Chapitre 5

7

Devant mon air déboussolé, il a mis en route ce que j’appellerai après un certain temps le PIR (Plan d’Intervention Rapide). Que je vous explique : quand le temps est à l’orage et que ça risque de chauffer pour sa matricule, le PIR se décline comme suit sur la planète Farid :

 

– PIR 1 : rapprochement physique collé serré avec plein de mots doux, d’excuses, de promesses, des mains caressantes et une bouche butineuse

 

– PIR 2 : corollaire inévitable de PIR 1, petit passage entre les draps, et donc nous avons inauguré son lit ce jour-là (et d’autres pièces aussi, mais ça ne vous regarde pas).

 

– PIR 3a (pour lui) : les bisounours débarquent, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On oublie tout, il ne s’est jamais rien passé, Chérie je t’aime, chérie je t’adore, como la salsa del pomodoro ***

 

PIR 3b (pour moi) : comme dans ses déclarations enflammées, il ne ratera jamais l’occasion de lancer en filigrane le sous-entendu bien appuyé que c’était de ma faute, je culpabilise, je reconnais être méchante, ingrate, vilaine fille. Promis, je ne recommencerai plus. Donc, après maintes triturations de mon cerveau, je fais mien le PIR 3a….

 

Déplorable, lamentable, mais tu t’es vue ma pauvre fille ? Une chiffe molle, tu mérites vraiment tout ce qui va t’arriver. C’est à toi qu’il va arriver des bricoles, si tu continues à me pourrir la vie, la grognasse. Dégage de ma tête. Non ma lopette, c’est à toi à qui il va arriver des combines : tu as senti l’odeur des draps ? A ton avis, depuis combien de temps ils n’ont pas été lavés ? Et combien de filles dans ton genre les ont déjà testés ?

 

Ce premier jour n’y a pas dérogé, j’ai bouché mes oreilles mentales et switché sur le plan PIR 3a (si vous n’avez pas suivi, remontez dans la page). Surtout que durant l’un des épisodes PIR 2 (vous êtes fatigants, je ne vais pas vous expliquer chaque fois), j’ai découvert LE truc qui m’a fait oublier toutes les autres déconvenues. La maison de maître s’est peut-être ratatinée en pavillon de banlieue mais elle possède une cheminée. Et j’adore les cheminées, les feux de bois, le crépitement des flammes, l’odeur de sève brûlée. Je peux rester des heures devant, hypnotisée, fascinée.

 

Surpris et soulagé par ma soudaine rémission, Farid s’est mis aux fourneaux pour nous préparer un petit souper romantique que nous avons dégusté, comme il se doit, à la lueur tamisée des flammes. Je l’adore, il est trop mignon avec moi, tout ira bien. Ben voyons, compte dessus Chut, tais-toi, je t’interdis de me faire descendre de mon petit nuage. Coucouche panier, oust.

 

Le lendemain matin, après m’avoir apporté mon petit déjeuner au lit et pris une douche hot HOT HOT avec moi (top secret, classé secret défense), sans qu’il me l’ait expressément demandé, l’air de rien, par petites touches et suggestions innocentes, me voilà en train de changer ces draps immondes et d’aérer la pièce, de faire la vaisselle de la veille et la lessive du jour, pendant qu’il fume une cigarette sur la terrasse. Satanas frétille : « Tu disais : eux, c’est le business, pas vrai ? et pour toi, le vrai gentleman ? Redis-le-moi en me regardant dans les yeux ! Tais-toi, j’ai du boulot. Circule, y a rien à voir.

 

Pour le repas de midi, j’ai exploré une nouvelle fois les lieux. Le frigo. Vide ou presque. Le congélateur ? Bien garni, je vais pouvoir concocter un de mes fameux petits plats. Je saisis un poulet, dont la couleur titille mes doutes et m’alerte. Maman, ne me laisse pas mourir dans cette maison, pitié. Je ne suis pas une adepte du gaspillage, les dates de limite de vente c’est bien souvent du marketing, j’en suis tout à fait consciente, mais là …. La plupart des aliments étaient périmés et pas depuis quelques semaines ou quelques mois. Le piaf en question avait six ans. SIX ans. C’est plus de la péremption, c’est de l’attentat au poulet piégé, c’est une tentative de meurtre par arme gallinacée.

–  FARID !!!!!!! Nouveau PIR en vue ? Gagné. Je ne vous refais pas le dessin.

*** (https://www.youtube.com/watch?v=2pE0T07zs5s)

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