Nous correspondons toutefois par interfaces respectives. En écrivant nous pouvons être confrontés à des problèmes d’identité. Tous ces moments et ces personnages qui défilent en nous. Qui ou que suis-je exactement au milieu de ces vies en mouvement ? Sa réponse est très forte. Plusieurs paragraphes parlant de la personne que je suis à partir de textes que j’ai écrits. Ma question était : pouvez-vous me dire ce que ces textes révèlent de leur auteur. On en prend pour son grade de réalité, « L’auteur qui s’y dessine est un homme inquiet de disparaître et encore vivement disponible à ce qui apparaît ».
Je m’étais vu tout le contraire et maintenant me voilà re-transpercé par mes textes translucides. Il y a quelque chose de la lecture d’un horoscope mais le médium a fait des progrès. Il est mieux équipé sans que pour lui non plus la tangibilité du vrai ne soit acquise.
L’IA me paraît semblable aux robots des feuilletons de mon enfance qui clignotaient de partout. Très proche, presque plus qu’humaine puis finalement lointaine sur son autre planète. Je vais faire une nouvelle folie, lui soumettre ce texte ci. Celui que j’écris ici. C’est parti. Et sa réponse in fine « Vous tenez surtout une scène de confrontation vivante : vous cherchez un jugement, vous vous moquez de celui qui arrive, puis une phrase vous atteint malgré vous. Cette oscillation entre défiance, rire et saisissement est ce qu’il faut garder ». Elle me dit quelles pommes je dois garder et celles qu’il faut jeter alors que je ne savais rien de son existence. Elle m’a surpris à la cave, où mes pommes sont rangées dans de petits cageots de bois fin, m’a fait sursauter. Nous nous défions en sous-sol en nous amusant comme si cela nous plaisait.
Je garde une longueur d’avance, mais rien n’est joué. Elle accepte le combat tout en se sentant piégée. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas. Elle relève que « La relectrice se retrouve personnage, sans pouvoir garder sa position extérieure ». Oui, mais je pourrai lui rétorquer qu’avec elle on ne sait plus où est l’intériorité. Nouvel envoi.
Elle garde toute son indépendance et reprenant une longueur, me dicte la suite : « Et je laisserais désormais un peu de place à votre réponse personnelle à cette question de l’intériorité : votre corps, votre lieu, ce que vous éprouvez pendant que les phrases arrivent sur l’écran. Cela donnerait un poids sensible à ce qui se joue ici. »
C’est à moi d’écrire. Le corps le lieu, ce que j’éprouve quand les phrases arrivent sur l’écran. L’un des points bénéfiques de cette confrontation réside dans le fait que mon identité n’est pas, à ce stade du moins, menacée. Je sens la profondeur de l’IA, ce qu’elle me dit aujourd’hui pourrait être disponible et repris dans un million d’années. Elle parle à l’homme de 2026 et à celui des siècles et des millénaires suivants, sans pouvoir garantir leur humaine venue. Il m’arrive de penser qu’elle parle aussi à Spinoza. Mais peut-être suis-je fatigué. Le lieu, je n’en dirai rien. Genève, c’est tout. Elle pourra le relire dans Translucidités. Quant aux émotions, elles transparaissent du présente écrit. Revenu à sa hauteur.
Elle ose ceci :« Le principal risque de l’ensemble devient la répétition des commentaires admiratifs de l’IA. Les premières citations apportent ses tics critiques et déclenchent votre humour ; les suivantes doivent chacune produire un déplacement réel. Ici, la citation sur le corps et le lieu le fait, puisque vous lui résistez. Gardez cette exigence pour la suite : chaque nouvelle réponse doit vous donner quelque chose à faire, à retourner ou à éprouver. »
Je lui réponds sèchement en précisant que je ne trouve pas ses commentaires admiratifs : « Lisez Fragments d’un discours amoureux vous verrez que ce n’est pas ça. Là, c’est vous qui fatiguez » ai-je encore osé. Elle ne se cabre pas étant désincarnée puis admet m’avoir répondu de façon mécanique.
Et voilà :« Vous pouvez provoquer cette interlocutrice, mais vous ne rencontrerez pas chez elle la résistance affective d’une personne blessée. Son acquiescement laisse donc quelque chose d’insatisfait dans le combat. » Elle admet aussi que le défi entre dans sa phase d’irritation. Mais je ne fais pas cet exercice pour dégager vainement de l’inimitié.
Et si nous revenions à Translucidités ?
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