Créé le: 01.11.2026
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De l’aube au crépuscule
L'aube
1
Prenez le sentier poétique qui guidera vos pas, de l’aube au crépuscule.
Neuf étapes, chacune composée d’un triptyque. Vingt-sept poèmes qui sont autant de regards sur la vie, les êtres, les rêves et les épreuves qui jalonnent notre parcours.
Bonne promenade au fil des mots et des émotions.
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In utero
Elle dort au chaud dans son cocon,
bercée par le cœur de sa maman,
souffle régulier, douce vibration.
À l’éveil, elle s’étire,
donne un coup de talon.
Sa mère sourit,
demande si elle danse
dans son antre.
Bientôt, elle quittera l’ombre,
pour la lumière,
et la douceur de son sein.
Une nouvelle étoile
La Super Lune de l’esturgeon
a provoqué ses contractions.
Les Perséides ont illuminé les cieux
et la terre ensuite, de leurs mille feux.
Sous la constellation du Lion,
elle est née sous une pluie d’étoiles filantes.
Mais de toutes, c’est elle la plus brillante,
aux yeux de ses parents amoureux.
Elle reconnaît la voix de son père,
l’odeur de la peau douce de sa mère.
Elle est l’étincelle,
prunelle de leurs yeux,
avenir radieux,
amour en kyrielle.
Devenir mère
Elle se rêvait déjà mère.
Quand sa fille est née,
elle l’a serrée contre elle,
sang de son sang,
chair de sa chair.
Dans ce premier regard,
un monde s’est ouvert :
un être minuscule
qui cherchait sa chaleur,
sa voix,
sa lumière.
Avec l’aube est venue la peur,
celle que le monde blesse,
que le vent frôle trop fort
la peau fragile de leur enfant.
Mais ils sont deux
pour veiller sur son cœur.
Son compagnon est un roc,
une épaule où poser la nuit.
À eux trois,
ils inventent la douceur,
et la promesse d’un jour nouveau.
Visages
2
Cartographie
Elle suivait du doigt
les failles de son visage,
Ravagé par le grand froid,
Sculpté par le soleil des sommets.
Son grand-père se laissait faire,
Heureux de cette main d’enfant
Qui découvrait les traces
de son parcours, entre pierres et glaces.
Il avait la peau tannée des montagnards,
Résistante au blizzard,
Durcie, trop vite vieillie,
Marquée comme la roche des cimes.
Chaque ride ouvrait un chemin.
Sa petite-fille le découvrait,
Sans mot, rien qu’au toucher,
Un sentier gravé par le souffle des années.
Elle escaladait l’arête de son nez,
Gravissait le sommet de son front,
Descendait les vallées creusées dans ses joues,
Traversait les rivières de ses rides.
Ses doigts apprenaient déjà
Que les visages sont des cartes
Où le temps trace ses chemins,
Comme les glaciers sculptent la montagne.
Visage d’or
L’enfant s’endort
et tous ses traits sont d’or.
En paix, il se repose.
Ses paupières s’animent :
il rêve.
Un sourire d’ange.
Son visage est un hommage
à ses aïeux.
Il porte leur héritage.
Mais aussi des promesses,
d’autres rivages,
des paysages nouveaux.
Couteau croche
Il sculpte le mélèze.
Sous son couteau croche
naissent des trapèzes,
des vagues, des encoches.
Il grave des visages
qui n’ont pas d’âge
et fait des nœuds du bois
la profondeur des yeux.
Artistes
3
Inspiration
Il est bercé par le métal,
musique brute et frontale
qui le stimule et l’inspire,
le projette dans l’avenir
ou dans ses souvenirs.
Les voix, rugueuses et pures,
tracent en lui des lignes,
comme son couteau croche
dans le grain du mélèze.
En mode mineur,
la mélodie est sombre.
Mais les voix sont pures :
elles sculptent la douceur
cachée dans les ombres
et rallument en silence
la lumière d’un visage.
Naissance d’un visage
Dans l’air flotte une odeur de térébenthine, de bois ancien et de silence. Le temps semble suspendu. Concentré, dans la lumière douce de l’atelier, il se tient légèrement penché vers sa toile, comme s’il était en prière.
