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© 2018 Eloïz webwriter premium668 vues

Créé le: 25.01.2018, édité le: 25.01.2018

J’ai commencé à travailler pour le Réseau Express Régional à 14 ans, grâce à un recruteur fatigué et peu regardant. Il avait besoin de bras, et moi d’un moyen de ne pas finir en prison. Lorsque je me suis présenté au poste de recrutement, il m’a regardé de haut en bas d’un œil torve. J’avais un corps solide et un estomac vide qui débordait de mes yeux trop ouverts. Sans un mot, il a appliqué son tampon officiel bien pile sur ma date de naissance, puis il a crié « suivant ! » d’une voix nasillarde. J’ai empoché mon contrat et détalé sans demander mon reste. Je remercie cet employé médiocre de m’avoir donné ce jour-là, d’un coup de poignet mou, un emploi et une famille.

Nous sommes les Ouvreurs comme on aime dire. Une masse nombreuse, disparate et soudée. Des hommes, des femmes et des enfants. Tous poussiéreux, tous effilés, maigres et noueux. En rejoignant la Famille, nous sommes nés à nouveau. Elle nous a avalés et remodelés. Nous lui devons notre corps et notre esprit.

Nous existons dans le vacarme perpétuel des marteaux, des pelleteuses et des cris du contremaître. Beaucoup d’entre nous ne parlent même plus, tellement ils ont la tête remplie de bruit. Nous communiquons par des regards, par des gestes, par des soupirs. Souvent, nous n’avons même pas besoin de communiquer. Nous nous comprenons. Nous sommes un et tous à la fois.
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