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© 2021 Laura Vaissaud

Vous étiez mes bourreaux, j'étais votre victime. Longtemps, vous m'avez malmenée, sans état d'âme. Jusqu'au jour où j'ai eu le courage de briser mes chaînes…
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À l’endroit idéal,

 

 

 

À vous, ô ombres fugitives,

 

 

Fauteurs de troubles, bourreaux invisibles, je vous ai donné bien des noms, vous, mes démons impitoyables. Vous aviez élu domicile dans mon esprit, surgissant tels des fantômes au moment le plus inopportun. Vous pouviez rester tapis dans l’ombre, des heures, voire des jours durant, dans l’attente d’une opportunité pour me martyriser. C’est votre raison de vivre, je me trompe ? Exister, pour faire souffrir. Exister, pour me pousser à déclarer forfait. Pour être tout à fait honnête avec vous, si vous n’existiez pas, il ne faudrait pas vous inventer, contrairement à ce que prétend Joe Dassin dans sa chanson. Avant de faire votre connaissance, j’étais insouciante, libre. Aucune limite à mes rêves n’existait. L’infini des possibles me tendait les bras.

 

Tout a basculé le jour où je vous ai aperçus. Vous chuchotiez, chétifs, persuadés que personne ne vous entendait. Vous ne m’aviez pas remarquée, moi, petite souris discrète. Vous aviez continué longtemps vos jérémiades, je m’en souviens. Prise de pitié et piquée par la curiosité, je vous ai rejoint et ai tendu l’oreille pour capter ces sons d’outre-tombe. En y resongeant, cela a été ma première erreur. Vos murmures sont devenus paroles puis cris. Des hurlements de négativité. J’étais votre réceptacle d’animosité, moi, l’âme sensible. Une proie facile pour votre plan finement orchestré.

 

Aujourd’hui, j’aime à penser que vous n’êtes plus que les vestiges du passé. C’est pourquoi, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. Je ne fais qu’emprunter les mots de Boris Vian, ses mots pour apaiser mes maux. Et c’est dire si vous en avez causé des maux ! Des douloureux à m’en retourner l’estomac, des pernicieux à m’en couper le souffle, des exécrables à m’en empêcher de dormir, et j’en passe. La liste serait trop longue et ce n’est pas l’objet de mon message.

 

Avec courage, je vous informe que j’ai survécu, malgré votre ingéniosité pour m’atteindre. Longtemps, j’ai arboré un sourire factice quand, telles des mains invisibles, vous comprimiez mon pauvre cœur dans un étau. Faire semblant que tout allait bien, c’était ça, ma bouée de sauvetage. Garder la face aux yeux du monde et ravaler la honte de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir dire stop. Alors, comme un roseau, je ployais sous vos agressions, sans cesse plus violentes, en m’échinant pour résister.

 

Je peux vous l’avouer à présent. Dans l’intimité de la nuit, alors que personne ne pouvait m’observer, je suis tombée à genoux, j’ai pleuré de lassitude, mais j’ai aussi continué de croire. Croire que la torture finirait par s’arrêter. Croire en l’avenir. Croire en la vie.

 

Il vous aurait fallu des lustres pour me transformer en vieux chêne, rompu par votre sournoise insistance. La lumière de mes jeunes années brillait toujours au fond de moi et elle m’a guidée à chaque pas. J’ai gravi la montagne des rêves, progressant sur le sentier escarpé sans jamais reculer. Reculer, je l’avais fait bien trop souvent par votre faute. Vous m’aviez retiré ma fougue, mon énergie. J’ai donc retenu les enseignements du passé, ce qui m’a permis d’éviter, un à un, vos pièges. Les chaînes avec lesquelles vous m’aviez attachée se sont rompues d’elles-mêmes, symbole d’une liberté retrouvée. Je vous l’annonce par ma missive : ce jour est le premier du reste de ma vie. Vous n’avez plus d’emprise sur moi et vous n’en aurez plus.

 

J’entends d’ici vos voix s’élever. Impossible, c’est tout bonnement impossible, jurerez-vous. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je vous comprends. Je me mets à votre place. Comment allez-vous faire si je n’écoute plus ce que vous chuchotez à mon oreille ? Quelle sera ma croix maintenant que j’ai retiré, une à une, les couches de malheur que vous m’avez forcé à porter ? Que va-t-il advenir de vous ? Allez-vous migrer à la recherche d’un terrain propice pour semer le trouble ? Allez-vous abandonner ? Prendrez-vous conscience de la gravité de vos actes ? Si vous en avez l’audace, allez-y, éclairez-moi !

 

Le monde a le droit de connaître le secret de la paix intérieure, sans être victime de monstres envahissants. Vous pouvez rouspéter autant que vous voulez, me menacer, me poignarder dans le dos, je vais révéler à qui veut bien l’entendre ce secret de Polichinelle. Eh oui ! La mystérieuse recette du bonheur est connue par tous, en réalité. Mais comme moi, nombreux sont ceux que vous avez blessés et qui n’osent ou n’osaient pas faire un pas en avant pour se dépêtrer de votre magma d’hostilité. Vous avez une méthode imparable pour ce faire, le mérite — si tant est qu’on puisse désigner vos actes de violence ainsi — vous revient. Chaque grain de sable du sablier du temps vous permettait de polir davantage le diamant de la sournoiserie.

 

Pourtant, vivre sans accroc est un mirage, vous en êtes la preuve vivante. Partout et de tout temps, il y a eu des perturbateurs. L’humanité est ainsi faite. Les problèmes ont des solutions et les solutions ont des problèmes. Le problème, c’est que votre ténacité ne va pas disparaître. Vous marcherez dans mes traces et ce, toute mon existence, cherchant sans relâche un moyen de me déséquilibrer. La solution, c’est donc de vous accepter dans votre parfaite imperfection. Je n’épiloguerai pas plus sur ce point.

 

Il est temps pour moi de vous dire au revoir. J’aurais préféré un adieu, mais j’ai bien saisi que c’était impossible. Vous aviez en partie raison, je ne peux pas fuir vos tortures, mais je peux m’armer pour résister à la tempête que vos insinuations déchaîneront. J’ai changé, grâce à l’écho d’espoir qui résonnait en moi.  Pour vous, changer n’est pas une option viable, je le sais bien. Mais au lieu de toujours voir le verre à moitié vide, vous pourriez vous concentrer sur le verre à moitié plein, ne serait-ce qu’une fois. Cela fait un bien fou, vous verrez.

 

Peut-être que cette lettre vous fera relativiser, repenser vos motivations. Peut-être qu’elle ne laissera que des embruns de philosophie une fois terminée. Quoi qu’il en soit, vous, mes doutes, ne guiderez plus ma vie. Nul besoin de pactiser avec la peur, elle aussi a été mise au placard. Je vous l’annonce, je vous le répète, je vous le crierai à tue-tête, l’espoir est aux commandes, avec plusieurs bons amis à ses côtés, détermination, amour, persévérance. Un beau chemin m’attend désormais…

 

 

Une personne ordinaire

Commentaires (2)

Thomas Poussard
16.09.2021

Il faut apprendre à danser avec ses peurs et ses doutes... Pas facile ! Beau texte, en tous cas.

LV

Laura Vaissaud
20.09.2021

Je suis totalement d'accord. Personne ne devrait être paralysé par ses doutes. Il faut oser se lancer car la vie est souvent porteuse de belles surprises. Merci pour le compliment.

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