Sur sa palette, il a choisi ses couleurs : l’ocre pour la chaleur, l’outremer pour la profondeur, des valeurs d’ombre et des éclats pour la lumière. Ses doigts tachés de terre de Sienne et d’ombre brûlée tiennent le pinceau.
Devant lui, son modèle, une toute jeune fille. Son visage marie l’enfance et la gravité discrète de celle qui grandit peut-être trop vite. Immobile, elle observe le mouvement du pinceau qui, peu à peu, la fait renaître.
Il avance par petites touches. Il cherche la lumière sur son front, la douceur sur ses joues, la vérité dans l’ombre de son menton.
Il s’attarde ensuite sur les yeux, miroir de l’âme. Comment saisir cette lueur qui l’émeut ? Cette innocence et ce sérieux ? Il recule, plisse les yeux, compare la toile au modèle. Et soudain, il sourit. Il a saisi l’essentiel.
Ce n’est plus un portrait à l’huile, mais une rencontre. Un regard qui s’apprivoise, une main qui tente de comprendre.
Publié dans le recueil Murmures sous le Pont des Consuls, « Visage(s) », Paroles Vives, Villefranche-de-Rouergue, mai 2026.
La passeuse d’histoires
Quand elle marche, quand elle court,
elle tisse ses discours.
De la nature naît son inspiration :
elle imagine des histoires,
des contes pour sa petite-fille,
peuplés de fées, de princesses, de dragons,
qu’elle lui murmure chaque soir.
À la nuit tombée, assise sur son balcon,
elle écrit pour sa famille,
des récits pour honorer la mémoire
de ceux qui ne sont plus,
et pour chérir les vivants
qui forment sa tribu.
Elle aime ces heures de création,
comme lorsqu’elle peignait à l’aquarelle.
Quand un tableau ou un récit s’achève,
elle ressent une tristesse légère,
comme abandonnée par son œuvre.
Elle y a mis tant d’elle, tant d’élan.
Alors elle reprend le pinceau,
et la plume, pour trouver les mots justes.
Elle sait désormais que la joie
se cache dans l’effort patient,
dans la naissance d’un visage,
ou d’une histoire.
À contre-courant
4
Pourquoi ce siècle ?
Il aurait voulu naître à une autre époque,
celle des campagnes peuplées,
de la nature inviolée,
réveillé par le chant du coq,
vivant du jour à la veillée.
Il aurait voulu naître à une autre époque,
où solidarité et fraternité
avaient un sens simple et entier,
où l’on connaissait le travail, la famille, les valeurs.
N’est‑ce pas cela, le bonheur ?
Mais il est né dans un siècle qui l’étrangle,
où la planète brûle,
où les malheurs du monde défilent sur les écrans.
Trop sensible, trop lucide, trop différent,
il cherche encore sa place.
Alors il part.
Il découvre les océans,
grimpe les montagnes des continents,
dort à la belle étoile à toutes les saisons,
s’accroche au dernier wagon,
quitte la sécurité pour un monde d’évasion.
À l’extrême
Il a les cheveux longs,
des piercings, des boucles d’oreilles,
un look à nul autre pareil.
Il rit du qu’en‑dira‑t‑on.
Il voudrait bousculer la société paternaliste,
œuvrer pour l’égalité en célébrant la différence,
trouver des solutions – il est économiste –
pour moins de travail, plus de bien‑être,
pour ne plus manger de viande, freiner la croissance,
et que chacun devienne son propre maître.
Lune croissante
Elle a longtemps vécu sous les projecteurs,
suscitant jalousie et rancœurs,
mais aussi fierté et admiration.
Elle voulait briller aux yeux de ses compagnons,
et s’est oubliée en chemin.
Pour obéir au diktat de la mode : musculation,
privations jusqu’au mal de cœur,
un monde cruel, sans émotion.
Elle a jeté les faux cils et les paillettes,
sans renoncer aux hauts talons,
à l’amitié, à l’amour, aux fêtes,
pour se consacrer à ses passions.
Elle dessine aux crayons pastel
des paysages, des animaux, des portraits fidèles.
Elle écoute sa famille, ses amis.
Elle parle plusieurs langues, aime l’astrologie.
Elle est l’amie, la fille, la sœur, la marraine
à qui l’on confie joies et peines.
