Créé le: 07.01.2026
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N’écrivez pas !

Vanités

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui n’écrivent pas et ceux qui devraient faire de même.
Reprendre la lecture

À une époque où tout le monde écrit et nul ne sait lire, publier relève de la folie et – ce qui est plus grave – de l’impolitesse. La seule chose qui puisse compenser le déshonneur d’écrire est le talent. En quoi consiste le talent ? Sa formule est simple : le style, les idées, l’originalité. Les acquérir exige beaucoup de travail. Si vous n’avez ni la force ni la patience d’envelopper vos phrases dans une petite musique, de vous amuser à réfléchir, de laisser une trace singulière, alors – je vous en prie – n’écrivez pas, n’augmentez pas la pollution qui envahit le domaine des mots !

Sans fierté, point d’excellence. La fierté est la meilleure alliée de l’auteur talentueux. C’est elle qui le guide à travers les subtilités de la langue ; lui épargne les fautes d’orthographe, de grammaire et de goût ; l’invite à enrichir son vocabulaire, à multiplier les tournures. La fierté stimule une attitude héroïque face aux idées. Braver l’interdit, combattre le facile, anoblir le complexe. « Un texte qui n’apporte pas de sang neuf ne mérite pas de vivre », déclare la fierté.

Mais la fierté, vertu aristocratique, est un crime contre l’humanité. Si vous avez peur d’être classé à l’extrême droite, n’écrivez pas !

Se piquer d’écrire mène à la pire déchéance. Composer des sonnets pour les amis, ça n’a l’air de rien, mais cette marotte qui semble anodine vous expose au risque de finir sur le podium d’un concours. Pour les Chrétiens de gauche, c’est une humiliation (« Les premiers seront les derniers ») ; pour les progressistes, le principe d’un palmarès (rejeté dans les écoles suédoises) est une survivance abjecte d’un système inégalitaire. Et pour les autres ? demandez-vous. Mais les autres ne sont pas des gens fréquentables… Épargnez-vous la honte ou l’infamie, n’écrivez pas ! Comme avec les drogues, le plus sage est de ne jamais essayer.

L’écriture est la mère de tous les vices (vous voyez : je recycle un lieu commun ; quel tour affligeant !). Les obsédés du verbe aiment se réunir dans des lieux branchés où l’alcool favorise la débauche des idées. Par pudeur, je ne décrirai pas l’orgie. Plutôt laisser la parole à ce poivrot de Verlaine : « Et tout le reste est littérature. »

Si vous n’êtes toujours pas convaincu de la nécessité de vous abstenir d’écrire, c’est que ce message n’atteint pas son but. Je me félicite de cet échec qui vient en point d’orgue illustrer mon propos : un texte n’est que vanité, perte de temps. Alors je vous demande un dernier effort : ne m’écrivez pas de réponse !

 

Post-Scriptum (Horresco referens ! du latin !)

 

L’OMS, autorité majeure en philosophie contemporaine, a su reconnaître le démon de l’écriture comme une pathologie sévère. Si vous avez la chance de vivre à Genève (en situation régulière ou non), vous êtes béni ! Toute victime est sacrée. La morale parfaite n’a qu’un seul commandement : quoi qu’il en coûte, prêter assistance aux victimes. Grâce à l’impôt sur la fortune, le Canton le plus éclairé de Suisse offre un programme complet de prévention et de soins pour éradiquer le fléau de la storymanie. N’hésitez pas à contacter le service « Zéro Lettre » dès les premiers symptômes ! Soyez vigilant ! La maladie peut se déclarer sournoisement, par exemple en écrivant une liste de commissions.

 

 

 

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