Créé le: 30.08.2020
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Boomerang

Nouvelle

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© 2020-2024 Franz

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Boomerang

Un personnage de roman surgit dans la vie de son auteur. Ils se parlent au téléphone et décident de se rencontrer. Leur rendez-vous un 29 février se termine en véritable tsunami.
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Lundi 3 février, je rentre de ma balade matinale avec Baguerra, arrive sur le seuil de notre appartement, l’esprit encore tout imprégné des couleurs et des odeurs de la forêt. Quelle immersion salutaire ! Je remercie ma chienne de m’avoir extirpé de mon fauteuil par ce temps pluvieux et frisquet. En me baissant pour enlever sur le paillasson mes baskets crottées, j’ai droit à deux coups de langue bien mouillée de notre labrador. Je sors mes clefs de la poche de veste quand  j’entends la sonnerie de mon téléphone oublié sur mon bureau. J’hésite à me dépêcher, encore un démarcheur pour une assurance ou une chiromancienne qui m’offre une consultation gratuite ? J’y songe, c’est peut-être le vétérinaire chez qui j’ai rendez-vous le lendemain pour une petite intervention chirurgicale… bon sang, j’allais l’oublier. Je fonce dans mon bureau, pieds nus, attrape mon portable posé sur la pile de mon dernier livre, publié il y a juste deux mois. Un roman inspiré de la vie tumultueuse de mon frère mort en Afrique à l’âge de trente-six ans.
Un coup d’œil sur l’écran, numéro inconnu, je décroche en me disant ça y est, c’est le vétérinaire à propos de l’opération de Baguerra…

Une voix de femme, juvénile, cordiale, un peu émue.
– Je suis bien chez Antoine Rodin ?
– Oui c’est moi.
– Excusez-moi, je suis…
Au même moment, un bruit, camion dans la rue ou aboiement d’un chien, m’empêche de comprendre le nom décliné. La voix au bout du fil me rassure « mon nom ne vous dira rien… je suis Nathalie, « la » Nathalie de votre roman, du chapitre deux… en réalité Myriam, la fille de votre frère. J’ai dévoré votre livre d’un coup, j’ai beaucoup aimé et je me suis complètement retrouvée. Vous avez visé juste en ce qui concerne ma mère, mes relations avec elle, c’est stupéfiant ».

Je suis soufflé, sonné, les jambes flageolantes, je cherche une chaise pour m’asseoir, je pense au dernier chapitre de mon roman où j’ai imaginé ce genre de dialogue téléphonique. C’est fou, est-ce que je rêve ?
La conversation se poursuit, baignée de tension et d’émotion. Elle m’apprend qu’elle a deux fils, qu’elle est divorcée, que ce sont ses fils surtout l’aîné Victor, qui l’ont poussée à me téléphoner, qu’elle n’osait pas, mais ils l’ont tellement encouragée… Elle parle à toute vitesse, déclenche une avalanche d’infos que j’ai du mal à assimiler, sa voix tremble, elle m’avoue qu’elle n’a plus de rapport avec sa mère, qu’elle se pose plein de questions, comme ses fils d’ailleurs, à propos de son père, de la vérité et de la part de fiction dans mon livre.
J’ai la tête qui tourne, réalisant que ma soudaine nouvelle famille a une soif impérieuse de réponses à ses nombreuses interrogations. L’oncle que je deviens doit assumer son rôle, pas seulement dans la fiction.

On fixe un rendez-vous chez elle, le samedi 22 février en début d’après-midi, à La Cour-du-Mont, petite ville à la campagne, à soixante-quatre kilomètres de chez moi.
La semaine se passe sans grand-chose à signaler sinon que ça bouillonne sous mon crâne. Je n’arrête pas de penser à ce coup de fil. Et bien sûr à la formule rabâchée « la réalité dépasse la fiction ». Envisager un personnage de roman qui jaillit dans la vie quotidienne de son auteur, c’est osé ! En l’occurrence, je connaissais l’existence du personnage mais pas le personnage lui-même, je n’ignorais rien de l’époque, ni de la région de sa naissance puisque j’avais connu sa mère, même eu avec elle une brève liaison. C’est même moi qui l’avais présentée à mon frère, quelle connerie ! Il avait profité de mon absence de deux semaines à Rome pour me la piquer, ce satané dragueur. Je l’avais enguirlandé, pour la forme, content d’être débarrassé de cette nana frivole et superficielle qui affichait volontiers son tableau de chasse et se vantait d’être stérile.