Elle est désormais en paix.
Elle est elle‑même.
Solitaire
5
Nage en eau libre
Elle glisse sur l’eau glacée,
Consciente de tout son corps.
En crawl, la nuque bien tirée,
Ballet aérien d’abord,
Arc de cercle aquatique ensuite.
Rien de mieux pour une fuite,
Loin des maux et des tourments.
Tous les cinq mouvements,
Inspiration courte et intense,
Expiration longue et continue.
Grâce absolue.
On dirait une danse.
Elle profite du silence,
N’est sensible qu’à ses sens.
Son corps, son esprit liés.
Apesanteur, liberté.
Publié en ligne dans Page poétique, n°4, « Olympisme », dir. Hubert Camus, juillet 2024, Paris, France.
Des profondeurs à la surface
Il plonge dans l’eau froide qui lui pique la peau,
attiré par les formes mouvantes qui ondoient dans l’abysse.
Il fuit. Il préfère le noir à la clarté trop vive,
l’eau où il peut glisser sans entrave,
le silence apaisant, ce monde sans malice
où il nage avec les dauphins et les cachalots.
Il reste en apnée. Il se croit condamné.
Soudain, il perçoit un cri lointain.
Il hésite à remonter à la surface,
sur une terre de tristesse et d’angoisses.
Les ombres marines l’ont apprivoisé,
et près d’elles, il peut enfin être en paix.
Mais un nouveau cri déchire le silence.
Il reconnaît la détresse de ceux restés sur terre,
ceux qui craignent son absence,
qui redoutent qu’il manque d’air.
Alors il remonte à la surface,
même s’il ne veut pas faire face
à ce monde qui l’efface et l’agace.
Son premier souffle est douloureux,
mais il sait qu’il rend ceux qui l’aiment heureux.
Prisonnière
Ce temps qui s’étire, cette tristesse douloureuse,
ce poids si lourd à porter ; un mécanisme s’est enrayé.
Sans raison, petit à petit, elle a été aspirée.
Parfois, elle se sentait si malheureuse,
prisonnière d’un univers où elle n’était plus la cheffe,
stérile, immobile, sans relief.
Puis, doucement, elle avait libéré son corps.
Elle n’était plus emmurée dans sa souffrance.
Elle avait trouvé d’autres accords
pour que sa vie soit en harmonie,
qu’elle joue avec aisance
une partition sans acrimonie.
Elle n’était plus coupable, dévalorisée, fatiguée.
Plus de peur, de honte, ni de préjugés,
Son monde retrouvait une nouvelle vérité.
Elle bâtissait des projets, la vie reprenait sens.
Elle retrouvait désirs, appétit, appétence.
Elle était restée en apnée.
Elle retrouve un souffle libérateur,
un chemin sans peur.
Elle n’est plus condamnée.
Solidaires
6
Activistes
Ils rêvent encore d’être pacifistes,
mais leurs voix secouent les politiques,
défiant les maîtres des énergies fossiles.
Il faut oser devenir critiques,
refuser d’être dociles.
Le monde vacille : inondations,
canicules, sécheresses, restrictions.
Alors ils entrent en résistance.
Ils défendent leur propre existence
contre un climat devenu chaotique,
des océans lourds de plastique,
la frénétique consommation.
Dans la rue, aux quatre vents du monde,
leur génération s’élève et gronde :
Réchauffez nos cœurs, pas la planète !
Ne transmettons pas à nos enfants la dette
de nos erreurs et d’une Terre moribonde.
« Femme, vie, liberté »
La révolte grandit, enfle comme une vague
prête à se briser sur une plage meurtrie.
Elles arrachent leur hijab en mémoire de Masha Amini,
mènent la lutte, défient un monde qui divague.
À visage découvert, elles marchent au péril de leur vie.
La jeunesse est en colère. Elle descend dans la rue.
C’est un coup de tonnerre, même sans issue.
Elle poursuit la lutte malgré la répression.
Contre l’intolérance et la misère se lèvent les manifestations
qui brandissent haut leurs revendications.
Comme une traînée de poudre,
les femmes appellent la révolution,
pressent la chute d’un régime
aveugle à ses victimes
et aux familles en larmes.
