Créé le: 15.09.2021
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Adieu

Correspondance

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© 2021 Pascaline Violon

Envoi d'une lettre de rupture à mon pire ennemi...
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Date à marquer d’une pierre blanche

 

 

Très cher ennemi,

 

 

Ennemi richissime ? Ennemi milliardaire ? Sans aucun doute ! Car ta fortune rivalise avec celle des princes du désert… Tu ne tiens pas le monde en otage avec du pétrole, mais ta méthode est simple et redoutablement efficace : tu prends tout et ne redonnes jamais rien. Tu es celui qui me ronge de l’intérieur et me laisse complètement nue et vulnérable, à chaque fois. Tu es là tout le temps. Sans relâche. Je n’ai même plus conscience de ta petite voix intérieure qui me juge en permanence et me harcèle. Tu ne me laisses aucun répit. Tu ne me laisses aucun repos. « Comme tu es nulle ! Tu n’en vaux pas la peine ! Tu n’y arriveras jamais, c’est perdu d’avance! Tu es vraiment trop bête ! Comment as-tu pu faire une chose pareille ? Tu ne devrais pas faire ci, tu ne devrais pas faire ça ! Fais attention, comment va-t-il réagir ? Tu dois changer de comportement pour lui plaire. Tu es trop vieille. Tu es trop grosse … » La liste est longue, interminable, infinie même. Et ta voix tourne sans relâche dans ma tête, comme un disque rayé à me faire devenir complètement folle ! A me vider de mon énergie, à m’interdire d’exister et d’être moi. Tu m’as emprisonnée dans cette toile que tu as tissée tout à l’intérieur de moi. Je ressens ta présence dans chaque cellule de mon corps. Tu ressembles à ces petits microbes du dessin animé Il était une fois la vie. Tu es méchant, pernicieux, sans scrupule. Tu te transformes et tu t’adaptes pour être actif en permanence. Présent depuis mon enfance, tu es un virus dont on ne guérit pas. Une sorte de démon intérieur qui tire les ficelles et se joue de moi tout en exultant.

 

Mais qui es-tu pour me dicter ma conduite et ériger des interdits ? Qui es-tu pour m’empoisonner au quotidien ?  Et ta morale culpabilisante, quelle légitimité a-t-elle ? Qui es-tu pour connaître mieux que moi mes besoins et mes envies ? Toi, mon plus vieil ennemi, j’ai décidé de t’écrire cette lettre aujourd’hui pour te signifier que tout s’arrête, ici et maintenant. Je te dis STOP. STOP à ton manège infernal. STOP à la tyrannie. STOP au harcèlement. C’est terminé maintenant ! Tu ne mérites absolument pas le temps et l’importance que je t’accorde. A partir de maintenant, je reprends le contrôle de mes pensées et de ma vie. J’ai mille autres choses plus enrichissantes à faire que t’écouter. Je ne supporte plus de t’entendre me donner des ordres. A partir de maintenant, je retrouve ma liberté. C’est non négociable et sans condition ! Je sais bien que tu vas tenter de m’amadouer pour rester. Tu sauras te faire caressant, enjôleur et discret pour « m’endormir » et me faire baisser la garde. Mais je ne suis pas dupe. Je ne suis PLUS dupe. Je sais exactement comment tu fonctionnes. Moi aussi, je te  connais par cœur et je pourrais fort bien devenir ton propre bourreau. Ne me sous-estime pas ! Même si je ne rentrerai pas dans ce jeu de rôle destructeur… Je sais que tu ne t’avoueras pas vaincu aussi facilement alors je suis prête à t’affronter.

 

Par cette lettre, je te notifie donc officiellement ton licenciement pour faute lourde avec effet immédiat. Sans aucun préavis ni indemnité et encore moins de pot de départ. Quoique… j’ai bien envie d’ouvrir une bouteille de champagne pour fêter cette rupture et me délecter de cette liberté retrouvée ! Car aujourd’hui est indéniablement un grand jour pour moi. Un nouveau départ. Quand on sait au plus  profond de soi que rien ne sera plus jamais comme avant. Je te vois lever les yeux au ciel et je t’entends ricaner… je sais bien que tu ne me prends pas au sérieux. Mais maintenant, je vois clair dans ton jeu : tu essaies de me faire douter pour me faire reculer. Car tu es fondamentalement mauvais et tu te nourris du mal-être des gens. Mais sans attention, tu n’existes plus. Tu t’éparpilles comme des poussières dans le vent. Malgré tous tes efforts pour te montrer fort et puissant, tu n’as aucune consistance et c’est là ton talon d’Achille. Tu n’es rien.

 

D’ailleurs, je t’annonce que je t’ai déjà trouvé un remplaçant. J’ai recruté une sorte de coach. Un guide aimant et bienveillant. Il s’appelle Aurélien. Ne trouves-tu pas que c’est un nom idéal pour un pour un ange-gardien ? Et en plus, il est tellement sexy… Avec un regard et un sourire à tomber par terre, j’aurais envie de le suivre n’importe où ! Rien à voir avec toi et ton look ringard de prof de sport des années 80 ! Avec ta moustache, ton bandeau et ton jogging fluo, tu ressembles à la caricature du  coach de Soprano. Sauf que toi, tu te prends au sérieux… Dans cet accoutrement, tu es tout simplement ridicule ! Même Bernard Tapie avait plus de classe à l’époque ! Tu pourrais d’ailleurs prendre un coach vestimentaire, ce ne serait pas un luxe ! Mais peu importe, je m’en fiche complètement en réalité. Et pour revenir à Aurélien, sache, qu’il aura pour mission de me donner confiance, m’encourager et de me protéger contre tes attaques. Si jamais tu tentes de revenir par la fenêtre, par le toit, par la porte ou bien par la cave, il sera là pour te donner un grand coup de pied aux fesses et surtout t’empêcher d’entrer en contact avec moi !

 

En conclusion de cette lettre, mon très vieil ennemi, plutôt que d’entreprendre une lutte vouée à l’échec, je te demande simplement de me laisser tranquille. Tu peux bien me traiter de tous les noms d’oiseaux, aller sévir ailleurs ou t’évaporer dans la nature… je m’en contrefiche. Je n’attends pas que tu me comprennes. Désormais, à partir de maintenant, la porte de mon monde intérieur t’est définitivement fermée. Je refuse de te voir et encore moins de t’entendre. Oublie-moi.

 

 

Je ne prends pas la peine de signer cette lettre, tu me reconnaîtras.

(Si tu ne sais pas qui je suis, c’est qu’un serial tyranniseur se cache en toi et que tu es encore plus malfaisant que ce que j’imaginais)

 

 

PS : Inutile, non plus, de saisir le tribunal des Prud’hommes pour intenter une action en justice pour licenciement abusif. Ton dossier est accablant  (j’ai pléthore de preuves contre toi).

 

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