Créé le: 05.05.2018
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Adalbert Tricoptus

Animal, Fantastique, Nouvelle

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© 2018-2023 Hervé Mosquit

On ne parlera ni de minous, ni de toutous pas plus que de bovidés ou de cochons d’inde. Je préfère vous raconter comment Jordi, en route pour son travail, devint subitement Adalbert et comment ce dernier se retrouva dans le monde des invertébrés,en particulier des phryganes….
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Il était sept heures ce matin d’octobre 2017. Je roulais sur l’autoroute vers Fribourg, ville moyenne de Suisse francophone, capitale du canton du même nom et dotée de jolis restes : soit une vieille ville médiévale enchâssée dans une boucle de la Sarine, cette rivière qui délimite peu ou prou la frontière des langues.

 

L’été se faisait la malle en douceur. L’automne laissait se couvrir les épaules, distribuait des couleurs aux forêts et de la nostalgie à nos soirées. Ce matin, les premiers rayons de soleil caressaient tendrement la terre qui en rosissait de plaisir, exhalant ça et là des soupirs de brumes qui restaient suspendus au creux des vallons, le temps de l’aurore. Les dernières traces de la nuit étaient parties se noyer dans le lac, là-bas, loin derrière moi.

 

La circulation était fluide, le ciel limpide et mon humeur au beau fixe. La radio diffusait les infos mais je laissais mon esprit vagabonder. J’eus une pensée amusée pour mon petit neveu qui tronquait facilement les mots et disait par exemple « buveur invertébré » à la place de buveur invétéré. Le mot invertébré me rappela à mes obligations d’enseignant de sciences naturelles et aux leçons qui m’attendaient d’ici une heure à peine. Je levai les yeux vers le rétroviseur et m’exclamai :

– Non mais ! ça ne va pas la tête ! Qu’est-ce qu’il a à me coller au cul à cette vitesse. Il cherche la

collision ce con !

 

Adalbert Tricoptus 2

J’achevais de dépasser le camion qui me précédait et repris la chaussée droite, laissant passer le bolide blanc qui me talonnait. Il disparut dans une étrange lueur bleutée qui couvrait l’horizon bien avant que je n’achève de maugréer contre les chauffards, le laxisme de la police routière, le culte de la bagnole et de son avant-goût de fin du Monde.

 

Allez ! me dis-je, tu te calmes, tu te détends, tu respires un bon coup. Et me voilà parti pour une séance de titillage narcissique et relaxante de mon nombril et de mon ego contrariés.

 

Mais je m’égarai dans mes pensées, et pour éviter que ma voiture ne fasse de même, je donnai un léger coup de volant à gauche pour ne pas me retrouver complètement relaxé et béat dans le fossé.

 

Je réalisai soudain que j’étais seul sur la chaussée: rien devant ni dans le rétroviseur. C’était le vide sidéral rien que pour mon petit satellite personnel : le rêve inaccessible et absolu de la famille Machin coincée sur l’autoroute du midi au mois de juillet. C’était le supermarché déserté un jour de soldes, le toubib sans personne en salle d’attente, le bus des pendulaires sans bousculade, le cinéma sans file d’attente, le match sans supporters avinés ! Bref, c’était le plaisir total et absolu de ne pas attendre ni devoir partager le temps et l’espace. J’allais arriver en ville d’ici peu.

 

Adalbert Tricoptus 3

D’ici-là il y aura eu le café au bistrot, en face de l’école : ce moment-clé qui ouvre la journée, me dessille les yeux et me lave le regard. J’aime cette escale sur le chemin du turbin: odeurs de café, bruits de vaisselle, brouhaha. Je goûte, je hume, j’écoute, je regarde. J’observe : les femmes surtout, c’est normal. J’ai appris à deviner les chagrins repeints au rimmel ; la démarche chaloupée et l’oeil glauque des lendemains qui déchantent ; les yeux rêveurs après l’amour et le foulard qui en masque les traces ; l’haleine à faire pâlir un gousse d’ail de la trogne à goutte qui dessaoûle, le désespoir du solitaire dont la solitude se reflète, plus noire encore au fond de sa tasse ; les rendez-vous chez le chef qui font trembler les mains et commander une bière. Bref, j’anticipai le plaisir de cette parenthèse caféïnée, de cette leçon accélérée de psychologie sociale accompagnée de la lecture du journal.