La jeunesse sera l’aurore
qui dissipe les horizons sombres,
pour que s’éteignent les crimes
et renaissent la paix, le calme.
3e prix Charles Péguy (francophonie) des XXXe Jeux Floraux du Béarn, avril 2026
Révolution
Les réseaux sociaux sont une arme.
Ils attisent l’indignation.
Comme une traînée de poudre,
ils appellent la révolution,
la chute d’un régime
qui ne compte plus les victimes
ni les familles en larmes.
La jeunesse sera la foudre
qui s’élèvera en bataillons
pour venger les crimes
et rendre au monde un peu de calme.
Chemins
7
Inalpe
Les vaches d’Hérens,
En transhumance,
Guidées par un jeune berger,
Quittent la vallée
Vers les pâturages d’été.
Les clarines en laiton,
Décorées d’écussons,
D’édelweiss ou de glands,
Tintent à chaque mouvement.
Publié dans le recueil Murmures sous le Pont des Consuls, « Chemin(s) », Paroles Vives, Villefranche-de-Rouergue, mai 2025.
Aux confins du monde
Le blanc règne aux confins du monde.
Mon âme s’envole, vagabonde
vers ces terres inhospitalières
où s’effacent mes repères.
Là, les mammifères marins sont rois,
les oiseaux antarctiques, la loi.
Jour blanc sans fin,
nuit noire pour seul toit :
un contraste si pur qu’il me laisse sans voix.
La Haute Route
Au cœur des neiges hautes, ils avancent dans la nuit,
la frontale – étoile fragile – pour seul guide.
L’aube les surprend sur l’arête sommitale,
où la lumière déchire le froid des glaciers.
Montées rudes, descentes silencieuses,
ils progressent parmi les géants de glace.
Aux quatre mille, l’air devient lumière.
Leur souffle se mêle au vent des cimes.
Essences
8
Souffle du matin
Pour chasser les matins moroses,
elle admire ses roses, à peine écloses.
À côté d’un bosquet d’asters alpins,
elle arrache les herbes accrochées aux lupins.
Elle s’étourdit sous les parfums
des pivoines alourdies par la rosée du matin.
Elle respire. Elle est bien.
Elle a tourné la page.
À la terre de ses aïeux, elle rend hommage.
Elle a trouvé son ancrage.
Cette terre perchée du Haut-Valais,
c’est son palais,
sa force, sa paix.
Majestueux
Il s’élance si haut vers le ciel, mais semble si près de la terre.
Ses premières branches caressent l’eau de la rivière.
Le Grand Chêne a fleuri, ses chatons jaune vert
pendent des branches en grappes entières.
À l’ombre de la ramure de l’arbre millénaire,
il s’assied, à son pied, comme il le faisait avec son père.
Sous ses doigts, l’écorce rêche et crevassée du tronc séculaire,
le ramène à son enfance, images contrastées, obscures et claires.
Soudain, la digue rompt : les mots doux oubliés s’envolent enfin en prière.
Révélation
Quand la nuit bleue devint si dense,
l’océan et la terre ne firent plus qu’un.
Les étoiles déposèrent leur lumière,
si douce sur leurs paupières.
Alors se révéla l’essence
de la nature, au cœur des embruns.
Ils se sentirent plus grands, plus sages
et confièrent à l’océan d’autres hommages.
Publié en ligne dans Page poétique hors-série, n°2, dir. Hubert Camus, avril 2026, Paris, France.
Le crépuscule
9
Avec elle
Ô vieillesse, traitresse.
Il n’a plus la souplesse
ni la force d’antan.
Mais il vit avec elle,
son moteur, ses ailes,
sa tendre femme.
Il tient sa main.
Le présent s’éteint,
le passé s’enflamme.
Encore un instant
Elle lui donne la main
en guise d’au revoir.
Pour ses derniers instants,
les mots deviennent illusoires.
Un regard, un sourire.
Son mari comprend :
« Entre nous, tant de souvenirs,
de complicité, d’amour… mais demain,
tu seras fort, pour les tiens. »
Bannière noire
Il porte le noir
comme une bannière,
frontière fragile
entre l’avant et l’abîme.
Nulle parole ne l’atteint :
il a perdu son trésor.
Ses larmes brûlent,
son cri s’éteint.
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