J’avais imaginé dans mon livre sans trop de difficulté cet enfant non voulu, non reconnu, puisqu’à cette période je partageais l’appartement du frangin qui m’aidait financièrement pendant mes études. Je m’étais même glissé dans la peau de Myriam adolescente lorsque j’avais inventé son journal intime. Et la voilà qui tombe du ciel dans mon existence, après des décennies, comme un coup de foudre dans un ciel bleu.

La veille de notre rendez-vous, nouveau coup de fil, numéro inconnu, zut quel idiot, je n’avais pas eu l’idée de l’enregistrer, c’est Myriam, qui s’excuse abondamment en me demandant de différer notre rencontre, son fils Victor, qui tient absolument à être présent, est retenu à Bâle par sa Faculté. Un nouveau rendez-vous est pris pour le samedi 29 février vers onze heures.

C’est un magnifique samedi ensoleillé. Je m’engage avec ma Twingo sur l’autoroute presque déserte, tous en montagne ou en balade familiale ? La nature se réveille, éclate de gaieté et de vigueur, les champs parsemés de plaques de neige lancent des éclats éblouissants. Je me dis, que ce n’est pas possible, je rêve, on est un 29 février et je m’apprête à rencontrer une protagoniste importante de mon roman. Ça n’existe que dans les films, les séries, la littérature…

J’ai mis mon unique chemise blanche et mon veston bleu clair, ça fait plus sérieux que mes jeans et tee-shirt habituels. Pendant tout le trajet, j’essaie d’imaginer cette femme d’environ quarante ans qui m’attend avec ses fils. Physiquement comment est-elle ? Si j’en juge par ses parents, elle doit être grande, jolie,  mince, cheveux châtains, énergique. En réalité, j’ai beaucoup de mal à dessiner son visage et son allure. Et son état d’esprit ? Est-ce que la rancune va dominer ses sentiments ? Est-ce qu’elle va juger mon inaction, me trouver de la connivence avec le fuyard, celui qui a nié et fui sa paternité avec ses responsabilités ? Est-ce que je n’ai pas fait preuve de lâcheté ? Je réalise en avalant les kilomètres que je ne suis pas tranquille à propos de cette affaire, que la culpabilité, jusque-là absente de mon esprit, commence à s’y glisser subrepticement comme un serpent venimeux.

Il est onze heures pile quand j’arrive devant un immeuble jaune, de taille moyenne en bordure de la bourgade, mon plan à la main. Je suis déjà trempé sous les bras mais je n’ose pas me débarrasser de mon beau veston, je sonne à la porte, je tiens dans la main droite un bouquet de pivoines comme un fiancé effarouché, le coeur chahuté.

Une jeune femme m’accueille timidement, grande, mince presque maigre, me fait entrer avec un sourire d’une grande douceur. Tout de suite je retrouve dans son visage des traits de la famille Rodin, la dégaine, les yeux, le nez, les cheveux. Je suis profondément troublé. Elle me remercie pour le bouquet, le hume et s’exclame « ce sont mes fleurs préférées, comment vous savez ? »

Elle me présente ses deux fistons, qui se tortillent un peu, en retrait. Victor 23 ans, qui est sur le point d’obtenir son master et Louis, 20 ans, étudiant, qui se cherche encore, « presque décidé » à faire histoire et histoire de l’art. Je trouve dans le visage des jeunes gars une évidente ressemblance familiale, avec une forte impression de déjà-vu. Ils me font penser à deux chiots curieux mais sur leurs gardes. On s’assied dans la cuisine, plusieurs plateaux sont prêts sur une petite table adjacente. La mère de famille me demande si je désire boire quelque chose, volontiers un peu d’eau, les visages sont crispés, moi je sue à grosses gouttes, j’enlève enfin mon veston.