Fin de la bretelle de sortie et stop: contrôle de police. Pas de panique et sourire de circonstances: je baissai ma vitre:

 

– Bonjour Messieurs.

 

Le sourire est rendu, c’est bon signe.

 

– Descendez s’il vous plaît. Vos clés je vous prie…

 

– Voilà, mais…

 

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Je m’attendais aux contrôles habituels: permis, pneus, triangle de panne. Mais la surprise était telle que les mots me manquaient. L’un des pandores dût remarquer mon embarras. Il enchaîna :

 

– Nous allons laisser votre voiture sur la place de parc que vous apercevez là-bas. Pas de

problème, vous allez la retrouver ce soir. Nous allons vous conduire.

 

Je me retrouvai installé dans le véhicule de patrouille. Le policier souriait toujours et démarra. La voiture était très confortable et presque silencieuse.

 

Se passèrent alors une ou deux minutes d’un de ces silences pesants qui s’étirent et redonnent au temps une existence épaisse, palpable. Dans ces moments-là, on peut presque toucher le temps qui passe: il est là, lourd, enveloppant, adhésif. Cette impression ne prend corps qu’en de rares moments de la vie: ceux notamment qui précèdent les premiers rendez-vous amoureux, une naissance, un examen, un départ. Dans la vie quotidienne, au contraire, la fin d’un jour, d’un mois même, débarque à l’improviste en nous arrachant tout au plus un “ c’est fou comme le temps passe” désabusé et fataliste.

 

Enfin, il parla.

– Je ne veux pas être indiscret, mais vous avez l’air surpris et contrarié ?

 

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– Mais enfin, que se passe-t-il ? On n’a plus le droit d’aller tout seul au travail et sans escorte policière ? Vous voulez voir mes papiers ?

 

– Ce n’est pas nécessaire. Nous vous connaissons Monsieur Adalbert Tricoptus, par ailleurs mammifère de l’espèce humaine et pêcheur à la mouche passionné.

 

– Mais ce n’est pas mon nom et je n’ai jamais été pêcheur. C’est ridicule un nom pareil ! Je m’appelle Jordi Tomasetti, de père tessinois et de mère catalane, j’habite Bulle et j’enseigne à Fribourg. Et où me conduisez-vous ? à mon travail j’espère ?

 

– En quelque sorte Monsieur puisque c’est avec votre destin que vous avez rendez-vous en ce beau jour du 15 septembre 2016…

 

– Mais nous sommes en octobre 2017 et pas en septembre 2016 !

 

– Que vous croyez cher monsieur, que vous croyez….

 

Il se retourna et comme le pandore me gratifiait de son plus beau sourire, je constatai avec horreur que son visage et ses mains étaient couverts d’écailles de poisson.

 

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Je poussai un cri et, profitant d’un virage où la voiture ralentit, j’ouvris la portière et sautai à l’extérieur. Je me relevai et courut en direction d’un mur que j’escaladai avec la fébrilité d’un coureur de fond pris par un besoin pressant et qui n’arrive pas à se défaire de son survêtement. Je sautai de l’autre côté et me retrouvai, le corps en nage et la chemise en loques, sur les berges d’une rivière. Je perdis connaissance quelques instants. Quand je repris mes esprits, j’étais installé sur les berges de la Sarine avec une canne à pêche. Je m’appelais Adalbert et je savais en avoir toujours voulu à mes parents d’avoir puisé dans les tréfonds de notre généalogie familiale pour dégotter ce prénom qui me semblait devoir rester démodé et vieillot à jamais.

 

Il faisait gris et le ciel plombé pleurait de grosses gouttes. Ce chagrin céleste me provoquait de pathétiques pensées désespérées que ne parvenaient pas à enrayer les mouvements rageurs que j’imprimais à ma canne à pêche. Cette frénésie s’avérant inopérante face à mes cogitations dépressives, je m’assis à même les galets. Tout en éclusant sans trop de modération un excellent Humagne rouge, j’observai alors une phrygane. La tête pointant courageusement à l’avant de son fourreau de pierres alors que les pattes s’activaient à l’arrière, la petite larve se frayait un chemin dans la flaque jouxtant ma position. Je me fis la réflexion que ces petites bêtes n’avaient pas nos soucis.L’envie d’en être une occupa brièvement mes pensées. Aussitôt pensé, aussitôt fait : était-ce magie ou faveur divine ? peu importe ! Le fait est que je me retrouvai instantanément dans la peau d’une phrygane.

