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© 2017 André Birse webwriter premium1823 vues

Sauras-tu ne pas dire je m’en fous ? Créé le: 21.02.2016, édité le: 01.08.2017

Je ne dis pas que ça ne fait pas de bien de dire “je m’en fous” mais je dis que ça fait parfois mal de l’entendre. Venue de la table d’à côté, cette semaine, cette expression m’a fait la sensation d’une mine qui explose et qui mutile. Cette petite violence toute mutilante dans le corps de ce qui importe à l’autre. Je m’en fous, c’est très fort, très tueur en série de ce qui importe à l’autre. Cette couleur, ce détail, cette attention, cette question, ce sentiment, cette réprobation, tous claquent et tombent au tir à la carabine, contre le zinc, dans la fête foraine comme les petites pipes en bois de jadis.Une conversation semblait devoir être un échange d’attentions prêtées à l’autre et c’est devenu une séance d’attention accrue vis-vis de soi.Tout ce que je fais tout ce que je ne fais pas et l’autre retient sa respiration. La conversation peut aller de l’avant un moment, tourner sur elle-même, mais il y a cet instant qui serait fatal si l’on ne prononçait pas, calmement, ces mots, je m’en fous, qui à bien y penser sont intolérables par le fait qu’ils n’expriment que la consécration de soi au détriment de l’autre. Lourdement moralisant? Soit. Très réa(lisant) aussi.


Un jour d’été que j’étais seul à me balader, un village probablement perdu, sous de grands arbres, m’a offert le regard d’un âne qui me consacra de longs moments d’attention. Je me suis arrêté. Nous nous sommes regardés. Je l’ai caressé. Je dois lui avoir parlé. Il me comblait de ses silences. Je savais le moment agréable sans percevoir qu’il était beaucoup plus que cela. Unique, précieux.
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