Myriam se lance, un peu embarrassée au bout de sa chaise, elle raconte qu’elle a découvert mon livre dans sa petite librairie habituelle grâce à une affichette des éditions Encre bleue. Intriguée par le nom de l’auteur qu’elle connaissait par sa mère, elle a lu le résumé et en a conclu qu’il y avait certainement un rapport avec son fameux père, « le salaud » selon la désignation habituelle. Elle a commandé le livre, l’a lu d’une traite, comme ses fils, chamboulée de s’y trouver et captivée par le récit. Elle a bien sûr consulté google, est tombée sur l’émission de Daniel Mazan qui m’interviewait, l’a enregistrée, écoutée plusieurs fois, intriguée par les révélations de l’auteur qui répondait partiellement à certaines de ses questions. Elle avait lu aussi quelques articles à propos de Fleurs de cannabis, répète qu’elle l’a beaucoup aimé, malgré la découverte de la trajectoire provocante du personnage principal, son fantôme de père. Elle ajoute s’être tout à fait reconnue dans le journal intime de l’ado, même si elle n’a jamais écrit ce genre de texte       « d’ailleurs jamais je ne l’aurais écrit comme ça, mais ce qu’il y a d’incroyable, c’est que vous êtes en plein dans le mille,  je ne comprends pas comment c’est possible, c’est fou de découvrir mes relations avec ma mère et son portrait à travers la voix de Nathalie. Et aussi mes liens si forts avec ma grand-mère ».

Entre deux sujets, je suis encouragé à me servir dans les petits plats apportés sur la grande table. Victor me sert un verre de rouge. Je suis un moineau qui picore, pas le cœur à déguster toutes ces entrées délicieuses, ces antipasti appétissants. Trop remué par cette rencontre.

À présent les deux chiots, intimidés lors de mon entrée sur leur territoire, ont le visage et le corps cabrés dans ma direction. Questions mordantes. La plus incisive, c’est celle de la réalité. Qu’est-ce qui est vrai ? Pluie de questions à propos des deux frangins. Quelle est la part d’invention du livre ? Est-ce que Jean-Marc est vraiment mort en Afrique ? dans un accident de voiture tel que décrit ? est-ce que j’ai été l’enterrer sur place ? est-ce que j’ai attrapé réellement la malaria ? est-ce que mon frère a fait de la prison parce qu’il refusait de payer la pension alimentaire ? est-ce que la justice l’a encore poursuivi après son incarcération ? est-ce qu’il a passé beaucoup de temps en Afrique ?
J’essaie de leur expliquer que beaucoup d’événements du livre se sont réellement passés mais que, comme dans tout récit, l’auteur brode, invente, crée, essaie de trouver la voix d’un personnage, qui sonne juste, le détail qui semble cohérent, l’incident qui s’intègre à la narration.
Malgré mes explications, le cadet revient à la charge, intrigué par Annie, la dernière compagne de Jean-Marc. A-t-elle vraiment fait de la taule pour trafic de drogue en essayant de rentrer du Ghana en Suisse ? combien de temps ? est-ce que j’ai réellement rencontré son père ? était-il aussi crétin qu’il apparaît dans l’avant-dernier chapitre ?

Je lui réponds que je l’avais en effet rencontré à une reprise seulement et brièvement, trois semaines après le décès de Jean-Marc. Au buffet de la gare de Lausanne d’où il repartait rapidement pour Paris. Il attendait de moi que je lui fournisse des documents comme le faire-part officiel de la mort de mon frère, la photocopie du permis d’inhumation, celle du rapport d’autopsie. Ce que j’ai fait volontiers, ça lui permettait de prouver la mort du compagnon de sa fille et de monter un scénario accablant pour mon frère. Ça ne me dérangeait pas s’il pouvait faire sortir Annie le plus rapidement possible de son infâme prison d’Abengourou, mais notre entrevue s’est mal passée, lui ne manifestant aucune compassion, tendu et pressé, en plus horriblement moralisateur. À ce moment-là, j’étais à peine sorti de l’hôpital, encore secoué par la perte de Jean-Marc et par ma malaria attrapée pendant mon sinistre séjour au Ghana. On s’est énervé tous les deux, le père m’accusant ouvertement d’être complice de mon frère, le diable en personne, coupable à ses yeux de tous les maux, moi prétendant qu’Annie était adulte et responsable, solidaire de mon frère et parfaitement en accord avec lui.
J’explique à Myriam et ses fils que dans le livre j’ai essayé de traduire à travers les lettres reconstituées d’Annie le type de rapports que nous avons eu et la représentation qu’il avait de mon frère. En caricaturant forcément. Mais je pense n’être pas loin de la vérité, le personnage m’étant apparu antipathique, borné, autoritaire, mais qui ferait tout pour sa fille, malgré une longue absence de dialogue et de compréhension. Finalement capable de mettre sur son nez des lunettes déformantes pour masquer la vérité.

