“2100 ZONE AMA” décrit une société, parmi d’autres possibles, dans un siècle. Cette fiction sociale met en scène une jeune fille, Jo, qui, en devenant adulte, découvre et commence à comprendre le monde qui l’entoure.
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Chapitre 1 – Innocence

– Tu sais, maman veut que je me marie.

– Pourquoi?

– Elle dit que c’est le moment, que je vais avoir vingt ans et qu’il est temps de faire un bébé. Mais je peux faire un bébé sans me marier, non?

– Oui, je suis d’accord, mais c’est vrai que c’est plus sympa d’être deux, je pense.

– Maman voudrait que je me marie avec toi, tu sais.

– Oui, cela ne m’étonne pas, on se connaît depuis si longtemps.

– On a grandi ensemble, rigolé à l’école ensemble, passé nos brevets ensemble…

– Mais dis-moi, tu ne penses quand même pas que tu pourrais te marier avec quelqu’un d’autre? Si moi je dois me marier, je veux me marier avec toi.

– Pourquoi, on peut très bien vivre ensemble sans mariage ! Et tu voudrais un bébé?

– Je ne sais pas, j’y pense parfois, mais sans plus, tu sais on n’a pas encore fini le diplôme, moi il me reste deux ans, toi, une année; j’aimerais bien finir avant de me lancer dans l’aventure.

– Moi, j’aimerais bien un bébé, sans me marier. Mais je trouve que ce serait super que tu aies un bébé en même temps, on pourrait continuer à partager nos expériences, se raconter ce qu’on sent et vivre ces moments en parallèle.

– Je ne sais pas.

– Tu as demandé à taman? Tu devrais lui demander.

– Et la tienne? Elle est d’accord que tu aies un bébé sans te marier?

– Oh, tu sais, si je lui dis que je veux vivre avec toi et avoir un bébé sans me marier, je ne vois pas

 

Chapitre 1: Innocence

je ne vois pas le problème, elle sera de toutes les façons si contente.

– Et Swan en pense quoi?

– Rien, si maman est d’accord, Swan est d’accord, c’est maman quand même, et je suis sa fille ! Swan n’a rien à dire.

– Bon, présenté ainsi, tu as l’air très déterminée et prête.

– Alors, tu veux bien?

– Quoi?

– Faire un bébé avec moi? Ce serait si chouette d’avoir les deux en même temps un nourrisson.

– Je ne sais pas, il faut que je réfléchisse. Tu m’aimes?

– Si je t’aime? Tu es la femme de ma vie ! Depuis toujours, c’est bien parce que je t’aime que je te demande de vivre avec moi ! Et toi, tu m’aimes?

– Ecoute, il faut que je réfléchisse, bien sûr que je t’aime, c’est évident, et j’attends ce moment depuis si longtemps. Et tout à coup, parce qu’il est là, que tu en parles, cela me semble si loin et si compliqué. Il est tard, je vais aller dormir.

– Ok, on se parle demain. Je viens te chercher pour la fac?

– Super, comme d’hab. Bizz

– Bizz.

Jo vit que Nam avait quitté la plateforme. Elle regarda encore l’écran qui lui demandait s’il devait s’éteindre ou non, et soupira. Oui, elle voulait un bébé, non elle ne voulait pas se marier, oui elle voulait vivre avec Nam, non elle ne voulait pas être seule avec le bébé.

Elle répondit à l’ordinateur de bien vouloir s’éteindre et quitta le bureau. Au salon, saman, Kim, discutait avec Swan, assise dans le canapé. D’autres femmes étaient aussi confortablement installées dans les fauteuils, mais comme elles étaient leur projection, Jo fit un signe à saman, l’embrassa sur les joues, et se dirigea vers l’escalier qui menait à sa chambre. Kim, voyant que sa fille avait un drôle d’air, demanda aux visiteuses si elle pouvait faire une pause pour lui parler. Toutes ayant accepté, en un clic de télécommande, Kim éteignit les représentations et s’adressa à Jo:

– Que se passe-t-il mon bébé d’amour? Tu en fais une tête, viens t’asseoir. Swan souriait en lui montrant une place sur le canapé. Jo hésitait, elle voulait aller se coucher, mais devant l’insistance de saman, elle s’assit.

– C’était qui toutes ces femmes?

– C’est les membres du comité du «Club de défense des droits des minorités»

– Les minorités?

– Oui, parfois, une femme noire peut se trouver seule dans un groupe de femmes blanches, ou bien une femme sans enfant au sein d’un groupe de travail de femmes où toutes ont des enfants, ce qui provoque parfois un sentiment d’exclusion. On essaie de mettre sur pied une association où toute femme qui se sent en minorité peut venir nous parler pour nous expliquer ce qui se passe, ce qu’elle ressent, et on essaie de l’aider, de lui donner des conseils, ou bien de la faire parler au groupe, si on n’arrive pas à la faire se sentir mieux.

– C’est nouveau?

– Oui, on lance le comité. Le Ministère de la Justice nous soutient, ce qui nous donne une bonne crédibilité. Tu sais, parfois c’est très dur d’être seule face aux autres, face au groupe.

– Il me semble que cela s’appelle le tokénisme, non?

– Mais ma fille, tu en sais des choses….

– Oui, tu crois qu’on fait quoi à l’uni en fac de droit?

– Je suis ravie que tu étudies ce genre de problématique. Mais dis-moi, tu en fais une tête, qu’est-ce qui se passe?

– C’est toi

– Comment c’est moi.

– Oui, tu veux que je me marie, et moi je ne veux pas.

– Mais ma chérie, je veux que tu te maries parce que je pense que c’est le bon moment, tu t’entends super bien avec Nam, vous vous connaissez depuis toujours, alors pourquoi attendre? En plus, tu vas bientôt finir tes études, donc tu pourrais profiter de cette année pour vivre pleinement ta grossesse, et quand bébé sera là, tu pourras tranquillement, après ton arrêt d’une année, trouver un super poste qui te tente et dans lequel tu pourras t’épanouir.

– Je peux aussi attendre de commencer ma carrière et avoir mon bébé quand je serai plus installée dans ma vie professionnelle, non?

– Oui, mais quand tu seras lancée, tu seras prise par ton job, tes responsabilités, et on comptera sur toi. Si tu commences et que tu t’arrêtes après deux ans pendant une année, tu risques de ne plus avoir ta place à ton retour. Les temps sont très durs, et la concurrence est féroce. Et tu auras presque tout perdu de ce que tu auras fait avant la naissance de bébé.

– Ok, mais alors pourquoi me marier? Je peux très bien avoir un bébé et ne pas me marier, ce n’est pas interdit.

– Oui, mais c’est quand même mieux d’être deux, crois-moi. Un enfant demande beaucoup de temps, de soin, d’énergie. Si le bébé a deux parentes, il a un meilleur équilibre, cela a été prouvé.

– Oui, mais je ne vois pas où est le mariage là-dedans. Je peux vivre avec Nam, faire un bébé et ne pas me marier, je ne vois pas le problème !

– Sauf qui si Nam rencontre quelqu’un d’autre, tu restes seule, et c’est très difficile, crois-moi, de trouver une compagne si tu as déjà un bébé. Cela peut arriver, mais en général, c’est plus classique disons de commencer une nouvelle vie ensemble. Et en plus, Nam pourrait aussi avoir un bébé en même temps !

– C’est ce que je lui ai dit mais elle ne sait pas. Il lui reste deux ans à la fac, et elle n’y a pas encore pensé. En revanche, elle m’a juré que c’était avec moi qu’elle veut vivre. Donc tu vois, on peut vivre ensemble, et moi avoir un bébé, simple !

