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© 2018 Oana2947 vues

Créé le: 29.09.2014, édité le: 29.09.2014

Peut-être que c’est le temps de parler de mon père. Dix ans se sont écoulés, dix ans pendant lesquels je n’ai osé parler à personne de lui, car il y avait toujours des larmes qui m’engorgeaient et qui me laissaient sans voix. Je déteste les larmes : elles ne viennent jamais au bon moment. Parfois, toute seule à la maison, j’aurais tellement envie de pleurer ! Pour rien de spécial et pour tout, pour toute cette vie qui passe, pour ce qu’on a perdu, pour vider ma tête, pour sentir la douce mélancolie lointaine qui s’installe après que les larmes ont fini de couler. Mais elles ne veulent pas venir. Et parfois, au moment le plus inapproprié, pendant une consultation avec un patient ou pendant que je marche en pleine foule dans la rue, je les sens s’installer d’abord dans ma gorge, ensuite monter chatouiller les coins de mes yeux. Je vais parler donc de mon père. Non pas de sa vie, qui n’a eu rien d’extraordinaire, mais de sa mort, qui m’a appris beaucoup plus sur la vie que toutes les études faites et les livres lus.
C’était mon année de liberté, mon année de grâce qui m’a été offerte pour moi seule, où tout pouvait arriver. J’ai fini mes études en médecine, j’ai obtenu une bourse à l’étranger et je suis partie. Quelques années auparavant, lors d’une dispute « existentielle » avec ma famille, avec mon monde, j’avais déposé tout mon argent de poche dans la boîte pour les pauvres devant une statue de Saint Antoine et je me suis promis à moi-même : « je vais partir, je vais quitter ce pays et je ne retournerai jamais ». Et maintenant… j’étais loin. La première fois libre pendant une année entière, mon argent dans la poche, dans un foyer d’étudiants qui venaient des quatre coins du monde, dans un pays idyllique, à étudier et à faire des choses que je n’aurais jamais rêvé de faire.
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