 

Adalbert Tricoptus 7

C’est un joli nom phrygane. C’est moins combatif que camarade, plus romantique que colloque, moins soumis que subordonné, plus poli que foutre, plus laïc que tabernacle, moins dangereux que jihad, plus mélodieux que racrapoter, plus simple que calembredaine et plus court qu’anticonstitutionnellement. Phrygane est mon nom et j’en conçois une indicible fierté. Et si l’on ajoute que j’appartiens à l’ordre des Trichoptères, ça en jette presqu’autant que les chevaliers du taste-vin, de la légion d’honneur et de toutes ces confréries auto-congratulantes que les humains s’inventent pour flatter leurs egos.

 

Tout en avançant dans une flaque bordant la rivière, je tentai de rassembler mes souvenirs et me rappelai que je n’avais pas eu toujours, tant s’en faut, le privilège d’appartenir au monde des insectes et qu’il y a peu, je m’appelais Adalbert.

 

Autrefois, le vie me traitait assez bien malgré un indécrottable complexe du à mon prénom. Je jouissais d’un revenu confortable que me procurait mon travail de comptable dans une fabrique de mines anti-personnelles. J’avais mon petit boulot, ma petite auto, ma télé, mon canapé, mon « Smartphone », bref, tous les attributs de l’homme moderne. Ajoutons-y de rares copains, des bières au frigo à partager et surtout, la pêche, tous les samedis autorisés.

Puis, la communauté internationale ayant décrété qu’il fallait tuer les gens avec des moyens plus propres que les mines anti-personnelles, la fabrique a fermé et je me suis retrouvé au chômage.

 

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Après quelques mois d’oisiveté imposée, devenu comptable dans une porcherie industrielle, je facturais les jambons à la grande distribution. J’occupai mes fins de semaine à traîner mon spleen, mes bottes, mes lignes et mes hameçons sur les rives caillouteuses de la rivière. Et c’est ainsi que brusquement, comme je vous l’ai expliqué, je me découvris un jour dans la peau d’une phrygane.

 

A mon grand étonnement, je m’adaptai assez vite à ma nouvelle condition. J’appris de mes congénères à éviter les truites voraces et les mains des pêcheurs qui voulaient faire de moi un élément déterminant de la chaîne alimentaire. Les pêcheurs procédaient ainsi : attraper les phryganes à mains nues puis les empaler sur un hameçon, afin de servir d’appât pour capturer notre principal prédateur, la truite, dont les humains aiment à consommer la chair tendre et savoureuse.

 

J’eus à maintes reprises l’occasion d’expliquer à ma famille de trichoptères les mœurs bizarres des humains. Mes amies phryganes en conçurent pour certaines un étonnement effrayé alors que d’autres s’esclaffaient et riaient à en faire tomber les cailloux et les brindilles qui nous servent de vêtements et d’habitation en attendant notre mue, nos ailes, la liberté grisante du vol solitaire ou en escadrille et la volupté finale de l’accouplement. En leur parlant je m’étonnais du sens critique dont je faisais désormais preuve, ce qui je l’avoue, m’était complètement étranger avant ma métamorphose.

 

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C’est ainsi que je leur narrai la détestable habitude qu’ont les humains de s’entretuer non pas pour se manger, comme c’est le cas dans le reste du règne animal, mais pour d’obscures raisons qui s’appellent le pouvoir, les croyances religieuses, les idéologies, l’argent. Je leur expliquai aussi l’imagination sans limite, dont faisaient preuve les Hommes pour domestiquer la nature à leur profit et pour leur survie mais aussi l’incapacité de la majorité d’entre eux à voir qu’ils la saccageaient, hypothéquant par là l’avenir de leurs enfants.