– Oui, sauf que si elle veut, elle peut partir quand elle veut, et faire un bébé avec quelqu’un d’autre, et toi, tu restes toute seule.

– Je ne suis pas toute seule, tu es là, et Swan aussi.

– Oui, c’est vrai mon bébé d’amour. Ecoute, on en reparle demain? C’est un sujet capital et je crois qu’il est vraiment très très tard, temps d’aller faire un gros dodo. D’accord?

– Oui mman. Bonne nuit, à demain.

– Eh, Jo, je t’aime, n’oublie pas, rien n’est définitif et on peut parler de tout, d’accord?

– D’accord, à demain.

Jo quitta la pièce et monta les escaliers pour aller se coucher. Kim regarda Swan:

– C’est difficile

– Normal, toi aussi tu as eu ce genre de réflexions.

– Oui, mais je me suis mariée avec toi, ce qui ne me semblait pas à remettre en cause.

– Et moi, je n’ai pas eu d’enfant. Tu vois, si nous avions été ensemble sans être mariées, tu aurais pu me quitter, et rencontrer quelqu’un avec qui tu aurais pu partager cette expérience.

– Tais-toi, même libre, je serais restée avec toi. Ce n’est pas parce que tu ne pouvais pas avoir de bébé que j’allais te quitter !

– Mais regarde, Jo ne me considère jamais vraiment comme faisant partie de la famille, peut-être aussi qu’elle m’en veut parce qu’elle n’a donc jamais eu de sœur, elle était toute seule tout le temps.

– Mais non, justement, elle a eu Nam, très vite, on s’est trouvée avec saman, tu te souviens d’ailleurs? Au cours prénatal, elle était venue seule et moi aussi, on s’est trouvées là. Et toi, quelle crise de jalousie quand je suis rentrée !

– Oui, tu dois me comprendre, j’avais sans doute très peur que tu me quittes. Et en plus, je réalisais que jamais je ne pourrais connaître cette expérience de la grossesse et des joies qui vont avec. Mais c’est vrai qu’en fait, pour Jo en tout cas, ça a été une magnifique rencontre avec Lis qui venait d’avoir Nam.

– Lis était comme une sœur, j’espère que tu n’es plus jalouse, cela fait vingt ans maintenant !

– Non, je sais bien, allez, je vais me coucher.

Swan se leva, sourit, se dirigea vers Kim et l’enlaça gentiment autour de la taille. Elle lui glissa un baiser dans le cou, chuchota: «tu es super, ne t’inquiète pas, on reparlera avec Jo» et monta les

marches. Kim resta assiste sur le canapé un moment en silence, puis reprit la télécommande et rejoignit le groupe du comité de l’association de la protection des minorités. En un clic, toutes les femmes retrouvèrent leur place sur les canapés et accueillirent Kim avec des sourires.

Jo, dans sa chambre, constata que le désordre était toujours aussi visible. Elle n’arrivait pas à ranger, saman le lui disait tout le temps, Swan essayait gentiment de lui montrer les avantages d’avoir un fauteuil libre plutôt qu’une montagne de vêtements, elle n’y arrivait pas. Son bureau était à l’identique : une foule de paperasses, des tasses vides, des cuillers, des verres… saman avait demandé au ménager de ne plus venir dans sa chambre pour qu’elle soit tellement dégoûtée du désordre qu’elle finisse par ranger, mais Jo n’y arrivait pas. Elle écarta quelques papiers et posa sa tasse de thé en équilibre. Elle chercha des cotons, du démaquillant, se frotta les yeux pour enlever le noir qu’elle adorait y accrocher et lorgna sur son ordinateur. «J’allume, j’allume pas?». Elle hésitait quand son téléphone portable lui signala un appel. Elle regarda l’image, c’était Julia, une copine de fac. Jo accepta l’appel et l’image s’agita, Julia lui souriait.

– Merci Jo de me répondre, c’est super tard je sais, mais c’est un drame.

– Salut Julia, quel drame? Tu as encore oublié un truc à l’uni?

– Oui, et non. En fait, j’avais oublié un dossier.

– Tu avais, ça veut dire que tu l’as retrouvé ?

– Oui, je l’ai retrouvé, mais parce que je viens d’y retourner !

– C’est pas un peu tard pour aller à la fac chercher un dossier, tu n’aurais pas pu attendre demain ?

– Oui, mais tu me connais, je n’en aurais pas dormi de la nuit.

– Ok, mais tu m’appelles à minuit ou presque pour me dire que tu as retrouvé ton dossier, Julia, je t’adore, mais c’est tard…

– Attends, je ne te dérange pas pour un dossier que j’ai retrouvé, mais parce que quand je suis allée à la fac, j’y ai entendu quelque chose.

– Ah oui? Quoi? Il y avait une autre nana qui avait oublié son dossier ?

– Non.

– Son rouge à lèvre peut-être ?

– Arrête, t’est bête, moi je n’irais pas pour mon rouge à lèvre en tout cas.

– Julia, abrège, s’il te plait, je suis fatiguée, j’ai eu une longue soirée, et j’ai une folle envie d’aller dormir.

– Ecoute, j’ai entendu la fin du Conseil.

– La fin du Conseil ?

– Oui, il était presque terminé, mais les membres étaient dans le couloir quand je suis passée et j’ai entendu des choses

– Julia, je vais te tuer, tu as entendu quoi ?

– Tu aimerais bien le savoir ?

– Oui ma belle, tu me fais mourir, qu’a dit le Conseil ?

– La Présidente était en train de parler de toi.

– De moi ?

– Oui, et de ton projet.

– Génial, et elle en disait quoi? Dis-moi Julia, arrête de me faire languir !- Oui, et bien, dors bien, je te dirai demain

– Ah non, Julia tu ne peux pas faire ça

– Si si si si, je vous embrasse, le Conseil, ton projet et toi. Bizz.

Julia lui envoya un énorme baiser et le téléphone s’éteignit.

«Zut alors, quelle garce, je ne vais pas en dormir. Le Conseil parlait de mon projet, c’est super mais je ne rappelle pas Julia, elle attendra. Elle me fait attendre, je lui rends la pareille.»

Jo termina son thé, se coucha, éteignit la lumière et s’endormit très vite en pensant à son projet.

– Jo ? …

– …

– Jo ? …

– …

– Jo, cela fait trois fois que je t’appelle, tu ne peux pas répondre?

– Excuse-moi mman, répondit Jo en baissant la musique, je ne t’ai pas entendue

– Tu n’entends jamais quand on a besoin de toi. Georges est en bas, il t’attend

– J’arrive, j’arrive.

Jo ferma son sac, regarda saman qui regardait la pile de vêtements en tas sur sa chaise, soupira et, s’approchant de Kim, lui lança un bisou sur la joue et descendit en courant les escaliers.

– Jo, on se voit ce soir ?

– Oui, mman, si tu es là, je n’ai rien de spécial, il faut que je bosse, demain j’ai un test super super important

– Ok, alors à ce soir, bonne journée, je t’aime.

– Moi aussi, mman, je t’aime.

Jo ferma la porte de la maison après avoir fait un bisou à Swan qui prenait son café dans la cuisine en regardant les nouvelles. Georges l’attendait dans la voiture, en face de la maison.

– Bonjour Georges, vous allez bien aujourd’hui ?

– Oui, Miss Jo, merci, très bien, et vous ?

– Super Georges, merci.

