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© 2017 André Birse webwriter premium86 vues

La marche du monde Créé le: 26.11.2017, édité le: 26.11.2017

Nous sommes à Neuchâtel, en 1980, à une année près. Je déambule dans l’appartement d’un homme qui s’est suicidé quelques jours auparavant. Son collègue de vieille date, longiligne comme lui, enjambe les cartons et poursuit leur dialogue amical et désenchanté. Une rude limpidité. D’un ton sévère, distant et chaleureux à la fois, il continue l’énoncé et la répétition de ses remontrances, parle à celui qui s’est tué. “Tu vois, je te l’avais dit B., tu souhaitais partir et maintenant c’est nous qui débarrassons”. S’adressant à moi “Il en avait tellement marre qu’il est mort vingt fois”.

 Je n’éprouvais pas de tristesse. Sa mort n’en était pas une, juste une absence consentie. Son personnage vivant avait demeuré dans cet appartement bientôt vide. Nouveau et jeune collègue, je donnais un coup de main pour le débarras.

C’est à lui que je pensais. Ses doigts maigres de fumeur, sa voix rauque et fatiguée, son talent de dessinateur. Crayon, cigarettes, juste avant que ne vienne l’ordinateur. Sa solitude sans fin et sa tristesse sans fond. Plus que cela, mieux encore. Il en aurait ri. Il est parti. Trop plein et vacuité, alcool et autres sécheresses ou vapeurs. Ne parlons pas d’amour, oublions l’enfance.


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