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© 2019 André Birse webwriter premium654 vues

Chemin se faufilant Créé le: 12.05.2019, édité le: 27.05.2019

Les réminiscences s’espacent, les images fulgurantes et les sensations s’estompent. Est-ce d’avoir osé écrire ? Je ne crois pas. C’est l’épaisseur du temps, le vide dans la vie, un vide qui s’impose et qui s’installe, une absence de réponse alors que tout n’est pas dit. Qui me parlait de Grock ? Tout le monde en parlait dans la vallée. Il est mort à Gêne en 1959, né à Loveresse en 1880. Le village à côté de Pontenet où grand-maman est née et a vécu son enfance, jusqu’à son mariage au début des années trente. Je ne sais plus qui m’en parlait et ne peux prêter à grand-maman des passions qu’elle n’avait peut-être pas. Au début des années soixante, ceux qui sont partis et dont j’entendais parler, Churchill, Edith Piaf, Le Corbusier, Cendrars, Le général Guisan, oui, elle m’en a parlé. La guerre était encore présente dans les esprits, les mémoires, et l’avant-guerre aussi. L’avant. L’incandescence du moment, l’après, et la route que l’on poursuit. Je voudrais me réapproprier certaines réalités de ce temps qu’il me semble, qu’il nous semble à tous, avoir laissé fuir. Ce n’est pas bien grave et ça passera. Bien sûr que ça passera, d’une façon telle qu’il n’y aura plus de mémoire. Grock disait « pourquoi » et « sans blague » en laissant traîner le son « â ». C’était très drôle pour les gens qui en parlaient fièrement. Il a fait son numéro un soir de représentation du cirque qui l’employait alors qu’il avait appris le jour même la mort de sa mère. Cette info, je la tiens de ces années-là. Il me semble entendre grand-maman m’en parler. Je ne suis plus très sûr. Ce fait divers dramatique a perdu de sa force émotionnelle et de sa portée. Dramatique et banale.

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