C’était son petit rituel à elle, chaque matin, de demander à Georges comment il allait. Beaucoup de ses amies n’adressaient pas la parole à leurs employés de maison, mais Kim avait toujours insisté pour que Jo soit polie, même avec le chauffeur. «La politesse est d’abord un respect de soi» disait-elle. Et Jo pensait qu’elle avait tout à fait raison. Georges était avec elles depuis des années. Combien au fait? Mman avait toujours dit que Georges était là quand Jo était née, c’était lui qui avait emmené Kim à la clinique et l’avait attendue toute la durée de l’accouchement. Et Georges avait aussi ramené Kim et son bébé à la maison, avec Swan, évidemment, Jo ne s’en souvenait pas, mais Kim le lui avait raconté. Jo avait été le plus beau bébé du monde. Elle regarda la nuque de Georges. Quel âge pouvait-il avoir? Si elle allait bientôt avoir vingt ans, et qu’il avait disons 18 ans

quand il avait rejoint Kim, il devait avoir son permis de conduire, puisqu’il était leur chauffeur ! Donc il devait avoir 38 ans au moins. Jo se perdait dans ses pensées, elle se disait qu’en fait elle ne savait rien de Georges, si ce n’est qu’il travaillait pour Kim et Swan depuis vingt ans. Une vie ! Georges était formidable, car, contrairement à beaucoup de ses amies qui avaient aussi un jardinier, un cuisinier ou un ménager et un linger, Georges faisait tout. Kim avait dit qu’elle et Swan pouvaient aussi faire des choses dans la maison et qu’un seul employé suffisait. Julia par exemple, avait un chauffeur, un linger et ménager, et un cuisinier qui faisait aussi jardinier. Trois employés de maison. Julia ne savait même pas le nom de ces gens. La voiture s’arrêta, et Nam ouvrit la porte en souriant: – Coucou, tu vas bien? Elle s’engouffra dans la voiture et embrassa Jo sur les joues, trois fois, comme il se devait dans leur société.

– T’as bien dormi ? Moi je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.

– Pourquoi ?

– Ne me dis pas que tu ne te souviens pas de notre conversation d’hier soir ?

– Ah oui, c’est vrai. Alors tu as réfléchi? En fait, après toi il y a aussi Julia qui m’a appelée, et tu sais pourquoi ?

– Non.

– Elle avait oublié un dossier à l’uni, et il semble qu’elle soit arrivée à la fin du Conseil et que dans le couloir, la Présidente était en train de parler de mon projet.

– Super, et elle a dit quoi ?

– Julia n’a pas voulu me le dire, elle m’a dit qu’elle me raconterait tout aujourd’hui. Et toi, tu as réfléchi ?

– Ecoute Jo, ce n’est pas un truc auquel on pense pendant la nuit et au matin, comme ça, on se réveille et on est pour ou contre ! Ce n’est pas du blanc ou noir, c’est un sujet à mûrir, à laisser maturer…

– Ok, j’accepte, et je vais faire des efforts de patience, j’attendrai, j’attendrai et j’attendrai.

Les jeunes filles se taisaient en regardant par la fenêtre.

– Mais, reprit Jo, j’attendrai disons jusqu’à demain, ça va ?

Elles éclatèrent de rire, et Nam lui embrassa le dos de la main amoureusement.

– Si tu savais à quel point je tiens à toi ! La question est de savoir si toi tu as réfléchi ?

– Moi, réfléchir? Toujours, malheureusement, tu sais bien.

– Alors ?

– Alors quoi ? Mon projet ? La nouvelle association de maman ? Georges dont je ne connais rien ?

– Non, non, le mariage. Es-tu d’accord de te marier avec moi ?

– Eh, mais il me semble que c’était à toi de réfléchir si tu voulais vivre avec moi et faire un bébé, tu retournes la causalité…

La radio diffusait les nouvelles, et Jo tendit l’oreille quand elle entendit le mot «viol»

– Tu as entendu ? A la radio, ils ont parlé d’un viol.

– Non, j’étais plongée dans un sujet un peu plus personnel, vois-tu, mon mariage

– Oui, oui, c’est hyper important, mais il y a eu un viol? J’aimerais bien savoir.

Jo appuya sur la touche qui permettait de communiquer avec le chauffeur et demanda :

– Georges, vous avez entendu? Aux nouvelles, ils ont dit qu’il y avait eu un viol.

– Non, Miss, je n’ai rien entendu, je suis désolé.

Bien sûr pensa Jo, il a entendu mais ne veut pas répondre, comme d’habitude. Il pense qu’il n’a pas le droit de m’adresser la parole. C’est vrai qu’il y a eu tant de plaintes déposées contre des chauffeurs qui se sont permis des remarques ou des commentaires, que si on leur fait payer des amendes salées, je comprends qu’ils ne veuillent plus rien dire. C’est vraiment trop bête. Mais compréhensible. Nam la tira de ses réflexions:

– Jo, tu sais ce que j’ai fait hier quand on s’est quittées ?

– Non, tu as dormi, tu étais crevée ! Ou bien tu as repensé à ma magnifique proposition, dont l’échéance est proche et que tu as tout intérêt à accepter avec enthousiasme.

Elle s’arrêta pour éclater de rire.

– Je ne sais pas, tu as lu un nouveau bouquin ?

– Non, je me suis achetée des fringues, je suis allée sur le site de Mour, il y a des tas de nouveautés. J’ai essayé une quantité incroyable de robes et de jupes, tu sais, c’est un nouveau logiciel qui t’habille. C’est juste génial.

– Logiciel, moi j’aime mieux acheter quand je suis sur place, dans le magasin

– Oui mais tu payes nettement plus cher, il faut y aller, tu perds du temps, tu dois essayer en vrai, te mettre en sous-vêtements puis essayer, puis la taille ne va pas, il fait chaud, c’est crevant. Non, c’est bien mieux de le faire depuis ta chambre, je mets la lumière que j’aime, je peux choisir la musique dans leur programme, je m’installe dans un fauteuil, face à l’écran, et en cliquant je me vois dans une robe rose, ou bien une jupe bleue, je peux l’allonger, changer la couleur ajouter le haut que je veux, ou un autre, et tout ça depuis ma chambre, devant le miroir.

– Oui, ce que tu ne me dis pas, c’est que tu as pris une heure à enregistrer tes mensurations pour que le programme calcule juste.

– Pas du tout, cela se fait en réel, devant l’écran, l’ordi calcule ta taille et te projettes avec les habits que tu choisis. Le seul truc, il faut un grand miroir, la projection ne marche pas bien devant un mur.

– Tentant, mais moi j’aime mieux choisir quand je me promène dans une rue sympa, après un super déjeuner au champagne, m’arrêter dans une boutique, demander à la vendeuse de me montrer certains articles de mon choix, toucher les matières, faire quelques jeux de mots avec elle, essayer et…

– Et quoi ?

– Et te demander ton avis, patate. Comment pourrais-je acheter un vêtement sans toi ? C’est une «shopping expérience», avant, me réjouir, pendant, choisir, et après, me souvenir. Il y a trois niveaux de plaisir, et en plus, je les partage avec toi.

– …

– Tu n’es pas d’accord ? Tu te souviens la dernière fois que nous sommes parties les deux ? Mman et Swan nous avaient prêté leur loft au bord de la mer, et on a fait quoi, princesse ?

– Du shopping…

– Pas seulement du shopping, mais du plaisir. On a une double voire une triple expérience et on utilise beaucoup plus de nos sens: la vision, le toucher, l’odeur, car les tissus sentent, et l’atmosphère du magasin a aussi une odeur, le sens du temps, l’excitation de ce qu’on prend et qu’on va essayer. Enfin, plein de choses. D’ailleurs, je me réjouis de repartir en week-end avec toi. Cela te tente ?

– Toujours, surtout si on se marie.

– Dis, tu ne vas pas me ramener tous les trois mots qu’on doit se marier ! Je te propose un accord, on n’en parle plus jusqu’à la date qui te convient.

– Mon anniversaire ?

– Oui, c’est une bonne idée, jusqu’à ton anniversaire. Tu vas faire une fête ?

