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Je t'aime, moi non plus Créé le: 19.08.2014, édité le: 19.08.2014

Maman a encore du retard. C’est ainsi à chaque Noël. Elle nous trouvera naturellement une excuse, du style il y avait une voiture garée devant la mienne, ou encore, je ne trouvais plus mes clés avant de quitter l’appartement. Les embouteillages un dimanche de décembre enneigé, ça ne passera pas. Elle aura inventé autre chose, je ne me fais aucun souci.

En attendant, les moutards s’impatientent. Ils aimeraient plonger leurs petites mains dans les bols de cacahuètes, faire des miettes avec les flûtes au beurre, se défier à qui videra le plus rapidement son verre de sirop. Mais on ne peut pas. « Il faut absolument attendre que nous soyons au complet », leur indique Grand-père, comme s’il s’agissait d’une tradition, voire un héritage du passé. Le poids des aïeux pèse déjà suffisamment sur les petits vivants que nous sommes, croyez-moi, ce n’est pas la peine d’en rajouter.

Je prends une mèche de cheveux entre le pouce et l’index, la lisse, puis l’enroule autour de mes doigts, hésite à la coincer dans ma bouche pour pouvoir ensuite la mâchouiller. Non, ça ne se fait pas. « Tu te tiens comme tu veux avec tes copines, mais en famille, tu fais un effort ! », dirait ma mère, qui se fait décidément désirer. Exactement comme quand j’avais quinze ans. Les mêmes mots, le même ton, la même expression d’une certaine répugnance. Pour moi, c’est un signe d’impatience : à peine arrivée que je m’ennuie déjà. Les réunions de famille, quelles qu’elles soient, ne m’ont jamais ravie.
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