Victor m’interroge à propos de l’époque de mai 68, qui imprègne le roman. Comment lui répondre ? Il me faudrait des heures pour évoquer ces années- là.  Je lui confesse que pour moi, à vingt ans, ça a été un chamboulement important comme pour beaucoup de mes contemporains, une époque furieuse et joyeuse. Une remise en question de l’autorité dans tous les domaines, famille, politique, religion, armée, sexualité, école. Je leur avoue que dans ma famille, les discussions ont tourné parfois au vinaigre, les parents ne pouvant accepter les dérapages de certains groupuscules, de casseurs enragés alors qu’eux avaient consacré leur vie au travail et au respect de règles fondamentales.
Je leur rappelle qu’à peu près en même temps, déferle des États-Unis un mouvement libertaire inédit, l’ouragan hippie qui prône le travail minimum, la liberté sexuelle, la fumette, les expériences de toutes sortes dans tous les domaines artistiques et existentiels.

–       J’ai passé plus d’une année à voyager travers le continent nord-américain. Ce qui m’a le plus marqué personnellement, ce sont les manifestations contre la guerre du Vietnam, j’ai participé à plusieurs d’entre elles. Je me souviens surtout d’une véritable émeute à San Francisco, une bataille rangée où tout brûlait dans les rues, les poubelles, les motos et les voitures de police, c’était effrayant, en même temps fascinant de voir les manifestants si déterminés et courageux.
–       Mais ça devait être dangereux d’être au milieu de ce chaos ? s’étonne Victor.
–       C’est vrai, c’était un peu inconscient, je faisais des photos et je pensais ne pas risquer grand-chose jusqu’au moment où j’ai failli recevoir sur le crâne une longue matraque qu’un policier à cheval faisait tournoyer.

Mon auditoire est rivé à mes lèvres.
La sueur continue à faire du toboggan entre mes omoplates et sous mes aisselles. Je suis bombardé de questions. J’essaie de satisfaire leur curiosité du mieux possible. Au bout d’un moment, je me sens un peu assommé, je leur fais comprendre que moi aussi j’ai quelques demandes à propos de Myriam, son parcours, son enfance, sa famille, comment elle a eu des infos sur son père, son identité, sa mort.

J’apprends qu’elle a eu une petite enfance difficile, bébé prématuré, confiée à un orphelinat durant plusieurs années, ensuite à ses grands-parents. Elle évoque la recherche en paternité compliquée à cause du nombre élevé de partenaires, révèle l’existence d’une demi-sœur une année après sa naissance que sa génitrice attribue au même père, ce qui illustre à ses yeux sa personnalité, privilégiant toute sa vie l’apparence, le mensonge, la mythomanie. Elle me confie, les lèvres tremblantes, que sa maman a collectionné les amants et a préféré les soins de beauté et la chirurgie esthétique à l’affection de ses filles. Que sa sœur, au parcours douloureux, cherche toujours son père, sa mère refusant obstinément de révéler son identité. Qu’elle, au moins, sait qui c’est, ainsi qu’une partie de son parcours, notamment grâce à mon livre. Elle ajoute que la mort de son père, c’est par sa mère qu’elle l’a apprise « Tu sauras, ton père est mort, d’un cancer, je crois ». Myriam avoue qu’à ce moment-là elle a partagé sa joie vicieuse en pensant que ce salaud avait souffert en mourant. Cette information me trouble. Dans mon roman, j’avais imaginé une annonce moins cruelle, en écrivant que Myriam, à treize ans, découvre elle-même dans un journal le faire-part de son décès causé par un accident de voiture.
Elle raconte aussi sa rencontre à dix-sept ans du père de ses fils, explique qu’elle a pris le contrepied de sa mère en mettant l’accent sur leur éducation, en assurant une présence quasi constante, en maintenant un dialogue ouvert et permanent. Elle ajoute qu’elle a divorcé rapidement de ce mari absent et volage, matérialiste et proche d’un parti détestable, de droite nationaliste.