– Oui bien sûr, je ne sais pas encore où. J’aimerais bien aller au «Cercle Rouge», mais c’est un peu cher, je vais voir ce que maman me dira. Et aussi Cat. Elle est pénible des fois, elle pense toujours que tout est normal pour sa fille, mais pour moi, il faut tout négocier âprement. On est sœurs pourtant ! La loi est claire, on a les mêmes droits puisque nos mères sont mariées.

– Tu la détestes tant que ça ?

– Qui, Cat ? Non pas tant, c’est Luce qui me tape sur les nerfs. Elle fait tout comme moi, j’achète un pull noir, elle achète un pull noir, si possible le même. Je veux m’inscrire à des cours de gym, elle veut s’inscrire aux mêmes cours de gym, du coup, je n’ai plus envie d’y aller, et donc n’y vais pas et me prive. C’est vraiment horripilant d’être toujours copiée comme ça.

– Mieux vaut être copiée que celle qui copie ! Et tu sais, Luce, elle est plus jeune que toi.

– Oui, d’un an à peine

– Quand même, une année, quand on a 20 ans, cela fait une différence. Et puis, tu es son rôle modèle, elle t’admire et aimerait tout faire comme toi. Plutôt flatteur je trouve !

– Oui, facile pour toi de dire ça, tu es fille unique, tu n’as pas besoin de partager avec une autre. Tu es le chouchou et de taman et de Swan, que demande le peuple ?

– Du pain et des jeux. Je ne me plains pas moi, mais parfois, j’aimerais bien avoir une sœur pour discuter le soir, raconter des bêtises, partager les fringues, aller au ciné ou faire une promenade.

– Tu as moi, c’est mieux qu’une sœur, je te le dis.

– Ne me refais pas le coup de ta jalousie ! J’ai beaucoup de chance de te connaître et de t’avoir avec moi.

– Et quand on sera mariées…

– Stop, je t’arrête, ce n’est pas ton anniversaire, tu ne dois pas me parler de mariage. D’ailleurs on arrive. Merci Georges, bonne journée.

– Bonne journée Miss Jo, bonne journée Miss Nam.

Nam ne daigna pas répondre au chauffeur, elle sortit, attendit Jo et, après lui avoir collé les trois bises de rigueur, elle se dirigea vers sa salle de cours. Jo resta dans le hall. Elle voulait voir Julia pour savoir ce qui s’était dit la veille au Conseil quand un groupe de copines qui parlait fort l’interpella. Elle se dirigea vers elles et entendit qu’elles discutaient de cette nouvelle de viol qu’elle avait entendue à la radio. Jo se permit d’interrompre les commentaires et demanda qu’on lui explique de quoi il s’agissait, n’ayant pas capté la nouvelle et Georges ayant préféré se taire. Une des filles avait l’air bien informée. Elle raconta que c’était une fille d’une autre fac, qui avait été agressée par son chauffeur, le soir, alors qu’il devait la ramener chez elle après une soirée dansante. Le chauffeur devait être saoul et il avait tenté d’abuser d’elle. Elle s’était débattue et comme elle commençait à crier très fort, des autres invitées de cette soirée s’étaient approchées de la voiture et le chauffeur avait cessé sa tentative. Toujours est-il que la jeune fille avait porté plainte et que le chauffeur risquait gros, très gros. Chacune y allait de son commentaire. La première sonnerie retentit, et les filles partirent en courant dans toutes les directions. Il était impossible d’arriver en

retard, car la porte restait fermée dès la deuxième sonnerie, pour des raisons de sécurité. Le Conseil de l’uni avait décidé de bloquer toutes les portes, dès la deuxième sonnerie suite à des attaques avec des armes qui avaient fait plusieurs mortes dans des facultés. Un fou était entré avec une mitraillette et avait tiré sur toutes les femmes, qu’elles soient profes ou étudiantes. Il avait fait très attention à ne pas blesser les ménagers qui étaient présents, et d’ailleurs beaucoup de filles avaient eu la vie sauve grâce à ces hommes qui s’étaient interposés. Il avait fallu un temps qui avait semblé une éternité avant que les forces de sécurité arrivent pour maîtriser le forcené. Il s’était retranché dans une classe avec des étudiantes, et il en tuait une à la fois, en tirant au sort. Les filles devenaient folles, ne sachant qui serait la suivante. Une survivante avait écrit un livre et raconté l’horreur. Quand les forces d’intervention étaient arrivées, le fou s’était suicidé, devant les filles qui hurlaient et pleuraient. Un cauchemar. Suite à cet affreux épisode, le Conseil avait décidé de blinder toutes les portes et de les bloquer au moment des cours. En conclusion, pensa Jo, si un fou se prenait l’envie de vouloir tirer sur toute une série de femmes, il ne trouverait que les rares retardataires qui attendaient à la caf ou dans les couloirs. Jo frissonna en pensant à ce que les filles qui n’avaient pas été éliminées avaient du ressentir. Et en passant la porte de son cours, elle pensa fugacement à ce fou, pourquoi ?

A la pause, Jo chercha Julia qui était en grande conversation avec d’autres nanas. Toutes ne parlaient que de ce viol, et racontaient des histoires de copines de copines qui avaient entendu, ou bien vu ou bien vécu un drame semblable. Jo pensa que finalement, elle ne savait rien de cette histoire, il lui faudrait écouter les nouvelles à la TV le soir. Quand elle demanda à Julia de s’écarter

du groupe pour lui raconter ce qu’elle avait entendu la veille dans les couloirs après la séance du Conseil, Julia lui proposa de venir prendre un café sur la terrasse du toit.

– Alors ? demanda Jo une fois installée sur une chaise sous un parasol, sirotant un cafélait.

– Tout d’abord, excuse-moi mais je n’ai pas tout entendu, mais ce que j’ai entendu est que le Conseil avait parlé de ton projet.

– Comment, dis-moi ce que tu as entendu ?

– La Présidente du Conseil s’adressait à une profe d’une autre fac, je ne la connais pas. Et elle lui disait que dans la fac de droit, il y avait une étudiante qui avait proposé quelque chose dans le genre, et que cette étudiante était brillante et pouvait certainement mener un tel projet à terme. La profe avait l’air super intéressée et hochait de la tête. Finalement, elle a demandé le nom de l’étudiante, et c’est la que j’ai réalisé qu’elles parlaient de toi ! La Présidente a dit «Jo Solen», alors tu penses, j’ai fait semblant de farfouiller dans mon sac pour rester là, l’air de rien.

– Et puis, quoi encore, elles ont dit autre chose ?

– Les autres membres du Conseil sont sorties de la pièce, et le sujet a dévié.

Toujours est-il qu’avant de se quitter, la profe a demandé à la Présidente si elle pouvait te contacter, et la Présidente a acquiescé, en souriant et en répondant que: «Jo serait certainement ravie de recevoir ton appel».

– Donc cette femme devrait me contacter, mais je n’ai encore rien entendu de sa part

– Attends ! Toi et ton impatience, tout le monde ne fonctionne pas à ta vitesse, relaxe, elles se sont vues hier soir, cette profe va t’appeler, laisse-lui 48 heures !

N’empêche, c’est vrai que ton projet est génial. Génial et délicat en fait. Si le Conseil accepte que tu le mènes à terme, c’est un grand signe de confiance de la part de l’uni.

– Oui, j’en suis tout à fait consciente. Mais c’est aussi vrai qu’on ne fête pas tous les jours un centenaire ! Imagine, il faudra attendre au moins quatre générations, voire cinq pour repasser un siècle. C’est un événement qui doit se fêter

– Oui, avec toi, tout est prétexte à faire la fête, alors c’est vrai que passer un siècle, c’est une bonne raison. Dis, il faut que j’y aille, j’aimerais voir ma profe avant le cours. J’ai bien récupéré mon dossier hier, mais il manque des pages, ça m’énerve.