 

A propos d’enfants, je leur dis la propension des humains à n’avoir qu’un seul conjoint mais ajoutai qu’ils dérogeaient souvent à cette règle de monogamie. Les mâles phryganes, qui tout comme les humains ont tendance à penser plus avec leurs burnes qu’avec leur cerveau, apprirent avec intérêt que les accouplement humains s’opéraient à une fréquence largement supérieure à la seule nécessité de procréer.

 

J’évoquai aussi les centrales nucléaires, la pollution atmosphérique, le réchauffement climatique, l’origine des déchets de plastic, de verre, de métal, les mégots et autres reliefs que les promeneurs et les fêtards laissaient sur les berges de notre rivière. Mes petits camarades insectes se réjouirent d’apprendre que certains humains prônaient un respect plus grand de la nature, n’y jetant rien et triant leurs déchets. Ils restèrent perplexes devant le paradoxe affiché par certains de ces bipèdes habillés préférant prendre le risque du nucléaire et du charbon plutôt que d’entendre le bruit d’une éolienne ou de cacher leurs belles tuiles sous un panneau solaire.

 

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Ils furent choqués d’apprendre que parfois, certains donnaient plus d’importance à la protection de leurs toutous et autres gros minets domestiques qu’au sort de leurs frères humains, affamés ou massacrés dans des guerres sans fin.

 

Les phryganes savaient que le monde animal est fait de proies et de prédateurs. C’est la vie, c’est la mort, mais c’est ainsi. Cela s’appelle la chaîne alimentaire, nécessaire à l’équilibre écologique et cela ne procède, contrairement au monde des hommes, d’aucun calcul pervers ni d’aucune méchanceté.

 

Les phryganes se nourrissent de matière végétale en décomposition et mes compagnes faisaient donc preuve d’une certaine sympathie à l’égard des humains végétariens. Elles ne comprenaient pas cependant qu’ils jugent si mal leurs semblables carnivores ni que ces derniers fassent de même à l’égard des premiers. Chez les insectes, certains sont carnivores, d’autres sont végétaliens. Et personne parmi les insectes ne pense à se blâmer mutuellement pour ces comportements inscrits dans leurs gènes. Jeter l’anathème est un sport prisé des seuls humains.

 

Bref, nous passions de bons moments sur les fonds minéraux et sableux de notre cours d’eau, à traîner nos fourreaux, à papoter et à grignoter. Les phryganes néanmoins sont très exigeantes quant à la qualité du milieu aquatique. Les scientifiques utilisent d’ailleurs leur présence, comme celles d’autres invertébrés, pour mesurer la propreté ou la pollution des rivières.

 

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Or, depuis quelques temps, la qualité de l’eau laissait à désirer : les algues proliféraient, l’opacité augmentait, l’oxygène se raréfiait. Ma tribu organisa une assemblée générale afin d’examiner comment faire face à cette situation qui menaçait notre survie en ces lieux. Il fut donc décidé d’émigrer. Les humains font pareil quand leurs vies sont menacées mais j’expliquai que si le voyage était aussi périlleux que le nôtre, la principale menace ne venait pas des prédateurs extérieurs, comme les truites, mais bien de leurs semblables.

 

Et quand ils arrivaient enfin à bon port, après avoir échappé aux passeurs qui les rançonnaient, aux tortionnaires esclavagistes, aux violeurs, aux naufrages, aux coups de feu ou de couteau, ils se retrouvaient face à d’autre ennemis, moins brutaux mais insidieux, qui s’appelaient xénophobie, égoïsme et indifférence.

 

Nous décidâmes donc de ne plus tarder à nous laisser emporter par le courant, très faible puisqu’un barrage en amont retenait les eaux et procurait aux habitants du coin à la fois de

l’électricité et un lac sur lequel ils aimaient naviguer et barboter. Le voyage serait donc

lent, et conséquemment long. Rien ne nous garantissait non plus qu’en aval la propreté de l’eau soit vraiment plus satisfaisante. Mais comme nous n’avions pas le choix, nous partîmes à l’heure et au jour dits.

 

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Le débit de la rivière se montrait paresseux et le périple s’avéra laborieux et pénible : les algues abondantes rendaient les eaux opaques, l’atmosphère étouffante et la recherche de nourriture difficile. Les truites voraces manquèrent à plusieurs reprises de me transformer en repas gastronomique pour salmonidés et je perdis trois de mes compagnes, gobées et croquées sans avoir eu le temps de réaliser ce qui leur arrivait. Les berges étaient jonchées de déchets de toutes sortes aux alentours de feux éteints qui attestaient la présence de joyeux épicuriens mais tristes distributeurs d’ordures.

