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© 2019 Olivier Philippe150 vues

Mon frère Créé le: 30.09.2019, édité le: 30.09.2019

Genève, 2019

“Encore des murs qui isolent”, avait pensé Christophe en voyant sans regarder la cellule dans laquelle il se trouvait. Cette pensée, qu’il ne comprenait pas lui-même, s’était suivie d’un sentiment d’effroi qui, avec les flash-back de la brique et du nom d’Alfred Bertrand sur la didascalie, l’agressait violemment. Cela n’avait duré qu’un moment, le temps d’une vague, pour ensuite laisser place aux frissons et au sentiment d’étrangeté, qui l’emportait. Il ne savait pas où il était, même s’il se doutait bien qu’il y était à cause de son geste. Il n’était pas inquiet, mais ça on n’aurait pas pu le dire. Le garçon avait les yeux grands ouverts et le faciès de ces bébés qui viennent au monde sans pleurer, et qui restent là comme hypnotisés par l’intensité des sons et de la lumière. L’étudiant en psycho-philo qui l’avait conduit dans cet antre, et qui avait initialement regretté d’avoir accepté le remplacement ce jour là, s’était demandé, non sans crainte, s’il se tenait comme ça parce qu’il réalisait ce qu’il avait fait et qu’il en était lui-même effrayé, ou s’il était toujours complètement à l’ouest et peut-être dangereux. Rassuré ensuite par l’état inoffensif du gaillard, il s’était alors demandé des choses comme “la biche a-t-elle peur devant les phares de la voiture qui va l’écraser?” ou alors “est-ce bien avec cette tête là que Platon avait imaginé l’homme sortir de la caverne?”. Mais le jeune homme, encore sous le choc et pas tout à fait droit comme un I, ne s’en curait pas. « Asile ou prison, mêmes murs », pensait-il, laissant ces mots le déborder d’une nouvelle vague d’effroi.
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