– Tu as du les oublier quelque part, non ?

– Peut-être, j’ai plus l’impression qu’on me les a piquées, et ça, je déteste

– Allez, tu vas les retrouver, c’était quoi en fait ?

– Deux pages de résumé du cours de Me Aiko, et je peux te dire que résumer un cours de Me Aiko, c’est pas simple, j’y ai passé des heures, ça vaut de l’or. Allez, à plus.

– A plus.

Et Julia quitta la terrasse. Jo n’avait pas envie d’aller au cours suivant. La profe ne l’aimait pas et chaque fois il fallait subir les remarques désobligeantes. En fait, cette profe en voulait à saman, pour sûr, et Jo en faisait les frais. Admirant les arbres du parc, Jo étendit ses pieds sur la chaise que Julia avait laissée vide et plongea dans ses pensées. Son mariage. Pourquoi devait-elle se marier ? Et pourquoi ne voulait-elle pas se marier ? Peut-être par esprit de contradiction ? Toutes ses copines ne

rêvaient que de se marier, et elle, Jo, n’aimait pas faire les choses comme les autres.

Oui, mais elle restait bien dans le cadre quand même. Et se marier n’était pas une obligation légale, comme il n’était pas interdit de ne pas se marier. Swan et saman étaient mariées, bien que Swan n’aie pas pu avoir d’enfant. Elle avait essayé à plusieurs reprises, mais sans succès. Jo pensa qu’aujourd’hui la situation aurait sans doute été différente, les progrès en médecine étaient énormes. Elle se promit d’aller consulter les sites des cliniques de maternité pour choisir celle qui lui plaisait. Parce que quand même, elle voulait un bébé, et ça c’était important. Et elle l’aurait, avec ou sans Nam, définitivement.

Jo rêvassait quand elle se reprit à penser au viol dont toutes les filles parlaient. Un viol. Comment est-ce qu’un chauffeur pouvait violer une jeune fille ? Il savait bien qu’il risquait la peine de mort. Et si c’était un chauffeur, comment pouvait-il avoir des envies de femme puisqu’ils étaient tous homos. Etaient-ils tous homos ? Jo écarta cette question qui lui semblait loufoque, et revint au chauffeur. Elle savait que les hommes ne prenaient plus la pilule depuis que des implants efficaces d’hormones avaient pu être testés il y avait une dizaine d’année. Avant, les hommes prenaient une pilule chaque jour pour contenir leurs pulsions, ça devait être dingue, tous les jours penser à prendre une pilule ! La science médicale avait fait de grands progrès en inventant ces implants qu’on leur mettait dans le bras, au-dessus du coude. Ils duraient environ trois ans et étaient remplacés sous anesthésie locale. Une remarquable avancée. Les femmes étaient tranquilles avec n’importe quel homme, elles ne risquaient rien. Alors que s’était-il passé avec ce chauffeur ? S’il arrivait à prouver que son implant avait dysfonctionné, il pourrait s’en tirer et reporter la faute sur la société pharma. Mais aurait-il les moyens de se payer une bonne avocate quand une marque pharmaceutique avait des armées de

de juristes à disposition ? Et les meilleures ? Et viol, y avait-il eu viol ? L’article 246 du code disait très clairement que le viol était toute action entreprise dans un but sexuel sans l’accord de la femme. Jo pensa que c’était curieux de penser qu’on ne pouvait pas violer un homme mais seulement une femme. «Normal» pensa-t-elle, «une femme porte l’enfant, pas un homme. Donc il est tout à fait logique que le viol ne s’applique qu’aux femmes, victimes et aux hommes, coupables. Notre législateure fait bien les choses.»

Georges l’attendait comme chaque soir sur le parking prévu pour les chauffeurs. Il discutait avec un de ses collègues et semblait très agité. Jo le regarda un moment avant de s’approcher de la voiture. Georges, surpris, s’excusa vaguement et se précipita au volant, en lançant à l’autre qu’il trouvait cela franchement injuste. Une fois dans la voiture, comme Nam n’arrivait pas, Jo appuya sur le bouton qui permettait la communication avec le chauffeur et demanda à Georges si elle pouvait lui poser une question. Georges répondit que oui mais qu’il ne promettait pas une réponse.

– Georges, je vous ai entendu dire que cela était trop injuste, de quoi parliez-vous ?

– Je ne veux pas vous déranger avec cela Miss

– Vous ne me dérangez pas, Nam n’est pas là, je suis étudiante à la fac de droit, donc la justice devrait m’intéresser ! Et en général, je ne vous trouve pas en train de discuter avec d’autres chauffeurs quand j’arrive

– Miss, ne dites rien, je suis désolée, j’aurais dû vous attendre dans la voiture, veuillez m’excuser

– Mais non Georges, je ne vous excuse pas, je vous demande de me dire en quoi quelque chose est injuste.

– Je ne sais pas si je peux vous le dire, Miss.

– Georges ?

– Oui Miss.

– Ce matin, je pensais que cela fait vingt ans que vous me connaissez et que vous travaillez pour Swan et maman.

– Pour votre mère, Miss, c’est une femme formidable et je suis très content d’être à son service. Elle me traite bien et je la respecte énormément

– Ne changez pas de sujet, Georges, cela fait vingt ans que vous me trimballez partout. Je vais avoir vingt ans cette année et c’est la première fois que je me permets de vous demander quelque chose de personnel

– Oui Miss, mais je ne crois pas que je peux vous le dire.

– Pourquoi, vous n’avez pas confiance en moi ?

– Miss, la confiance est une chose, le danger en est une autre.

– C’est vraiment si grave que cela ?

– ….

– Vous avez entendu les nouvelles, Georges, ce matin, ce que je n’ai pas entendu à la radio est qu’il y a eu un viol.

– Une tentative, Miss, interrompit le chauffeur.

– Une tentative ? Qu’en savez-vous ? Il parait que c’était à la fin d’une soirée et le chauffeur avait bu.

– Oui, Miss, c’est ce que la famille de la jeune fille dit.

La portière s’ouvrit en grand, et Nam se jeta dans la voiture.

– Je suis navrée d’être en retard, mais ma profe voulait me voir pour le sujet de ma prochaine dissert. J’avais proposé «le respect des lois dans une situation de catastrophe naturelle» mais elle est revenue sur cette histoire d’attaque à main armée de l’uni, tu sais, il y a 7 ans.

– C’était il y a 7 ans déjà ?

– Oui, alors elle me propose de choisir le thème du «respect des lois dans le cas d’une attaque atteignant l’intégrité corporelle et institutionnelle». Elle me suggère le cas de notre uni et d’une autre qui a subi la même attaque trois fois de suite avant de prendre des dispositions.

Georges avait démarré le moteur, et roulait en direction de la maison de Nam.

– C’est dingue, trois attaques avant de bouger ? J’aurais été une mère, je leur aurais fait un procès du tonnerre. Attendre d’avoir plusieurs mortes, c’est monstrueux.

– Oui, c’est pour ça que la profe veut que je fasse mon travail sur cette histoire. Notre uni semble une uni pilote, modèle, n’empêche que c’est intéressant de savoir pourquoi l’autre n’a rien fait ? Manquait-elle de moyens ? Leur Conseil était-il trop faible pour imposer ce choix de sécurité ? Les autorités de la ville ont-elles refusé ? Si oui, pourquoi ? Tu vois, il y a plein de questions auxquelles il faut répondre. Je crois qu’elle a raison, ce thème est excellent.

– Tu as entendu du nouveau au sujet du viol ?

