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© 2019 Marie Vallaury webwriter premium374 vues

Changeons de sujet Créé le: 04.03.2019, édité le: 04.03.2019



Le crayon hésite, effleure le papier, se soulève légèrement, reprend contact avec la feuille vierge, esquisse, tâtonne, cherche la ligne parfaite, le trait de génie, la proportion idéale. Flora lève les yeux vers la femme nue, impudiquement cambrée sur un socle brut, au centre de la pièce. Elle cherche un point d’accroche, un détail vivant dans cette nature morte immobile, une preuve que la femme n’est pas une statue de marbre sculptée par un artiste sans âme. Son regard suit la courbe parfaite des hanches, la rondeur magnifiques des seins, le fuselage interminable des jambes. Même la chevelure d’amazone semble sortie d’un spot publicitaire, cascadant sur les épaules fines, se déroulant artificiellement en boucles lascives jusqu’à la taille. La peau sublimement lisse suggère des reflets subtils, mais aucune aspérité, aucune fêlure ne viennent jouer avec la lumière. Ni tache de rousseur, ni tache de naissance pour donner du relief au velouté d’un épiderme comme poncé par les peelings et lissé par les crèmes de beauté. Le visage, anonyme, stéréotypé, exhibe sa conformité sans réveiller d’émotion.

Flora soupire doucement et regarde les autres élèves du cours. Tous arborent la même attitude d’attente, d’incertitude. La beauté factice du modèle éteint l’inspiration, efface les désirs. Le vide avance masqué, maquillé, modelé. Ce corps parfait ne raconte rien, ou à peine quelques anecdotes esquissant régimes, privations, contrôle.
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