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© 2017 Caluna197 vues

Alevins Créé le: 21.09.2017, édité le: 21.09.2017

5 juillet
Il y avait peu de neige ce jour sur le chemin. De fines craquelures perlaient sous la croûte blanche. Des radicelles offertes aux lumières matinales. Tandis que les corolles gelées des cristaux laissaient fondre leur dernière parure sous le vent, j’avais embarqué sur la route à peine chaude. Mes pas laissaient en écho s’échapper d’infimes souvenirs, j’avais emprunté ce parcours tant de fois. Il y avait la brume qui dardait mon poitrail alangui et ravivait subrepticement un peu de joie. De l’eau, de l’eau, même en gouttelettes imperceptibles, traversant ma sécheresse de vieille. Le béton attisait mon désir de crever la mince pellicule de givre, sa rudesse, mate et profonde, son amorti, absent, ses grains coupants telles des épées d’ébène, alourdissaient le futile que j’avais en horreur. Mes jambes humaient ses splendides abysses. Certains platanes osaient l’insolente ivresse de rompre ce noir bouclier d’acier. Leurs racines se dressaient, majestueuses éclosions, au centre des crevasses. J’avais laissé cette exploration jouissive aux centenaires végétaux, je me contentais du spectacle de leur obscénité. Accrochés aux fenêtres, de petits coquillages grignotaient le silence. Les magnolias s’étaient tus, les forsythias assombris, les lavandes asséchées, mon corps ne recelait plus de commencements printaniers. Les premières gelées avaient déjà fendu les cynorhodons qui pendaient les pieds dans le vide au-dessus des épines. Je n’avais pas encore le désir de leur ressembler. Le bitume m’offrait un solide promontoire d’où je percevais l’enivrante activité de lucioles souterraines, les doux battements de leurs ailes, comme des étoiles de cristal illuminant ma nuit, si lourde. Infini le vide. La solitude comme une croûte de sel corrosive où pullule quelque terne bestiaire s’était accrochée aux murs. Sortir m’avait bien coûté, il avait fallu descendre les deux étages sans poulie, me tenir à la rambarde comme
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