– Oui, tout le monde en parle. C’est dingue. Comment se fait-il qu’avec un implant il ait tenté de l’agresser ? Cela semble incroyable.

– Peut-être que son implant fonctionne mal ?

– Tu te rends compte si c’est ça ? La boîte pharma peut fermer, le risque est trop énorme ! On verra si les hommes qui ont leur implant dans le bras sont rappelés. Je vais regarder les nouvelles ce soir

pour en savoir plus.

– Moi aussi. Cela ne m’arrange pas car j’ai un test demain et il faut que je bosse ! Je ne suis pas prête !

– Oui, mais toi, même pas prête tu t’en sors toujours, ton intelligence est surprenante

– La connaissance est souffrance, et l’intelligence est solitude…

– La connaissance, je ne sais pas, mais la solitude ? Qui c’est qui ne veut pas se marier ?

– Toi, tu trahis tes promesses, ce n’est pas encore ton anniversaire !

Une fois que Nam eut quitté la voiture, Jo reprit son interrogatoire et reposa la question à Georges:

– Alors, pourquoi injuste ? Que savez-vous sur cette histoire de viol ?

– Miss, n’insistez pas, je ne veux pas me mettre, pardon, vous mettre dans une situation embarrassante.

– Georges, non seulement j’insiste, mais si vous ne me dites pas, je demanderai à mman d’écrire un rapport de désobéissance. Vous savez ce qu’il en coûte…

– Vous ne feriez pas ça, ou même si vous le faisiez, Mame Kim ne l’enverrait pas, j’en suis certain.

– Georges, je suis extrêmement sérieuse. Pourquoi disiez-vous que c’était la famille qui disait que le chauffeur était ivre ?

– Ok, Miss, je vais vous dire. Je connais le chauffeur. Il est comme moi, il travaille depuis toujours pour cette famille. Il connaît la jeune fille, elle est un peu, comment dirais-je, gâtée? Saman lui avait offert un escort boy pour ses 18 ans, ce qui est tôt, si je peux me permettre, trop tôt. Et depuis, cette jeune fille harcelait mon ami, son chauffeur. Lui était terrorisé, il me l’avait dit. Il ne savait pas comment réagir. Il ne pouvait rien dire à la jeune fille, elle le menaçait. Et en même temps, elle le

courtisait. Lui promettait des tas de choses s’il l’embrassait par exemple. Je ne sais pas si j’ose, mais elle lui a offert plusieurs soirées dans des clubs, des spas. Il ne pouvait pas refuser

– Pourquoi n’a-t-il pas parlé à la mère de la jeune fille ?

– Il a essayé, avec des mots très faibles, pour voir la réaction. Je vous l’ai dit Miss, cette jeune fille est très gâtée, et saman ne veut pas se poser les bonnes questions sans doute. Enfin, je n’en sais rien, mais je compare avec vous et Mame Kim. Vous vous parlez beaucoup, vous faites des activités ensemble. Cette jeune fille ne faisait rien avec saman. C’est mon ami le chauffeur qui me l’a raconté. Cette jeune fille avait beaucoup d’argent de poche, et elle emmenait mon ami pour le shopping, presque tous les jours. Et lui se sentait de plus en plus mal.

– Il aurait pu partir, chercher un nouveau poste ?

– En expliquant quoi, comment ! «Oui, madame, je cherche un emploi car la fille de la famille pour laquelle je travaille me harcèle tout le temps». Qui aurait voulu l’engager ? Et en plus, la mère ne lui aurait pas fait de bonnes qualifications. Et qu’aurait-il pu lui donner comme raison ?

– N’empêche, alors pourquoi l’a-t-il violée. Il a bu pour oublier et il a voulu se venger ?

– Non, Miss, c’est pire

– Pire ?

– Oui, ce n’est pas lui qui était saoul, mais elle.

– Elle, la fille ?

– Oui, quand elle sortait à ses soirées, elle finissait très tard, et buvait trop. Il me l’avait raconté plusieurs fois. Et en plus, elle ne voulait pas qu’il rentre et revienne la chercher, il devait attendre devant l’immeuble, au volant de la voiture. Et il ne savait jamais quand elle allait arriver. Il dormait

parfois au volant, ou bien il lisait.

– Et alors ?

– Elle revenait très souvent saoule, en riant, et elle l’embrassait. Je vous l’ai dit, la mère lui avait offert un escort boy pour ses 18 ans, et depuis elle avait développé une sorte de manque, je ne sais pas.

– Et elle l’embrassait ? Jo sentit un dégout lui monter aux lèvres. «Embrasser un homme, et en plus, le chauffeur ! Quelle horreur».

– Continuez Georges.

– Miss, je vous parle trop, je sens bien que cela va m’attirer des ennuis, vous en savez assez.

– Vous plaisantez, je ne sais rien, vous avez juste commencé à m’expliquer.

Reprenons, donc ce fameux soir, elle est revenue complètement bourrée.

– Oui, complètement ivre. En entrant dans la voiture, elle s’est jetée sur lui, elle commençait à le déshabiller, il ne pouvait plus remonter la vitre de protection, elle lui disait des mots terribles. Et il se sentait mal, il avait peur, et elle riait. Alors il a pris son courage à deux mains, il lui a dit qu’elle ne pouvait pas le forcer et que si elle continuait, il allait partir, quitter la famille. Elle riait, en disant que s’il faisait ça, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le détruire et pour qu’il ne trouve plus jamais une place convenable. Elle lui a aussi dit qu’elle avait des photos des soirs ou il était allé dans les spas, à ses frais, qu’elle dirait qu’il lui avait volé cet argent pour se payer des soirées grand luxe. Il m’a dit, Miss, vous ne pouvez pas imaginer. Il ne savait pas quoi faire. Il a essayé de la raisonner, de lui dire qu’il valait mieux rentrer. Il a aussi essayé de gagner du temps, de lui dire qu’ils seraient mieux à la maison. Rien, elle ne voulait rien entendre, elle a commencé à enlever ses

bas. Il a essayé de l’en empêcher, et finalement…

– Finalement quoi, il s’est laissé convaincre ? Il a cédé ?

– Non, finalement, il a eu tellement peur, il savait bien qu’il risquait la peine de mort s’il la touchait, et en plus, avec l’implant, il n’avait aucun désir pour cette jeune femme. C’est bien le but des implants Miss, vous comprenez.

– Oui, je comprends.

– Alors finalement, il s’est dit qu’il n’avait qu’une seule chance de s’en tirer, c’était de partir très vite en courant. Tant pis, il perdrait son job, mais au moins, il serait sauf

– Et c’est ce qu’il a fait ?

– Oui, c’est ce qu’il a fait et n’aurait jamais du faire. Il s’est enfui.

– Alors, je ne vois pas le problème, il n’y a pas eu de viol ?

– Oui, c’est là tout le problème. La jeune fille, voyant que le chauffeur s’enfuyait, s’est arraché le chemisier, et s’est mise à hurler «au viol, au viol». Et comme la voiture était parquée devant l’immeuble où il y avait la fête, il y avait forcément des jeunes filles qui passaient devant. Et la première s’est mise à crier, et la seconde a appelé des secours. La police est arrivée dans les trois minutes, et ils sont partis en courant pour rattraper mon ami. Il n’était pas très loin, il reprenait ses esprits, en se demandant ce qui lui arrivait, lui qui avait été un très bon employé pendant toutes ses années.

– Et la police l’a arrêté ?

– Oui, il ne comprenait pas, puisqu’il n’avait rien fait. Il répétait que c’était une erreur, qu’il ne l’avait pas touchée, jusqu’au moment ou le policier lui a demandé de se taire, car ses propos l’accusaient.