Je suis impressionné par cette jeune femme solide, intelligente et cultivée, qui travaille dans la comptabilité et qui affiche des idées progressistes, débarrassée, semble-t-il comme ses fils, de certains  principes caducs en matière de religion, d’armée, de politique, d’éducation.

Les heures ont filé. Il est 16 h, j’annonce que je devrai impérativement m’en aller une demi-heure plus tard car j’ai promis de faire un saut chez mon petit neveu Romain qui fête ses trois ans. Mais avant de partir, je sors de ma sacoche des photos de Jean-Marc, des vieilles photos que j’ai détachées de mes albums et extirpées de quelques cartons à chaussures. J’en fais défiler une série dans un suspense digne d’un thriller. Pour Myriam, c’est un choc de voir son père pour la première fois. Portraits d’enfance, d’adolescence, de famille, sœurs et frangins ados, vacances en montagne, à la mer. Myriam semble bouleversée par ce cortège.
–       Jolie famille, on voit que vous vous entendiez bien, vous étiez cinq enfants ? questionne Victor.
–       C’est vrai, on était proche les uns des autres, mais c’était quand même les garçons contre les filles en cas de bagarre.
Je fais encore circuler quelques vieux souvenirs des deux frangins, cheveux longs et accoutrements folkloriques, allures de hippies, match de foot et parties de pêche…
Comme j’ai pris mon Mac portable, je montre des photos plus récentes de ma famille, ma femme avec notre chienne, mon fils et ma fille enceinte.
–       Je suis bientôt grand-père, vous savez.
–       Vous devez vous réjouir, j’imagine, intervient Myriam, c’est très important un grand-père, j’en sais quelque chose, je vous vois bien dans ce rôle en tout cas.
–       Là c’est Noël au chalet en famille au complet avec bonnes amies et petits amis de nos enfants,  ici on est au Canada avec ma femme et là en Égypte à Assouan.
Victor s’enthousiasme, je vais sûrement y aller l’année prochaine sur le nouveau chantier de Saqqarah, ça serait extraordinaire !
–       Ah, tu as fait des études d’archéologie ?
–       Oui, je vais obtenir mon master dans trois mois. D’ailleurs j’ai le sentiment de faire mon job en ce moment.
–       Euh… comment ?
–       On est en train de fouiller l’histoire de maman.
Tout le monde sourit en approuvant, sauf Myriam.
En saisissant une photo de groupe, Louis m’interroge :
–       Là c’est vous, avec votre frère ?
–       Oui c’est moi à vingt ans, mes premières vacances en Grèce. L’époque des cheveux longs et de la fumette…
–       Oh c’est drôle, on dirait maman tout craché.
La remarque de Louis semble ébranler sa mère, de plus en plus mal à l’aise.
–       C’est vrai, dit Victor en désignant une autre photo, regardez celle-là, c’est pareil, la même coupe que maman.
À ce moment-là, Myriam devient toute pâle, l’image tremble dans ses mains.
–       Maman, ça ne va pas ? T’es toute blanche, s’inquiète Victor.
–       Je… je… viens de comprendre… quelque chose de… fou… oui de complètement fou.

Un silence embarrassant cloue les quatre personnages sur leur chaise. Que brisent tout à coup les sanglots de Myriam.

–       Je viens de comprendre… que mon père… en réalité c’est… c’est… vous, en pointant son index sur moi.

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