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© 2019 Alexandra Bolea115 vues

Créé le: 24.09.2019, édité le: 30.09.2019

C’était vers la fin du mois de septembre. Ce jour-là le vent lançait un chant mélancolique à travers les arbres. Au bord du Petit-Rhône, plusieurs femmes s’affairaient à laver le linge. Elles trempaient, frottaient, frappaient, rinçaient, sans mots. L’odeur des pins se mêlait à celle du savon. Une femme âgée s’essuyait le front en expirant d’une fatigue bien justifiée, une autre appuyait son dos contre le tronc d’un gros mélèze. Marie, la plus jeune, regardait les montagnes, rêveuse. Lessivée, elle s’assit dans l’herbe. Marie venait de fêter ses vingt printemps. Une beauté incompréhensible émanait de son visage enfantin et aux airs provençaux. Elle ne se montrait pas très souvent sous son meilleur jour, comme le faisaient remarquer les aînées, qui l’observaient sans lui causer. Elle avait un corps voluptueux, tout en courbes, qu’elle cachait difficilement sous sa large robe blanche, parfois froissée par quelques tourments nocturnes. Son fichu couleur chair tombait sur ses épaules en donnant l’illusion qu’elles étaient dénudées et couvrait ses longs cheveux plus noirs que du charbon. Elle se rendait tous les jours à la rivière, même si le linge était propre. En s’installant, la jeune femme regardait au loin. Elle prenait son baquet de linge et le remplissait d’eau, y déposait quelques cendres, ou frottait son pain contre les vêtements entremêlés. Ses journées fades se suivaient les unes après les autres, pendant qu’elle s’imaginait dans un monde où elle pouvait être seule et libre. Le clocher sonnait seize heures. Elle sentait le vent caresser ses joues et soupirait. Elle rangeait ses outils avec lenteur et se levait. En arrivant à sa bâtisse, elle poussait la porte, doucement, pour qu’aucun son ne trahisse sa présence, pour qu’elle puisse souffler un instant. La porte décidait souvent de grincer. Des pas se faisaient entendre et elle voyait son mari, Jean, qui était encore chaussé. Il était rentré des champs depuis peu mais il sentait la gnôle.  
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