Georges se tut. Il conduisait en se concentrant très fortement sur la route devant lui. Bientôt, ils arrivèrent à la maison. Jo était pensive.

– Et vous savez qu’il a le droit d’avoir une avocate, c’est la loi, article 43 du code de procédure pénale

– Oui, mais comment la financer ? Et en face de lui il a une famille très respectable. C’est la parole de la jeune fille contre la sienne. Et il vaut quoi, lui, il n’est qu’un chauffeur ! Moi je le connais car on habite dans le même… immeuble, on se croise très souvent. Et je crois que c’est un bon type, je ne l’imagine pas du tout mentir. Il est loyal et correct. D’ailleurs il n’a jamais eu à faire avec la police. Mais maintenant, à cause de cette jeune fille dépravée, il risque sa vie.

Jo ouvrit la portière.

– Au revoir Georges, on se voit demain.

– Au revoir, Miss Jo. Vous me promettez de ne rien dire? J’ai obéi à vos ordres pour ne pas recevoir un blâme…

– Oui, j’ai abusé de mon pouvoir pour vous faire parler. Je suis désolée, mais sinon vous n’auriez rien raconté. A demain, je ne dirai rien, promis. Jo ferma la portière, et entra dans la maison.

– Bonjour Jo, tu vas bien ? Swan était à la cuisine en train de préparer des pâtes aux haricots.

– Regarde les haricots, ils sont magnifiques.

– Magnifiques ? Ce sont des haricots.

– Oui, mais vert sapin, avec un léger duvet, une tige d’un côté, longs et fins, recourbés comme une nouvelle lune, bref, un miracle de la nature.

– Oui, un miracle, surtout parce qu’ils viennent de ton jardin, que tu as cultivé avec s petites mains,

avec ton engrais et de l’eau de pluie tous les jours. Jo riait

– Et avec tout mon amour. Ce sont des haricots d’amour.

– Et bien Swan, je me réjouis de manger des haricots, pardon, tes haricots d’amour. Et Jo quitta la cuisine pour aller dans sa chambre. Elle était en train de monter les escaliers quand son téléphone portable vibra. Elle le prit dans sa main, et ne reconnaissant pas la tête qui lui souriait, ne répondit pas. Jo avait comme principe de ne jamais répondre aux appels inconnus. C’étaient des spams et ça la hérissait d’être dérangée pour des futilités. Elle renouvelait régulièrement son abonnement anti-spams, mais chaque semaine, elle avait au moins deux appels non désirés. Elle regarda l’image de la femme blonde qui lui souriait. Certainement encore une image de synthèse, pensa-t-elle. On vous montre une jolie femme blonde et en fait, vous parlez à un horrible dragon vieux et poilu, édenté, avec des oreilles rouges et des grandes dents… elle sourit et reprit l’ascension vers sa chambre. Arrivée sur le seuil, elle jeta son sac par terre, enleva sa veste, ses chaussettes, et reprit son téléphone. L’inconnue aux oreilles rouges et aux grandes dents lui avait laissé un message. Jo choisit de l’écouter plutôt que de le lire, et pressa sur la touche prévue sur le côté:

«Bonjour Jo, je suis Mary Mady, Professeure à la fac de sociologie. C’est la Présidente du Conseil de l’université qui m’a conseillée de vous appeler. Je ne voudrais pas vous expliquer la raison de mon appel à un téléphone. Pourriez-vous me rappeler demain à votre meilleure convenance ? Vous pouvez le faire en-dehors des heures de l’uni, il n’y a aucun problème. Merci et bonne soirée.»

Jo cria de joie. «C’est la profe dont Julia m’a parlé `c’est pour mon projet, c’est trop génial !»

Elle se regarda dans la glace, se sourit, se trouva très super et descendit pour aider aux préparatifs des haricots princesses.

Kim arriva assez tard, le repas était prêt et Jo était repartie dans sa chambre pour travailler son test du lendemain. Elle dégagea quelques objets qui encombraient son bureau, installa le clavier de façon à y avoir accès, sur quelques papiers et livres ouverts qui traînaient là, sortit des stylos et une plaque. Elle prit celle du droit des affaires, et commença sa lecture. Son stylo lui permettait de souligner les passages qui lui semblaient importants, éliminant par la suite ceux qui ne servaient qu’à justifier l’idée principale. Le texte se déroulait sur la plaque au fur et à mesure de sa lecture. Sur son ordi, elle voyait les textes qu’elle avait surlignés qui apparaissaient, formant un résumé relativement concis. Elle essayait de ne pas avoir plus de deux pages de résumé pour tous les sujets qu’elle devait retenir, ainsi elle pouvait l’imprimer recto verso sur une seule feuille de papier qu’elle emportait avec elle. Pour réviser, c’était impeccable, il lui était même arrivé de relire ses notes aux toilettes! Saman arriva alors qu’elle n’avait pas encore fini, et Jo descendit pour manger. Elle embrassa Kim qui avait l’air crevée.

– Mman, tu travailles trop.

– Oui, je sais, alors j’ai besoin d’un bon verre de vin et d’une chouette compagnie. Cela tombe bien, vous êtes là toutes les deux.

Swan lui servit un verre de vin rouge, sombre et opaque.

– Il fait de très belles cuisses sur le verre, il est chambré, lourd, 14 degrés, comme tu l’aimes.

– Merci Swan, Jo tu prends un verre ?

– Non mman, je suis en train de bosser pour mon test de demain, et je préfère avoir les idées claires. – Ok, ne travaille pas trop…

Kim sourit, et Jo comprit bien le sous-entendu.

– C’est de famille, tu ne savais pas? Chez les Solen, on travaille trop, et tu sais pourquoi? Parce qu’on aime ça, non pas qu’on aime, on adore !

Quand Jo eut fini de travailler son cours, elle avait exactement deux pages de notes, elle imprima une seule feuille de papier, recto verso et regarda l’heure. Il était encore tôt, et elle hésitait à commencer autre chose. Elle descendit et trouva Kim et Swan en train de finir de ranger la cuisine. Il restait du vin.

– Swan a gardé exprès un verre de vin pour toi, ma belle. Tu le veux maintenant que tu as fini ?

– Oui, merci.

– Tu fais quoi ? Tu veux qu’on regarde un film ensemble ?

– Non, merci. Dis, tu as entendu cette histoire de viol.

– Oui, bien sur. C’est triste pour ce garçon, il risque vraiment gros.

– Et c’est surtout horrible pour cette fille, ajouta Swan. Elle a failli être violée, tu ne peux pas imaginer ce que cela veut dire ! Qu’une personne, un homme, te force physiquement à te laisser pénétrer, à te laisser envahir, et te fasse mal en plus. Le viol est l’atteinte la plus grave avant le meurtre, et c’est très bien que la législateure l’ait qualifié comme ça. Imagine, la femme, sans défense, meurtrie, blessée, salie dans son corps, dans son amour propre, dans sa dignité. Il faut un temps fou, et encore cela ne réussit pas toujours, pour digérer et passer outre un tel acte.

– Oui, c’est horrible. C’est bien pour ça que les hommes ont des implants dans le bras, c’est pour retenir leurs pulsions sexuelles.

Kim était silencieuse. Elle finit son verre et décréta:

– Il est tard, c’est un sujet pénible, je vous propose d’aller se coucher. Bisoux ma fille, à demain.

– A demain mman, à demain Swan.

Jo les embrassa toutes les deux et remonta dans sa chambre. Elle s’assit sur son lit et réalisa qu’elle n’avait pas dit à Kim qu’une profe voulait la voir pour son projet.

Georges l’attendait devant la porte.

– Bonjour Georges, dit Jo.

– Bonjour Miss Jo.

– Vous allez bien ?

