Créé le: 31.08.2023
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A l’amour

Amour, Correspondance

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© 2023-2024 Dominique Martin

Viens par ici. Approche. J'ai deux mots à te dire.
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Hé toi l’amour!

 

Viens par ici. Approche. J’ai deux mots à te dire. Voilà quelques jours que tu m’as propulsée sur un nuage et j’ai bien l’intention d’y rester. Crois-moi. Tout y est, le prince charmant, la brise romantique, le petit banc, le coeur gravé dans le bois. Je ne dors plus, je ne mange plus. Qu’importe! J’ai une fleur entre les dents. Je fais l’école buissonnière. Je marche au-dessus du sol. Je saute sur mon trampoline. Ma tête frôle les étoiles. Je vibre. Je palpite. Je m’éclate. L’émotion est à son comble. Je frise le délire. Je suis habitée par un oiseau fou qui se cogne partout. Par une volière en furie. Mon corps est trop petit pour abriter cette foule ailée. Quant à mon coeur… Une minute s’il te plaît. Je sens que je vais exploser. Me répandre dans le cosmos. Je t’en prie, ne panique pas, ne me regarde pas avec ces yeux-là. D’accord, j’ai compris. Il ne faut pas compter sur toi pour me recoller. Mais qui a parlé de recoller? Les oiseaux, Ça porte des plumes, que je sache. Ça vole. Alors, où est le problème? Dis-moi où?

 

Non, je ne descendrai pas. N’y compte pas. Je ne décollerai pas d’ici, de ce nuage. D’habitude, ce sont les atterrissages qui me déplaisent. Du genre la réalité collée aux semelles. C’est d’un banal, d’un rasant, si j’ose. Allez, laisse-moi rêver ! Abandonne ta mine souffrante, ton masque de gravité. Ne t’enlise pas dans tes marécages. Demande au drame d’aller jouer ailleurs.

 

L’humour te va si bien. J’aime quand tu t’habilles léger, plume. Tu sais, même plume, tu peux chatouiller très profond, débusquer des vérités. Surtout plume. Ne mets pas tes grosses chaussures de plomb. Tu as l’air ringard. Je t’en prie, pas cette fois. Accroche des ailes à tes talons. Tu es tellement séduisant ainsi. Et efficace… Je répète: « efficace ». Tu vois, j’ai retenu la leçon. Je n’allais pas te faire le coup de la midinette. Un instant, tu l’as cru ? Ça alors ? Si c’était le cas, tu m’aurais mise une fois de plus dans l’essoreuse, histoire de me réveiller, d’éparpiller mes illusions aux quatre vents. Je te connais. Tu ne me l’aurais pas laissé passer, celle-là.

 

Pourquoi je ne veux pas descendre ? Parce qu’avec toi la chute n’en finit pas. On tombe. Drôle d’expression, qu’en penses-tu ?

 

Je m’en vais répondre à ta question. Je ne veux pas descendre car je sais qu’à peine en bas tu vas me réquisitionner, m’obliger à retrousser les manches. Je me trompe ? Après les vacances, au boulot. Eh hop, une peau de banane par-çi, et une autre par-là , et puis un zeste de doute, un ver glissé dans le fruit et une grosse peur de derrière les fagots. D’où la nécessité de m’outiller à nouveau, de m’équiper de tout un arsenal de pelles,  de pioches, de machettes, de balais-brosses et j’en passe. Et ce n’est pas tout. Il va me falloir endosser des tenues diverses et variées, me transformer en jardinier, en dompteur, en acrobate, en matelot, que sais-je.

 

Je suis fatiguée rien que d’y penser. Bon, d’accord, ne te fâche pas. Ne tire pas l’échelle. Je descends. Je viens mettre la main à la pâte. A condition que tu m’accordes une « récré » de temps en temps, afin que je puisse remonter sur mon nuage. En pèlerinage.

 

Sans condition, affirmes-tu ? Tu es de méchante humeur, aujourd’hui. Tu ne transiges pas. Comme tu voudras… Je descends quand même. Je ne m’inquiète pas. Une fois là, je saurai te dérider. N’est-ce pas, l’amour ?

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