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© 2017 Renaud de Joux3146 vues

Créé le: 13.08.2013, édité le: 13.08.2013

J’aurais dû faire marche arrière…
Dès que l’éclat de rire avait retenti, si clair, si joyeux, si rayonnant, si…féminin, j’aurais dû me méfier. Écouter la voix de ma conscience édifiée patiemment par mon confesseur, modulée pieusement par mon maître des novices. Mais ce son si gai, ce chant badin, cette mélodie allègre avaient balayé toutes mes retenues, neutralisé toutes mes réserves. Pourtant, ce n’avait été au début qu’un simple rire, presque un élancement enfantin, sibyllin, avec cependant ce quelque chose en plus, cette immatérialité imperceptible, indicible, insoupçonnable, qui vous pousse à en savoir d’avantage, à aller imprudemment de l’avant, à commettre un improbable mais délicieux écart. Comme un incompressible besoin de goûter à une friandise, à une nourriture proscrite par le jour maigre ou le temps de carême, comme un irrésistible désir de converser ou plaisanter malgré les vœux de silence, comme un souhait intense et incongru de paradis terrestre…
Et maintenant, au milieu de la nuit, pour ne pas avoir su y résister, j’étais là, hagard et ahuri, à me lamenter, à me torturer, parmi les autres moines, semi-endormis pour la plupart… indifférents à mes pensées, insensibles à ma peine, inconscients de mon état.

De toutes les cérémonies monacales, matines était sans conteste la plus ardue. Si l’un ou l’autre cénobite devait s’assoupir, c’était en général pendant celle-là. Même avec la routine, il s’avérait toujours malaisé de s’éveiller en plein milieu de la nuit, de se rendre à l’église et de chanter, de prier avec dévotion, alors que corps et tête étaient encore sur la paillasse du dortoir.
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