– Très bien Miss, et vous ?

– Oui très bien, merci.

Jo s’assit dans la voiture. Elle sortit sa feuille et commença à relire ses notes. Au fur et à mesure qu’elle suivait les mots, elle voyait, comme s’ils étaient écrits dans sa tête, les paragraphes complets s’inscrire. Le titre appelait le texte. Quand Nam entra dans la voiture, Jo avait terminé. Elle reçut les trois bises consacrées et regarda Nam.

– Tu n’as pas l’air bien en forme ce matin.

– Oui, maman et Cat se sont disputées encore une fois.

– C’est pénible, mais tu ne devrais pas t’en mêler.

– Je ne m’en mêle pas, mais Luce est venue dans ma chambre, elle pleurait, alors on a parlé presque toute la nuit. Evidemment, maintenant, je suis crevée. J’ai pris un Tripan ce matin pour tenir, et en ai un deuxième dans mon sac au cas où je m’endors en cours.

– N’abuse pas de ces trucs, ce n’est pas bon, je t’assure. Tu peux éventuellement rentrer à la maison et dormir, c’est mieux.

– Oui, mais ce matin, on nous donne les explications pour le sujet de recherche, tu sais. Et mon sujet est assez complexe, donc j’ai absolument besoin d’être là pour écouter.

– Ok, mais si cette après-midi tu te sens mal, Georges peut te ramener, il n’y a aucun souci.

– Merci Jo, tu es super sympa. On verra.

Jo passa en salle de cours, se sentant prête pour le test, elle n’avait pas trop le trac. Elle avait beaucoup de facilités pour retenir les sujets qui l’intéressaient, et un bon sens de déduction logique. Et elle aimait bien l’uni, sa fac, l’ambiance, ses copines. Ce monde était merveilleux. Et elle voulait un bébé, elle se promit en sortant du cours d’aller le soir même sur l’ordi pour s’informer au sujet des cliniques. Saman était allée à la Clinique de la Colline, et elle irait peut-être au même endroit. A midi, en arrivant à la caf, Jo sourit. C’était le printemps et on voyait que les filles avaient envie de soleil. Sur la terrasse, elle constata que beaucoup d’étudiantes avait déjà revêtu les jupes de leurs uniformes, abandonnant les pantalons, et certaines étaient déjà en chemiser à manches courtes. Il y avait une grande diversité grâce à ces uniformes. Elles avaient toutes les mêmes vêtements, et pourtant, elles étaient toutes différentes. Jo pensa que cela faisait longtemps qu’elle n’était plus allée à la boutique Nowear de l’uni, et elle décida de s’y rendre immédiatement, ayant encore une demi-heure de libre. Jo avait appelé Mary Mady, et elle lui avait demandé de passer à la pause de l’après-midi. Donc elle avait du temps, et Julia se proposa de l’accompagner.

En attendant l’ascenseur, Julia lui demanda si elle savait la suite de cette horrible histoire de viol. Comme Jo répondit négativement, elle expliqua qu’elle n’avait finalement pas eu le temps de regarder les nouvelles. Julia la regarda droit dans les yeux et lui dit:

– La jeune fille a du être internée en clinique psychiatrique cette nuit. Elle était complètement détruite.

– Comment tu sais ça toi ?

– Je l’ai entendu de maman qui a une amie docteure là-bas. Il paraît qu’elle est arrivée comme un zombie. Ils n’ont même pas pu lui faire des tests sanguins, tellement elle était mal.

– Quelle horreur, la pauvre. Tu y crois à cette histoire ? Julia la regarda avec surprise, et Jo sentit qu’elle avait fait une boulette.

– Je veux dire, que son implant était valable ? Tu vois un peu le problème si les sociétés pharma commencent à rappeler les hommes pour leur changer leurs implants ! Quelle pub négative !

– Oui, c’est fou, j’aimerais bien être l’avocate de la boîte pharma, elle va avoir du travail et en plus, super intéressant. Jo et Julia arrivèrent à la boutique, elle était située sur le parvis de l’uni, on la voyait depuis l’extérieur et depuis l’intérieur. Il y avait des portes des deux côtés, ce qui était très pratique pour y accéder. La vendeuse se dirigea vers elles avec un grand sourire.

– C’est le printemps, et tout le monde arrive ! Et vous avez une chance incroyable, je viens de recevoir la nouvelle collection: les uniformes sont super légers, la qualité des tissus est magnifique. Le lin est doux au toucher, le coton très fin, les chemisiers sont très légèrement plus longs, ce qui est très joli si vous les portez sur les jupes. On a les nouvelles jupes à plis, gris clair comme d’habitude,

mais avec une doublure bleu ciel. D’ailleurs, pour celles qui veulent, on a aussi une gamme de sous-vêtements assortis au même tissu. Mais ça, ce n’est pas dans la liste, c’est à choix ! Devant les mines réjouies de Jo et Julia, la vendeuse sourit et leur dit: «venez, je vais vous montrer.»

Elles se dirigèrent vers le fond du magasin. Une mère était au comptoir, avec sa fille, et elles étaient vraisemblablement en train d’acheter le matériel de première année. La mère avait l’air totalement paniquée, une liste à la main, et la fille regardait tout avec des yeux grands comme des soucoupes. Jo rigola en se rappelant leur première visite avec Kim, à peu près à la même date, trois ans auparavant. Le temps filait, et les dessous étaient adorables. Les soutiens pigeonnaient avec des dentelles ajourées, en bleu ciel, blanc ou mauve pâle, les slips reprenaient les mêmes petits nœuds en ruban, les broderies vaporeuses se retrouvaient dans les doublures des jupes et pantalons officiels. Jo adora. Elle s’exclamait devant les portants. La vendeuse expliqua que la marque Nowear avait été reprise par une nouvelle designer, une femme très jeune qui voulait, tout en gardant le sérieux et la qualité des vêtements d’uniformes, y ajouter une note très féminine. Elle avait choisi deux moyens de le faire, le premier, utiliser des tissus très nobles et le deuxième, rendre ce qui était invisible beau et agréable. Son principe était que la femme s’habille d’abord pour elle, et elle devait donc se soigner. «Même si les autres ne voient pas la doublure d’une jupe, la cliente, en la mettant, la voit et elle se fait plaisir à elle-même en la mettant. C’est comme un secret partagé avec soi.» Jo demanda alors:

– Et les dessous ? C’est nouveau que vous ayez les soutiens et des culottes.

– Oui, cela provient du même principe. Se faire plaisir à soi, se sentir bien dans ses vêtements

avant d’affronter la journée. Et les dessous sont les premiers éléments qui touchent notre corps. Julia la tirait par le bras,- Il faut qu’on y aille, ça va sonner.- Ok, je reviendrai plus tard, merci en tout cas, et c’est vraiment une réussite.- Avant que vous ne partiez, si vous voulez, Nowe, la designer, organise un défilé pour montrer sa nouvelle collection et expliquer son concept. Il est prévu pour le conseil de l’uni et les profes, mais si cela vous intéresse, je suis sûre que je peux vous faire inviter.- Avec plaisir, je repasse ce soir. Julia était déjà partie, Jo la rattrapa devant les ascenseurs. – C’est génial cette nouvelle ligne de vêtements, et les sous-vêtements sont vraiment ravissants.- Oui, tu as regardé les prix ?- Non, toi tu as regardé les prix ? Depuis quand tu regardes autre chose que la marque dans les étiquettes ?- Je ne regarde pas, mais j’ai vu. Et bien ma chère, c’est pas piqué des hannetons.Elles s’engouffrèrent dans la salle et la porte, au son de la deuxième sonnerie, glissa et se referma hermétiquement.

 

Suite 2100 ZONE AMA chapitre 2: Connaissance

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