Créé le: 22.09.2021
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Hortensia

Amour

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© 2021 Juan A.M.

Je n’ai jamais su comment faire avec les femmes. Je les ai toujours aimées mais, à chaque fois, elles en ont profité pour me trahir, abuser de ma confiance, m’arnaquer et, finalement, me larguer.
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Hortensia 2 020

Je n’ai jamais su comment faire avec les femmes. Je les ai toujours aimées mais, à chaque fois, elles en ont profité pour me trahir, abuser de ma confiance, m’arnaquer et, finalement, me larguer. J’ai toujours cru que c’était ma faute, que je ne savais pas comment m’y prendre avec elles, mais ce n’est pas vrai : les femmes sont menteuses, frivoles, vaines, injustes et cruelles. Cependant depuis le jour où j’ai rencontré Hortensia tout est rentré dans l’ordre : Hortensia est devenu sans aucune doute, la femme de ma vie.

Elle dormait encore quand je suis parti au bureau. En arrivant, j’ai trouvé Pierre, mon collègue du Service Comptabilité, à la machine à café. Nous avons pris nos gobelets et nous sommes allés à nos bureaux respectifs.

À dix-huit heures, Pierre, Albert Bertrand – notre manager de Gestion des clients – et moi sommes allés prendre un verre à notre bar habituel pour laisser derrière nous une journée aussi banale que les autres. Après un cocktail ou deux, le bavardage est devenu plus fluide et plus personnel, comme d’habitude. Pierre parle souvent de femmes mais jamais de la sienne. Albert reste plus réservé sur ce sujet et il s’embarrasse quand il s’agit de son amie. Je reste très circonspect à propos de ma vie privée et ne raconte que de petits fragments sur Hortensia et sur notre relation, je ne veux pas m’en vanter devant eux.

Je leur ai proposé de continuer la soirée et de dîner sur place, mais, comme je m’y attendais, ils se sont excusés tous les deux. Pierre est marié et s’il rentre tard, sa femme lui fait une scène. Elle le soupçonne de draguer toutes les filles qu’il croise. Je ne sais pas s’il le fait, mais il est clair qu’il en a très envie. Albert, lui, j’en suis sûr, souffre d’une jalousie maladive, probablement sans raison. De plus, il a un problème avec son âge ou avec l’âge de sa maîtresse – elle a vingt ans de moins que lui. Il soigne excessivement son apparence, fréquente les endroits branchés et s’offre de petits voyages en amoureux. Hélas, il dépense plus d’argent que son salaire le lui permet et c’est sans doute la raison de son anxiété permanente.

abrazo désespéré et interminable de deux danseurs de tango épuisés, qui souhaitent secrètement que la musique s’arrête.

Comment vais-je raconter à ces deux comiques la subtilité et la richesse de ma relation avec Hortensia ? Hortensia est une femme brillante, sensible et très belle et qui a un étonnant sens de l’humour. Elle a sa façon à elle d’écouter mes confidences avec l’intensité qu’il faut et nos discussions sont profondes, pertinentes et pleines d’esprit. Je peux la réveiller tard dans la nuit, si j’en ai l’envie et elle réagira avec le plus lumineux de ses sourires.

Notre longue relation a été dessinée en accord avec nos physiques et le désir est toujours présent même dans nos ébats qui échappent à toute routine. Nous réalisons nos fantasmes érotiques avec la certitude de trouver à chaque fois un intense plaisir réciproque et nous avons appris à savourer l’exquise jouissance de l’attente dans l’expectative de l’action.

Un autre aspect de notre remarquable relation est que nous avons su conserver intacte notre individualité pour pouvoir nous épanouir selon la nature propre à chacun, comme si nous étions unis dans la disparité de nos personnalités, de nos rêves ou de nos espérances.

Depuis que nous sommes ensemble, je n’ai jamais vu la peau de son cou s’affaisser, ses seins tomber, ses fesses se relâcher ou ses jambes s’alourdir. Je n’ai remarqué aucun effet indésirable de la ménopause, d’ailleurs, je ne sais toujours pas si elle est réglée ou pas. Hortensia est restée svelte et souple et sa peau est aussi douce et fraîche que quand je l’ai rencontrée. Ma vie est ennuyeuse et terne et j’ai certainement vieilli, mais Hortensia ne voit pas ma médiocrité, ni les dégâts que l’âge fait subir à mon corps, elle me voit comme je veux qu’elle me voie : intelligent, beau, créatif et viril. Elle m’aime pour ça et aussi parce qu’auprès de moi, elle peut être elle-même en toute liberté et peut se permettre de regarder la vie avec confiance. Hortensia est la femme avec qui je peux être parfaitement sincère, l’amante avec qui je peux donner suite à ma passion sans me soucier des tabous ni de quoi que ce soit.

Étant donné que je n’ai jamais présenté Hortensia à mes collègues – elle ne m’accompagne jamais dans nos sorties entre amis ou aux cocktails de la boîte – ces abrutis pensent qu’Hortensia n’existe pas, que je l’ai inventée de toutes pièces pour faire croire que j’ai une vie amoureuse exceptionnelle.

Hélas, pour eux, une femme n’est réelle que s’ils peuvent la caresser, la cogner ou la baiser. Ils n’ont toujours pas compris que, c’est justement parce qu’Hortensia n’existe que dans mon imagination, qu’elle est on ne peut plus réelle. Elle m’aimera comme je veux qu’elle m’aime et elle ne me quittera jamais.

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