 

Et puis soudain, une masse d’eau déferla sur nous à une vitesse inouïe et nous emporta sans crier gare. C’était une immense vague, charriant en surface des troncs d’arbres de plusieurs mètres de long, arrachant sans pitié les algues qui tapissaient le fond de la rivières, emportant les déchets laissés sur les plages de cailloux, nettoyant ces derniers presque jusqu’à les poncer.

Je me laissai emporter. Je me cognai parfois la tête contre une branche qui flottait à mes côtés. Je dévalai plusieurs cascades et même ce qui m’apparut comme un lieu digne de ce que ma mémoire humaine avait retenu des chutes du Niagara. Je ne faisais en fait que franchir le déversoir du petit barrage du lac de Pérolles, dans le voisinage de la ville de Fribourg.

 

Puis, ce fut le trou noir.

 

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Ce jour de septembre 2016, le producteur d’électricité qui gère le barrage de Rossens, lequel permet au lac de Gruyères d’exister, avait décidé d’ouvrir largement les vannes du barrage et provoquer ainsi une importante crue artificielle destinée à nettoyer et revitaliser le cours de la Sarine en aval du barrage.

 

Je rougis encore aujourd’hui à évoquer ce moment. J’étais redevenu Adalbert. J’étais tel que la nature m’avait livré au monde 40 ans plus tôt, c’est à dire nu comme un vert mais présentement couvert d’ecchymoses. A poil, étalé sur une bande herbeuse qui borde la Sarine à la hauteur du Pont-du-Milieu, je balbutiais des bribes de phrases. Les badauds et les secouristes qui m’entouraient avaient tous des têtes de poisson. Je voulus me lever mais à nouveau je perdis connaissance.

 

– Monsieur ? Monsieur Tomasetti ? Jordi ?

 

– Ouais… c’est moi. Je suis où s’il vous plaît ?

 

– Vous êtes à l’hôpital. Vous avez eu un accident de voiture, tout à l’heure, sur l’autoroute. Vous étiez dans le coma. Nous avons du vous opérer. Vous sortez de salle d’opération.

 

– Ah bon, et qu’est-ce que j’ai…?

 

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– Une traumatisme crânien sans gravité mais qui vous a causé un coma d’environ 24 heures. Vous avez aussi une double fracture du tibia et une fracture ouverte du fémur. C’est la raison pour laquelle nous vous avons mis en extension.

 

– Ah bon …

 

– Vous pouvez vous rendormir maintenant. Tout va bien. Vous êtes en de bonnes mains.

 

J’entendis la même voix, qui s’adressait à ma compagne.

 

– Vous pouvez rentrer chez vous Madame, Il ne risque plus rien. S’en sortir comme çà après une collision arrière et deux tonneaux, ça tient du miracle. En plus, il ne se rappellera probablement rien de l’accident. Cette amnésie circonstancielle lui évitera probablement tout souvenir traumatisant. Pour lui tout ça ne restera qu’une parenthèse.

 

Le soir, à l’hôpital, ils m’ont servi de la truite. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai tout vomi.

 

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Le jour s’achevait. Au bas des montagnes, la nuit commençait à repeindre en gris les couleurs de l’automne. En ville, les gaz des voitures chassaient les odeurs de molasse, de schnaps et de feuilles mortes. Par la fenêtre de ma chambre d’hôpital, je voyais s’étirer le long serpent lumineux des pendulaires, de retour du turbin et en route pour la becquetée du soir.

Dix jours plus tard j’étais de retour chez moi.

 

Je n’en parle à personne mais au fond de moi, mes souvenirs de phrygane et d’Adalbert persistent.

 

J’en ai peur, j’en souris, j’en ris parfois. J’ évite l’autoroute…

 

                                                                                         Fin

Commentaires (2)

Webstory
28.11.2021

Félicitations à Hervé Mosquit, lauréat du 1er Prix du concours d'écriture 2018.

Hervé Mosquit
28.11.2021

Merci ! C’est sympa de me le rappeler!

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